Enlèvement de la petite Mia : une mère marginale et des ravisseurs survivalistes – Le Figaro

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La fillette, qui habitait depuis plusieurs mois chez sa grand-mère, a été enlevée mardi 13 avril par trois hommes issus de la mouvance survivaliste envoyés par sa mère.

Elle voulait «vivre en marge de la société». Lola Montemaggi, 28 ans, domiciliée à Épinal, n’avait plus le droit, depuis le 11 janvier, de voir seule sa fille Mia, 8 ans. Cela faisait quatre mois que la fillette, par décision du juge des enfants, habitait chez sa grand-mère maternelle. Mais la vie de Mia a basculé mardi 13 avril au matin.

Vers 11h30, trois hommes à bord d’une Volkswagen arrivent au domicile de la grand-mère, dans Les Poulières, un petit village vosgien de 200 âmes situé à une trentaine de kilomètres d’Épinal. Les trois complices se présentent à la grand-mère comme des éducateurs de la protection judiciaire de la jeunesse et réussissent, «sans user de la violence», à faire monter la petite Mia à bord de leur véhicule. Une vingtaine de minutes plus tard, la fillette est confiée à sa mère ; toutes deux disparaissent sans laisser de trace. «Compte tenu du caractère inquiétant de cette disparition», le procureur de la République d’Épinal Nicolas Heitz décide de déclencher, le soir même, vers 21 heures, le plan «Alerte enlèvement». La mère comme la fille restent pour l’instant introuvables, mais les enquêteurs s’intéressent de près au profil de Lola Montemaggi, n’excluant pas la piste d’une fuite à l’étranger.

Une mère «antisociale»

L’enlèvement de la fillette a été préparé «conjointement et de façon minutieuse et précise», a assuré vendredi 16 avril le procureur d’Épinal lors d’une conférence de presse, expliquant que la mère de Mia avait contacté via Internet les ravisseurs, leur confiant estimer avoir été «injustement séparée» de sa fille.

Connue des services de police, la personnalité de Lola Montemaggi intrigue. De sources concordantes, Le Figaro apprend que la jeune femme est connue du commissariat d’Épinal pour des faits de «violences sur la voie publique» ainsi que de «violences sur conjoint», mais aussi pour sa «marginalité» et son «attitude antisociale». Elle était également visée par plusieurs plaintes pour «des faits de dégradations légères» et «insultes», mais «pas de choses graves», indique une source proche du dossier. La jeune femme avait également «de nombreux différends avec les employés de certaines institutions», dont notamment des banques, précise cette même source, ajoutant qu’«elle fréquentait aussi des consommateurs de stupéfiants». «C’est une personne très rebelle, qui ne supporte pas l’autorité», nous résume-t-on.

Lors d’une première conférence de presse, le procureur avait indiqué qu’un signalement avait été enregistré en décembre 2020, mentionnant notamment des propos suicidaires de la mère auxquels la petite Mia était confrontée. Lola Montemaggi avait expliqué qu’elle refusait de scolariser sa fille et souhaitait «faire l’école à la maison», indique au Figaro une source policière. D’après le procureur, elle ne souhaitait pas que «l’on s’immisce dans sa vie ni dans celle de sa fille», assimilant les services de la protection judiciaire de la jeunesse à «une organisation criminelle».

Des ravisseurs survivalistes «à la Arsène Lupin»

Le lendemain de l’enlèvement de la petite Mia, trois suspects sont interpellés en région parisienne par les gendarmes de la section recherches de Nancy avec appui du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN). Tous sont issus de la mouvance survivaliste et complotiste et se trouvent dans les radars de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).

Un premier individu, âgé de 58 ans, est interpellé à son domicile, boulevard Jean-Jaurès, dans le 19e arrondissement de Paris. Les enquêteurs découvrent dans ses affaires un «script» qui décrit comment se faire passer pour un éducateur devant la grand-mère de Mia. Lors de sa garde à vue, le quinquagénaire se présente aux enquêteurs comme un «dissident» et «résistant à la barbarie de ce système». Interrogé sur l’enlèvement, il le revendique, comme ses complices, s’estimant fier d’avoir permis à une petite fille de retrouver sa mère, et dénonçant les placements d’enfants réalisés selon lui de manière abusive. Affirmant agir «à la Arsène Lupin», il refuse de donner aux enquêteurs tout élément qui permettrait de localiser la mère.

Un second individu, un homme âgé de 23 ans, est également interpellé mercredi en Seine-et-Marne, à Varennes. Ce dernier explique aux enquêteurs avoir agi dans le but de «sauver la vie de l’enfant» mais reconnaît qu’il a pu être manipulé. À son domicile, des éléments susceptibles d’être utilisés pour des explosifs sont retrouvés. «Ils seront exploités plus précisément dans le cadre de la procédure initiale diligentée par le parquet national antiterroriste», a précisé le procureur. Une troisième personne, âgée de 60 ans, est interpellée aux Lilas, en Seine-Saint-Denis.

Les trois individus ont été conduits dans les locaux de la section de recherche de Nancy. Tous qualifient l’enlèvement «d’exfiltration». Un quatrième a été interpellé en Meurthe-et-Moselle et a été placé en garde à vue jeudi. Ce dernier s’est jusqu’à présent tenu au silence.

De nombreuses interrogations concernant le lien entre la mère de famille et ces ravisseurs survivalistes persistent. Si l’hypothèse de la mère comme principale instigatrice de l’opération prédomine, les enquêteurs s’interrogent également sur le rôle du père. D’après une source policière, celui-ci entretenait des liens avec la mouvance survivaliste et l’ultra-droite, «alors même que la mère appartiendrait plutôt à l’ultra-gauche et aurait fait partie du mouvement des gilets jaunes». Les ravisseurs eux, encourent la prison à perpétuité pour «enlèvement de mineur de moins de quinze ans en bande organisée».

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