En Tunisie, le président Kaïs Saïed nomme le ministre de l’intérieur – Le Monde

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Le président tunisien, Kaïs Saïed, a nommé, jeudi 29 juillet, un conseiller de sécurité au poste de ministre de l’intérieur, première nomination quatre jours après qu’il s’est emparé de l’ensemble du pouvoir exécutif, suspendant l’activité du Parlement pour un mois.

« Le président de la République a pris un décret présidentiel chargeant Ridha Gharsallaoui de gérer le ministère de l’intérieur », a précisé la présidence dans un communiqué. M. Gharsallaoui, qui a prêté serment, est un commissaire de police devenu conseiller à la sécurité nationale auprès du président, selon des médias locaux.

Cette nomination intervient après que plusieurs organisations de la société civile, ainsi que des pays étrangers, ont appelé M. Saïed à désigner sans tarder un nouveau gouvernement, comme il s’était engagé à le faire.

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Gestion de l’épidémie de Covid-19 critiquée

M. Saïed, a argué des « périls imminents » auxquels était confrontée la Tunisie, plongée depuis des mois dans une profonde crise politique, et frappée de plein fouet par un pic meurtrier de Covid-19, pour justifier sa prise de pouvoir dimanche.

Il a limogé le premier ministre, Hichem Mechichi – très critiqué pour sa gestion de l’épidémie, qui a laissé la Tunisie à court d’oxygène et débordée par un pic d’hospitalisations –, et ajouté qu’il exercerait le pouvoir exécutif avec « l’aide d’un gouvernement », dont il doit encore nommer le chef. M. Saïed a également annoncé mercredi soir la mise en place d’une cellule de crise pour gérer la pandémie de Covid-19, supervisée par un haut gradé militaire.

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Plusieurs organisations de la société civile avaient réclamé mercredi une feuille de route et mis en garde contre toute prolongation « illégitime » de la suspension du Parlement au-delà des trente jours prévus par la Constitution.

Offensive anticorruption

Mercredi soir, M. Saïed avait également lancé une offensive anticorruption, réclamant des comptes à 460 hommes d’affaires accusés de détournement de fonds sous le régime du dictateur Zine El-Abidine Ben Ali (au pouvoir de 1987 à 2011), s’en prenant à « ceux qui pillent l’argent public ». Ils sont « 460 » à devoir « 13,5 milliards » de dinars (4 milliards d’euros) à l’Etat, a-t-il rappelé, en citant un ancien rapport d’une commission d’enquête sur la corruption et les malversations sous l’ancien régime.

« Cet argent doit revenir au peuple tunisien », a martelé le président. Pour cela, il compte proposer à ces hommes d’affaires un abandon des poursuites, en échange d’un versement des sommes détournées au profit des régions marginalisées de Tunisie. Il a expliqué vouloir s’en prendre à la corruption, qui participe à l’effondrement de la production de phosphate, l’une des rares ressources naturelles du pays.

Le parquet, placé sous l’autorité de M. Saïed dans le cadre des nouvelles mesures d’urgence, a également annoncé mardi qu’une enquête avait été ouverte le 14 juillet contre plusieurs partis soupçonnés de financement étranger de leur campagne électorale en 2019. Cette enquête vise notamment la formation d’inspiration islamiste Ennahda, principal parti parlementaire, en conflit avec le président.

Le président jouit pour l’instant d’une « popularité durable », observe Riccardo Fabiani, spécialiste de la Tunisie pour l’International Crisis Group. Sa prise de pouvoir a été saluée par de nombreux Tunisiens exaspérés par les blocages institutionnels, l’économie en crise et la mauvaise gestion de la pandémie. Dans ce contexte, « en soutenant une campagne anticorruption contre les responsables et les hommes d’affaires liés à Ennahda, (…) il pourrait affaiblir définitivement certains de ses rivaux politiques les plus puissants », et ainsi réussir « à établir un nouveau statu quo » en Tunisie, estime l’analyste.

Inquiétude à l’étranger

Le coup de force présidentiel suscite toutefois de l’inquiétude, dans le pays comme à l’étranger. Le président du Parlement tunisien, Rached Ghannouchi, a regretté jeudi dans un entretien avec l’Agence France-Presse le manque de dialogue avec la présidence.

A défaut d’un accord sur la formation d’un gouvernement et la réouverture du Parlement, « nous inviterons le peuple tunisien à défendre sa démocratie », a mis en garde M. Ghannouchi, chef de file d’Ennahda.

Le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, a affirmé jeudi que le président Saïed lui avait assuré œuvrer en faveur de la démocratie. « Nous espérons fortement que la Tunisie revienne sur cette voie démocratique, agisse conformément à la Constitution, rétablisse le Parlement, se dote d’un gouvernement pour mener à bien le travail du peuple, pour répondre à [ses] besoins », a-t-il souligné.

Le Monde avec AFP

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