En France, le Covid-19 aurait contaminé moins de 5 % de la population, loin de l’immunité collective – Le Monde

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Institut Pasteur

C’est une forme de révision à la baisse, quant au degré d’immunité de la population française. Une équipe française d’épidémiologistes vient de réactualiser, dans la revue Science (datée du 13 mai), des estimations prépubliées fin avril sur l’étendue de l’épidémie de Covid-19 en France. Ces estimations, qui se fondent sur des modélisations et des données d’hospitalisation et de santé, évaluent l’impact du confinement sur l’immunité de la population.

Simon Cauchemez (Institut Pasteur) et ses collègues indiquent que, parmi les individus infectés, 3,6 % ont été hospitalisés et 0,7 % sont morts. Ce taux de létalité varie aujourd’hui de 0,001 % chez les moins de 20 ans, à 10,1 % chez les plus de 80 ans, les hommes, tous âges confondus, étant plus susceptibles d’être hospitalisés, d’être admis en soins intensifs et de mourir que les femmes. Les modélisations projettent que 2,8 millions de personnes en France, soit 4,4 % de la population, auraient été infectées au 11 mai.

Ces estimations sont légèrement différentes de celles produites par cette même équipe dans une prépublication qui portait sur des données arrêtées à la mi-avril, plutôt que le 7 mai dans l’article publié dans Science. La contamination de la population française était alors estimée à 5,7 % (marge d’incertitude entre 3 et 10 %), soit 3,7 millions de personnes. Le taux de létalité était estimé à 0,53 % et l’équipe avançait que le confinement réduirait le taux de reproduction (nombre de personnes infectées par un individu porteur du virus) de 3,3 à 0,5 (84 %). Cette réduction est désormais estimée de 77 % (passage de 2,9 à 0,67).

Maintenir des « mesures de contrôle efficaces »

Ces estimations ne prennent pas en compte les morts du Covid-19 à domicile et en Ehpad, mais la conclusion reste la même : « L’immunité de la population apparaît insuffisante pour éviter une seconde vague si les mesures de contrôle sont relâchées à la fin du confinement. » « Il faudrait qu’environ 65 % de la population soit immunisée pour que l’épidémie soit contrôlée par l’immunité seule », écrivent les auteurs.

« Nos résultats suggèrent donc fortement que, sans vaccin, l’immunité de groupe seule sera insuffisante pour éviter une deuxième vague à la fin du confinement », insistent-ils. « Des mesures de contrôle efficaces permettant de limiter le risque de transmission doivent être maintenues au-delà du 11 mai pour éviter un rebond de l’épidémie. »

« On attend davantage de données sérologiques pour pouvoir mieux calibrer nos modèles et affiner nos évaluations », a précisé Simon Cauchemez. Mais alors que le confinement est levé progressivement, « toutes les données disponibles, toutes les études publiées suggèrent qu’une reprise de l’épidémie est probable en l’absence de mesures de contrôle », a-t-il insisté. Les chercheurs se sont penchés également sur la situation des deux régions les plus touchées par l’épidémie.

Selon leurs estimations, 9,9 % (marge de 6,6 à 15,7 %) des habitants d’Ile-de-France auraient été contaminés au 11 mai et 9,1 % (marge 6,0 à 14,6 %) dans le Grand-Est. La faible part de population infectée est due au confinement lui-même, relèvent-ils.

Le Monde avec AFP

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