EN DIRECT- Crise des carburants : TotalEnergies reçoit la CGT cet après-midi pour la première fois depuis le début de la grève – Le Figaro

De notre envoyée spéciale, Jeanne Sénéchal.

Amine, 55 ans, soutient les grévistes et se dit fervent défenseur du droit de grève. «J’ai entendu à la radio qu’ils demandaient des négociations depuis le mois de mars dernier. Quel autre choix avaient-ils ?» questionne-t-il. Il ajoute : «TotalEnergies et les autres se sont gavés sur notre dos. La moindre des choses aurait été de faire un petit geste».

Amine est un fervent défenseur du droit de grève. Jeanne Sénéchal/Le Figaro

Anne, 44 ans, va remplir son réservoir jusqu’à la dernière goutte. «Mon mari m’avait demandé d’attendre, pour ne pas payer le plein d’essence trop cher, mais c’était une aubaine», nous lance-t-elle. Sur son panneau de commande, son réservoir venait de passer au rouge.

Pour le moment, l’entreprise d’Anne lui a donné la possibilité de faire du télétravail. Jeanne Sénéchal/Le Figaro

Maman de deux enfants, elle est contrôleur de gestion et passe son temps à faire des allers-retours entre Paris et les Yvelines, pour son travail. Pour pouvoir emmener ses enfants à la crèche ce matin, elle a dû demander à son employeur de se mettre en télétravail. «Ils m’ont autorisée. Pour l’instant, ils comprennent», ajoute-t-elle, espérant que cela dure.

«En ce qui concerne la grève, moi aussi j’aimerais bien me faire augmenter mon salaire de 10%», lâche-t-elle. «Cette grève bloque tout le pays, et surtout les gens qui touchent le smic, ceux qui ont besoin de voiture pour aller travailler. Les riches, ils s’en fichent.»

De notre envoyée spéciale, Jeanne Sénéchal.

Dans le 15e arrondissement, une file d’attente de plusieurs centaines de mètres s’est formée devant la station essence BP et des agents des forces de l’ordre font la circulation, constate notre journaliste Mayeul Aldebert.

La station d’essence Issy-les-Moulineaux est l’une des seules encore ouvertes dans l’ouest de Paris. De nombreuses voitures attendent leur tour, dans le calme. Cerkan, 38 ans, est chauffeur VTC. Il est tombé par chance sur la station. «Je n’ai même pas eu à faire la queue», dit-il en souriant. Enfin, «par chance»… Il nous avoue avoir tout de même quelques petites techniques : «Nous avons un groupe Telegram avec les autres VTC, dès qu’on voit une station essence ouverte avec pas trop de queue, on le dit aux autres», nous explique-t-il.

De nombreux automobilistes patientaient devant la station, mercredi midi. Jeanne Sénéchal/Le Figaro

Vendredi dernier, il n’avait pas eu cette chance. «J’ai dû faire 100 kilomètres pour trouver de l’essence, soit deux heures de trajet, aller et retour». Il est agacé. «On a eu les “gilets jaunes”, on a eu le Covid. Si le gouvernement continue comme ça, je vous le dis, ça va péter. Les Français vont craquer», met-il en garde.

Derrière lui, Maurice, chauffeur de taxi, attend patiemment son tour : «Je n’ai pas le choix, si je n’ai pas d’essence, je n’ai pas de travail». «Heureusement que les enfants sont grands et qu’on a pas à les emmener à l’école», souffle-t-il.

Maurice, chauffeur de taxi. Jeanne Sénéchal/Le Figaro

De notre envoyée spéciale, Jeanne Sénéchal.

Alors que nombre de stations doivent faire face à une offre qui se réduit de jour en jour, des automobilistes inquiets cherchent coûte que coûte à faire le plein. C’est notamment le cas à Nice, où notre envoyé spécial, Nicolas Daguin, a constaté un «gigantesque embouteillage à l’ouest de la ville», mardi soir, pour accéder à une pompe. Les images, impressionnantes, montrent des dizaines de voitures faire la queue.

Dans un nouveau communiqué de presse, le groupe Esso rappelle qu’un accord salarial a été conclu avec la CFDT et la CFE-CGC majoritaire. Ce dernier prévoit «une évolution globale des salaires entre le 31 décembre 2022 et le 31 décembre 2023 de 6,5 % », «une prime de partage de la valeur de 3000 € (hors participation et intéressement)» et «une aide ponctuelle à la mobilité et aux transports de 750 € brut, versée en novembre pour faire face à l’augmentation du prix des carburants».

La direction rappelle donc que cet accord «met nécessairement fin aux négociations» et demande la fin des blocages.

Est-ce un vœu pieux ? Interrogé par des journalistes sur les jours à venir, le porte-parole du gouvernement a indiqué mercredi que le déblocage des dépôts pétroliers, grâce aux réquisitions, à Port-Jérôme, ou au dialogue social, ailleurs, devrait permettre une «amélioration très sensible […] dans les prochains jours». «Imaginez que vous avez des dépôts de carburant qui sont pleins. Vous avez des camions qui ne peuvent pas en sortir. Vous ouvrez les portes, exigez ou permettez les salariés de refaire fonctionner le transfert de carburant vers les camions, qui vont immédiatement vers les stations. Vous avez déjà un début d’amélioration dès les heures qui suivent», a expliqué Olivier Véran.

Une fois la grève terminée dans les dépôts, «les premiers effets seront visibles rapidement». Mais quelques jours au moins seront nécessaires pour permettre d’approvisionner de nouveau les stations du territoire et revenir à un niveau normal, a nuancé le porte-parole. «Cela ne va pas se faire en une heure, c’est certain […], en revanche, ça va aller vite», a-t-il jugé.

32h par semaines en moyenne, possibilité de départ à la retraite avec trois ans d’avance, mais surtout des salaires assez élevés, en moyenne 4300 euros brut sans l’intéressement et participation, selon TotalEnergies. Les conditions de travail des opérateurs de raffinerie d’Esso et de TotalEnergies ne sont pas les pires du marché, malgré des difficultés comme le travail en trois huit tournants et l’exposition à des matières dangereuses.

Un chiffre réfuté par la CGT. Selon Emmanuel Lépine, secrétaire général de la Fédération Nationale des Industries Chimiques FNIC-CGT, «le salaire moyen est aux alentours de 3000 euros».

Les détails à lire ici : Blocage des raffineries : les confortables rémunérations des salariés de TotalEnergies et Esso

L’exécutif maintient la pression sur les grévistes. Au sortir du Conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement a indiqué que l’exécutif n’excluait pas de «recourir à des réquisitions» supplémentaires de personnels, au dépôt pétrolier proche de Dunkerque. Les autorités «suivent minute après minute la situation sociale» sur place, a indiqué Olivier Véran, ajoutant que des réquisitions, en cas d’échec des discussions, permettraient un «déblocage rapide». «Cela peut évoluer à tout moment, au cours de la journée», a-t-il noté.

Chez ExxonMobil, la CGT «refuse toujours de s’inscrire dans le respect des règles élémentaires» du dialogue social, a dénoncé l’ancien ministre de la Santé, rappelant qu’un accord avait été signé entre la direction et les représentants majoritaires des syndicats. «L’impact de ce conflit est devenu insupportable», s’est-il aussi insurgé.

Après un nouveau round d’échange ce matin entre la direction de TotalEnergies et les différentes organisations syndicales, le groupe propose de recevoir individuellement chaque syndicat cet après-midi pour poursuivre le dialogue. Cette invitation concerne aussi la délégation de la CGT pour échanger sur la situation du raffinage en France et la levée des blocages. Il s’agira de la première rencontre entre ces deux acteurs depuis le début du conflit social.

Deux journalistes du Figaro se sont rendus hier à la raffinerie d’ExxonMobil, de Port-Jérôme en Seine-Maritime. Sur place, les quelques grévistes ne semblent pas vouloir lâcher malgré les menaces du gouvernement.

Les réquisitions ? «C’est une atteinte au droit de grève, on va se battre, mettre en place des référés», lance un militant de la CGT.

Les pénuries ? «Une conséquence inévitable des effets de la lutte», confirme un autre.

Notre reportage à lire : À la raffinerie de Port-Jérôme, la rancœur des grévistes

Ce qui est rare est cher : non seulement faire un plein d’essence implique de patienter longuement devant les stations, mais en plus, les automobilistes ont vu la douloureuse augmenter, ces derniers jours. D’après les remontées du ministère de la Transition énergétique, le litre de gazole coûtait, vendredi dernier, 1,8035 euro en moyenne. Un prix en hausse 6,36%, soit 10,8 centimes, en sept jours. Même constat pour l’essence : le SP95-E10 a bondi de près de 5% – sept centimes – sur la même période, s’affichant désormais à 1,6440 euro le litre.

Les prix ont augmenté depuis deux semaines. Created with Datawrapper

Ces augmentations, qui interviennent après plusieurs semaines de baisse continue, s’expliquent en partie par la décision de l’Opep+ de baisser ses quotas de production, début octobre. Une décision qui a conduit à un bond de la matière première sur les marchés. En outre, les distributeurs s’approvisionnent davantage à l’étranger afin de compenser les manques engendrés par la grève, augmentant d’autant la facture.

Une partie des hausses pourrait cependant être le résultat d’effets d’aubaine, s’inquiète le gouvernement : «Nous n’accepterons pas que certains profitent de la situation pour gonfler artificiellement les prix», a mis en garde en début de semaine Agnès Pannier-Runacher. La répression des fraudes (DGCCRF) va mener des contrôles, et prendre des sanctions, le cas échéant, a-t-elle ajouté.

La CGT, en déclin face à la CFDT, tente de relancer une dynamique avec cette confrontation devant les raffineries. À la manœuvre, la fédération CGT des industries chimiques, l’une des plus importantes de la centrale de Montreuil et surtout l’une des plus radicales.

Derrière cette volonté de redorer son blason, se cache comme autre enjeu la succession de Philippe Martinez.

Pour tout comprendre :Derrière la stratégie jusqu’auboutiste de la CGT, les querelles internes

Les ouvriers CGT des raffineries Total et Exxon ne sont pas les seuls à s’être mis en grève. Chez EDF les mouvements sociaux se multiplient pour réclamer des hausses de salaires.

C’est le cas à Gravelines dans le nord de la France, où certains ouvriers ont voté aujourd’hui pour lancer un mouvement reconductible à partir de jeudi 13 octobre. «Cela ne va pas provoquer de coupures», tente de rassurer la direction du site. Néanmoins, cette grève pourrait retarder la remise en route de deux des six unités de la centrale qui doivent subir des travaux de maintenance.

À l’origine le redémarrage était prévu en fin d’année afin de pouvoir répondre à la demande croissante en hiver. Un plan rodé qui pourrait être remis en question.

La pénurie de carburant qui s’intensifie pousse un certain nombre de professions à réclamer un accès prioritaire à la pompe pour exercer leur travail.

C’est le cas notamment des ambulanciers, des gendarmes ou de la police, bien que certaines pompes leur soient déjà dédiées. Mais d’autres corps de métiers réclament le même privilège : les chauffeurs de taxi par exemple, mais aussi les soignants libéraux qui assurent le soin à domicile de leurs patients.

À l’heure actuelle chaque département établi sa liste. Les explications à lire ici:

Pénuries de carburants : quelles sont les professions jugées prioritaires à la pompe ?

Une grève chez TotalEnergies et ExxonMobil entraîne des pénuries d’essence dans de nombreuses stations-service de France. D’après les dernières remontées du ministère de la Transition énergétique, mardi, 31,3% des stations étaient «en difficulté» sur au moins un carburant, mardi après-midi.

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>> Lire aussi :Pénurie d’essence : trouvez une station-service approvisionnée près de chez vous

Interrogé ce mercredi sur Radio Classique, le président de Système U, Dominique Schelcher, a lancé un appel à la «solidarité de tous les Français», afin que les stations-service ne soient pas le théâtre de conflits entre usagers. Les gens sont «raisonnables», dans l’ensemble, a-t-il assuré, conseillant aussi d’éviter les comportements abusifs, comme faire son plein trop souvent.

Les stations des magasins de son groupe ne connaissent pas de pénurie, a précisé le dirigeant. «Il n’y a pas d’aggravation liée à ce conflit», s’est-il félicité, soulignant l’effet bénéfique de la libération des stocks stratégiques de l’Etat pour l’approvisionnement en carburants. L’homme d’affaires est aussi revenu sur les prix à la pompe, qui ont augmenté, en moyenne, la semaine dernière. «On ne prend quasiment pas de marge», a-t-il expliqué, mais le contexte international joue également : la décision de l’Opep+ de limiter sa production a tiré le prix du baril vers le haut, pesant sur le coût final. En outre, face aux pénuries, «on importe du carburant», qui coûte plus cher à l’achat et doit être répercuté sur le prix, a ajouté Dominique Schelcher. «Mais on ne profite évidemment pas de la situation pour prendre des marges supplémentaires», a-t-il conclu.

La grève est repartie de plus belle ce mercredi matin sur le site d’Esso-ExxonMobil de Port-Jérôme. Un temps suspendue, la menace de réquisition dans les dépôts du groupe est entrée en vigueur ce matin.

«J’ai demandé aux préfets d’engager, comme le permet la loi, la procédure de réquisition des personnels», a annoncé la première ministre Élisabeth Borne devant l’Assemblée nationale mardi.

Comment se déroulent ces réquisitions ? Qui est concerné ? Pour le savoir, lisez notre article :Réquisition du personnel d’Esso-ExxonMobil : que va-t-il se passer?

Tôt mercredi matin, la CGT a annoncé la poursuite du mouvement social chez TotalEnergies. Une décision qui intervient alors que la direction a tendu de nouveau la main aux grévistes, mardi soir : «TotalEnergies invite à une réunion de concertations et d’échanges, demain après-midi, les syndicats représentatifs aux bornes du Socle Social Commun et qui ne participent pas au mouvement de grève actuel. Si la CGT lève tous les blocages de sites avant demain midi, elle sera bienvenue à cette réunion de dialogue», indiquait dans un communiqué l’entreprise.

Parallèlement, les salariés mobilisés ont aussi voté mercredi matin la reconduction de la grève sur le site Esso-ExxonMobil de Port-Jérôme, en Normandie. Une décision prise alors qu’une reprise du travail avait été constatée quelques heures, mardi après-midi, dans le dépôt pétrolier.

Conformément aux annonces d’Elisabeth Borne, quelques heures après l’annonce de la poursuite de la grève à Port-Jérôme, le gouvernement a donc enclenché le processus de réquisition de personnels essentiels pour remettre le dépôt du site en marche.

>> Lire aussi :Pénurie de carburants : le gouvernement lance la réquisition de personnels à la raffinerie de Port-Jérôme

Le mouvement social perturbant la chaîne logistique pétrolière est lourd de conséquences pour les entreprises, l’État et les particuliers. Malgré le déblocage de stocks stratégiques détenus par les autorités, un nombre croissant de stations-service se retrouvent en difficulté. D’après les dernières remontées du ministère de la Transition énergétique, mardi, 31,3% des stations étaient «en difficulté» sur au moins un carburant, mardi après-midi. Une «légère amélioration» était constatée dans certains territoires, comme les Hauts-de-France, où 44,8% des stations étaient à sec. À l’inverse, la situation s’est tendue en Île-de-France, où 44% des stations disaient rencontrer des difficultés d’approvisionnement.

«Nos efforts fonctionnent, mais de manière déséquilibrée selon les territoires», commentait-on au cabinet d’Agnès Pannier-Runacher, ajoutant que les tensions actuelles sont aussi engendrées par des «phénomènes de surconsommation assez massifs» : dans certains territoires, ainsi, la demande a bondi, pouvant dépasser de 50% son niveau habituel.

Bonjour à tous, et bienvenue dans ce direct consacré à la grève touchant les raffineries et dépôts pétroliers français. Grève, réquisition de personnels, pénurie de carburants… La situation ne s’est toujours pas débloquée, plusieurs jours après le début de la mobilisation, et la CGT campe sur ses positions.

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