En Bolivie, transition houleuse après Evo Morales – Le Monde

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Les partisans de l’ex-président réclament son retour et rejettent le gouvernement autoproclamé de Jeanine Añez.

Par Publié hier à 11h22

Temps de Lecture 4 min.

Des partisans d’Evo Morales, à Sacaba, en Bolivie, le 14 novembre, brandissent des wiphala, le drapeau des peuples indigènes.

Nous sommes les peuples premiers, nous ne voulons pas d’une présidente raciste », lâche Porfirio, un homme d’une cinquante d’années, élégamment vêtu de son costume traditionnel, chapeau de feutre noir et large poncho rayé.

Avec des membres de sa communauté de l’altiplano andin, ils ont entamé, depuis le petit matin du jeudi 14 novembre, une marche en direction de La Paz, le siège des institutions, pour exiger, pour le deuxième jour de suite, la démission de la nouvelle présidente transitoire, Jeanine Añez.

Mardi soir, cette avocate de 52 ans s’est proclamée présidente de la Bolivie, devant le vide du pouvoir laissé par Evo Morales – exilé au Mexique – et par tous ceux devant lui succéder selon l’ordre constitutionnel – et ce sans attendre la formation du quorum des parlementaires.

A El Alto, ville qui surplombe la capitale, des milliers de personnes convergeaient ainsi de plusieurs provinces du pays, jeudi, avant de descendre vers La Paz. « Qu’elle s’en aille ! », scandaient-elles, tandis que les banderoles « Non au coup d’Etat » étaient brandies, en référence au renoncement de leur leader, Evo Morales, poussé vers la sortie par l’opposition et par l’armée.

« Ils nous ont soumis avec la Bible et la violence »

Le Tribunal constitutionnel a reconnu la prise de fonctions de Jeanine Añez, qui était seconde vice-présidente du Sénat, et c’est une bible à la main qu’elle a fait son entrée au palais du gouvernement et salué la « gloire de Dieu ». Des symboles qui ont choqué, alors que la Constitution de l’Etat plurinational bolivien, approuvée en 2009 sous le gouvernement de M. Morales, inscrit la Bolivie comme Etat laïque « indépendant de toute religion ». Par ailleurs, d’anciens propos tenus sur les réseaux sociaux ont ressurgi au gré de sa nouvelle notoriété, créant la polémique. Dans des Tweet publiés en 2013, elle s’en prend aux « Indiens », terme péjoratif en Bolivie pour désigner les populations autochtones, et notamment à l’ex-chef d’Etat, le traitant de « pauvre Indien accroché au pouvoir ».

Au sein du cortège, jeudi, des milliers de wiphala, le drapeau des peuples indigènes aux sept couleurs, flottaient au-dessus des manifestants comme symbole de résistance. « Nous avons été dominés pendant cinq cents ans, nous n’avons pas peur. Notre peuple a vécu sous la colonisation espagnole, ils nous ont soumis avec la Bible et la violence. Nous n’allons pas permettre que nos droits soient à nouveau bafoués », s’indigne Maximo, originaire d’un village aymara, l’ethnie majoritaire.

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