En Arctique, la crise climatique favorise des « incendies zombies » – Le Monde

Spread the love
Un incendie près de Willow, en Alaska, aux Etats-Unis, le 14 juin 2015.

Le froid glacial de l’hiver arctique étouffe généralement les feux de forêt qui se déclarent durant l’été dans cette région polaire. Mais désormais, certains refusent de mourir. Ces « incendies zombies », comme les scientifiques les surnomment car ils semblent ressusciter d’entre les morts, couvent sous la neige pendant tout l’hiver, même lorsque la température tombe à − 40 °C. Ils repartent en surface au printemps suivant, lorsque le temps est de nouveau chaud et sec. Selon une étude publiée mercredi 19 mai dans Nature, le réchauffement climatique favorise ce surprenant phénomène dans les forêts boréales, menaçant le climat et la lutte contre les incendies.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi 2020 a été l’une des trois années les plus chaudes jamais enregistrées

Ces feux souterrains hivernaux sont connus depuis quelques années par les scientifiques et les gardes forestiers, mais ils n’étaient jusqu’à présent recensés que de manière anecdotique. Cette fois, les chercheurs ont combiné des données de terrain avec des images satellites, pour répertorier de manière systématique les « incendies zombies » survenus entre 2002 et 2018 en Alaska (Etats-Unis) et dans les Territoires du Nord-Ouest (Canada). Ils ont mis au point un algorithme permettant de les distinguer des nouveaux départs de feux dus à la foudre ou aux activités humaines.

Si les incendies hivernaux sont invisibles pour les satellites lorsqu’ils couvent sous terre, l’emplacement et le moment de leur réapparition peuvent les trahir. « Nous nous sommes aperçus que de nouveaux départs de feux se produisent au printemps, à l’intérieur ou à la lisière d’anciennes cicatrices d’incendies », explique Sander Veraverbeke, professeur associé en sciences de la Terre à l’université d’Amsterdam et coauteur de l’étude. En analysant la vitesse à laquelle ils reviennent après la fonte des neiges et la distance qu’ils ont parcourue sous la terre, les chercheurs ont pu les identifier comme des « incendies zombies ».

Des feux difficiles à combattre

Comment ces feux peuvent-ils survivre à l’hiver polaire ? « Les sols tourbeux des hautes latitudes contiennent beaucoup de matière organique, un combustible, et d’oxygène, qui entretient la combustion, répond Rebecca Scholten, thésarde à l’université d’Amsterdam et première autrice de l’étude. La neige et la litière de mousse et d’aiguilles d’épicéas constituent, en outre, des barrières qui protègent ces incendies des conditions hivernales défavorables, comme la pluie ou l’excès d’humidité, et limitent les pertes de chaleur. »

« Il semble y avoir une hausse de la fréquence des incendies zombies, puisqu’ils sont étroitement liés aux étés chauds et aux années de grands incendies » Rebecca Scholten, première autrice de l’étude

Il vous reste 59.23% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Leave a Reply