Emmanuel Macron pense pouvoir tirer profit de la crise ukrainienne, à deux mois de la présidentielle – Le Monde

Se voir à défaut de s’entendre. Après les multiples appels c’est donc à Moscou, en tête-à-tête, que la partie s’est jouée, lundi 7 février, entre le président français, Emmanuel Macron, et son homologue russe, Vladimir Poutine. Un face-à-face habilement mis en scène montrant les deux protagonistes assis chacun aux deux bouts d’une immense table. La même qui avait été utilisée lors de la rencontre courtoise entre le premier ministre hongrois, Victor Orban, et le chef du Kremlin, le 1er février. A la fin, malgré cette distance, il y eut un échange « utile », selon M. Poutine, de plus de cinq heures, où l’on s’est tutoyé. Preuve de la relation « spéciale » entre les deux dirigeants.

En se rendant au Kremlin pour tenter d’éloigner la menace d’une invasion russe dans l’est de l’Ukraine, Emmanuel Macron pense démontrer que sa stratégie de la « main tendue » envers Moscou, conspuée par une opposition qui la juge inefficace et naïve, n’est pas vaine. Que l’homme qui a déjà reçu deux fois Vladimir Poutine, dans le faste de Versailles d’abord, en mai 2017, puis dans le décor du fort de Brégançon (Var), en août 2019, a su bâtir une relation singulière avec l’ancien agent du KGB, au point d’être l’un des seuls dirigeants européens capables de dialoguer avec franchise avec le pouvoir russe.

A défaut d’attendre de cette visite un signe explicite de détente dans le dossier de la crise russo-ukrainienne, le locataire de l’Elysée pense obtenir un signal, même infime, prouvant qu’une désescalade est possible. Et qu’elle est de son fait. « Ce n’est évidemment pas une crise choisie mais elle peut permettre à Emmanuel Macron de montrer son leadership. Il peut être celui qui trouvera une voie pour la désescalade », appuie Clément Beaune, le secrétaire d’Etat aux affaires européennes.

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Il faut aller vite. Emmanuel Macron a fait du règlement de cette crise géopolitique l’une des conditions de son entrée officielle en campagne. « J’ai déjà dit ce que je pensais des projets, de l’enthousiasme et de l’amour que j’ai pour notre pays. Mais j’ai d’abord l’obsession que la phase aiguë de l’épidémie et le pic de la crise géopolitique actuelle soient derrière nous », a expliqué Emmanuel Macron dans un entretien à La Voix du Nord, le 2 février.

Pris au piège des obligations internationales

Pour l’heure, à deux mois du premier tour de l’élection présidentielle, prévu le 10 avril, le chef de l’Etat semble comme pris au piège de ses obligations internationales, décuplées par le rôle échu à la France de présider le Conseil de l’Union européenne (UE) depuis le 1er janvier. Ses adversaires battent campagne sur les sujets de préoccupation des Français, parlant pouvoir d’achat, logements ou déserts médicaux, quand il lui faut se concentrer sur ce dossier éloigné du quotidien des électeurs.

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