Emmanuel Macron: «Napoléon Bonaparte est une part de nous» – Le Figaro

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Le président a salué «le génie» de l’Empereur, à l’occasion de la commémoration du bicentenaire de son décès.

Le discours s’est bien sûr conclu par le très traditionnel «Vive la République». Mais ce rappel institutionnel n’a pas empêché Emmanuel Macron, vingt minutes durant, de rendre un vibrant hommage à l’Empereur Napoléon Ier. Présent sous la coupole de l’Institut de France pour y commémorer, mercredi, le bicentenaire de la mort de Bonaparte, le chef de l’État a salué «le génie» d’un homme qui «est une part de nous». Manière de répondre fermement aux critiques qui se sont exprimées, notamment au sein de la gauche politique et associative, pour l’inciter à renoncer à cette cérémonie.

Défenseur de «la lutte contre l’ignorance (et) l’amour du savoir et de l’histoire», le locataire de l’Élysée a réaffirmé sa «volonté de ne rien céder à ceux qui entendent effacer le passé au motif qu’il ne correspond pas à l’idée qu’ils se font du présent». S’adressant directement aux quelques lycéens qui avaient été invités à participer à cette journée, il a rappelé les «chefs-d’œuvre d’architecture et d’urbanisme, et toutes les références» que la capitale devait au natif de Corse: «L’Arc de Triomphe, l’Église de la Madeleine, la colonne Vendôme […] le pont d’Austerlitz ou d’Iéna, la rue de Rivoli…» Legs et héritage auxquels s’en ajoutent d’autres, parmi lesquels le baccalauréat, «l’institution même du lycée, la forme d’université, […] la réforme de l’École Polytechnique, […] Saint-Cyr, […] les préfets, les maires», le Code civil, le Code pénal, le Conseil d’État ou encore la Cour de cassation… «Bien peu de destins, il faut le dire, ont façonné autant de vies», a enfin résumé le président.

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«Le goût du possible»

Il a ensuite donné à sa prise de parole des accents nettement plus politiques. Et peut-être même un peu personnels. «La vie de Napoléon est d’abord une ode à la volonté politique, à ceux qui jugent les destins figés, les existences écrites à l’avance. Le parcours de l’enfant d’Ajaccio, devenu maître de l’Europe, démontre clairement qu’un homme peut changer le cours de l’Histoire», s’est-il enthousiasmé. Quitte à donner le sentiment de ressusciter, ce faisant, certains de ses thèmes forts de campagne, comme «l’émancipation individuelle» ou la «lutte contre l’assignation à résidence». «On aime Napoléon parce que sa vie a le goût du possible, parce qu’elle est une invitation à prendre son risque, à faire confiance à l’imagination, à être pleinement soi», a-t-il poursuivi, paraphrasant carrément cette fois l’une de ses expressions favorites.

Emmanuel Macron à l’Institut de France, mercredi. François Bouchon / Le Figaro

Conscient de la controverse qui a entouré sa participation à cette journée du 5 mai, Emmanuel Macron a toutefois tenu à revenir sur ce que l’historien Jean Tulard a pudiquement appelé «la légende noire», en opposition à «la légende dorée» de l’Empereur. Et ce qu’il a lui-même défini comme un parcours «tout en clair-obscur». À commencer par le rétablissement de l’esclavage décidé en 1802, une «faute» et une «trahison de l’esprit des Lumières» que la République a réparé. Idem avec «la valeur de la vie humaine», dont Napoléon ne faisait que peu de cause, et que la France a «depuis lors placée plus haut que tout, que ce soit dans les guerres ou dans les pandémies». Comme durant la crise de la Covid-19, qui a arraché plus de 105.000 citoyens à la vie, et qui a encouragé le «quoi qu’il en coûte».

Se tournant à nouveau vers les étudiants face à lui, Emmanuel Macron a conclu son intervention en leur rappelant qu’ils n’étaient «ni les responsables ni les gardiens» de cette histoire, mais qu’ils s’y «inscrivaient». Et qu’ils «pouvaient l’aimer comme la critiquer», à condition de la maîtriser. «Encore faut-il l’apprendre, la connaître. Mais elle est là. Elle vous construit, viatique, pour affronter ce siècle. […] Incontestablement, elle continue de nous forger». Une incitation à l’exalter plutôt qu’à la «déconstruire», donc.

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