Emmanuel Macron : l’enjeu de la reconstruction – Le Monde

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Editorial du « Monde ». En annonçant, dimanche 14 juin, aux Français un quasi-retour à la vie normale sur le territoire métropolitain, Emmanuel Macron a voulu signifier qu’il était le patron. Le président de la République avait pris le risque, le 13 avril, alors que l’épidémie sévissait encore violemment, de programmer le déconfinement par étapes à partir du 11 mai. Beaucoup, au sein des administrations, avaient jugé le tempo risqué. Le premier ministre s’était loyalement exécuté, mais en manifestant une prudence qui semblait davantage en phase avec l’humeur des Français. Depuis, la cote de popularité d’Edouard Philippe grimpe, tandis que celle du président de la République fait du surplace ou recule. Il était temps que César rende à César ce qui lui appartient et acte en personne cette « première victoire contre le virus » remportée par le pays.

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A compter de lundi 15 juin, l’Ile-de-France devient, comme le reste de l’Hexagone, zone verte. Les cafés et restaurants peuvent rouvrir. Les crèches et les écoles sont priées de mettre un coup d’accélérateur pour accueillir tous les élèves le 22 juin. Le second tour des élections municipales est confirmé pour le 28 juin. Même si le virus n’est pas encore vaincu et que la vigilance reste de mise, il est clair que, pour Emmanuel Macron, un chapitre se clôt. Le pays doit se réveiller d’un long sommeil pour inventer une « nouvelle étape », qui nécessitera « du ressort ».

Galvaniser plutôt qu’inquiéter

A aucun moment de son intervention, le chef de l’Etat n’a mis en avant l’ampleur du drame économique et social qui est en train de prendre le relais de la crise sanitaire. Conscient de ne disposer que de cinq cents jours utiles devant lui, d’un naturel optimiste, il préfère galvaniser plutôt qu’inquiéter. S’il veut bien faire le décompte des faiblesses françaises apparues dans la gestion de l’épidémie pour tenter de les corriger, il refuse le procès en déclinisme instruit par certains intellectuels.

A son crédit, il inscrit l’accord franco-allemand conclu autour de l’endettement commun, qu’il qualifie de « tournant historique » pour l’Europe. Fier de lui, il l’est aussi des Français, dont il n’a cessé de saluer l’engagement durant la crise, ainsi que la capacité d’initiative, espérant faire du couple liberté/responsabilité le moteur des mois à venir. Récusant toute hausse d’impôts, il a, au contraire, promis de changer en profondeur l’organisation de l’Etat pour « libérer la créativité du terrain ».

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Tout, dans le « nouveau chemin » qu’il a tracé reste encore en jachère. Les vraies annonces n’interviendront que début juillet, assorties d’un probable remaniement ministériel. La défiance reste, cependant, si forte que le chef de l’Etat ne pouvait rester, d’ici là, complètement silencieux. Il devait semer quelques cailloux pour donner à la « reconstruction » la coloration la plus consensuelle possible. Elle sera donc « souveraine, écologique, solidaire et sociale », avec l’ambition de souder la nation autour du « patriotisme républicain ».

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Mais, pour que la promesse soit crédible, encore faut-il éteindre le nouvel incendie né de la révolte de la jeunesse française conte les violences policières. Aux manifestants, Emmanuel Macron a promis d’être « intraitable » face au racisme et à l’antisémitisme, tout en récusant toute forme de séparatismes. Aux policiers, qui se sont sentis gravement mis en cause par le ministre de l’intérieur, il a rappelé « le soutien de la puissance publique et la reconnaissance de la nation ». Pas sûr, cependant, que cet équilibrisme, dosé au millimètre, suffise à ramener la concorde. La France déconfinée reste un pays profondément fracturé.

Le Monde

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