Emmanuel Macron interpellé, périphérique bloqué, barbecue improvisé… Les agriculteurs manifestent à nouve… – franceinfo

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Des centaines de tracteurs ont bloqué le périphérique parisien, mercredi. A leurs volants, des agriculteurs franciliens partis tôt le matin pour manifester leur “ras-le-bol”.   

“On est inquiets pour notre avenir”, lâchent à l’unisson Cyril, 26 ans, Raphaël, 25 ans et Armand, 34 ans. Ces trois agriculteurs céréaliers en Ile-de-France ont répondu à l’appel des deux plus importants syndicats, la FNSEA et les Jeunes agriculteurs, à manifester leur “ras-le-bol” mercredi 27 novembre à Paris. Franceinfo est monté à bord d’un des tracteurs en partance pour le périphérique parisien. 

Une trentaine de gyrophares orange tournoient dans la nuit. Il est à peine 6 heures du matin à la coopérative d’Auvernaux, dans l’Essonne, quand une quarantaine d’agriculteurs s’affairent à coller des banderoles sur les tracteurs. 

Une centaine de tracteurs, en provenance de l’Essonne, de la Seine-et-Marne et de la Marne, ont prévu de se rejoindre sur l’autoroute A6 en direction de Paris. 

Nicolas Galpin, 43 ans, agriculteur depuis dix-huit ans, notamment dans la betterave, et dirigeant de section pour la FNSEA Ile-de-France, fait un dernier point avant de partir. Le convoi doit rouler sur les deux voies de gauche afin de laisser libres d’accès les entrées et sorties d’autoroute. Les tracteurs s’élancent, celui de Nicolas Galpin ferme la voie.

Devant ou derrière, quasiment tous les tracteurs portent un slogan écrit sur une pancarte. Le plus répandu est l’injonction faite au président de la République : “Macron, réponds !”

Ce matin, les agriculteurs se disent soucieux de leur avenir. “On est paumés, on ne sait plus quoi faire”, réagit Mathieu, 32 ans, dans la céréale depuis 2012. Ce fils d’agriculteur attend de l’Etat “un cap clair à suivre sur plus de deux ans.”  

La plupart des exploitants agricoles présents se demandent si la “France veut  encore de ses paysans”. “On demande à l’Etat d’arrêter de sévir. On est plus normés que les autres pays et on nous tape sans arrêt sur les doigts. On est les seuls à qui on demande de faire des efforts”, constate Alexandre, 32 ans, producteur, entre autres, de Colza dans le sud de la Seine-et-Marne. 

Accrochée à la remorque conduite par Nicolas Galpin, le slogan “N’importons pas l’agriculture que nous ne voulons pas” fait référence aux différents traités de libre-échange : Mercorsur et Ceta, qui “permettent d’importer des produits de moindre qualité. Alors que les nôtres, sans OGM, sont vendus à l’extérieur de notre pays au prix du marché mondial”, déplore Nicolas Galpin.

“Les produits français = une traçabilité et une qualité, contrairement à ceux importés” tentent d’expliquer certains slogans. “Laissez-nous produire français”, demande Jean Jacques, 50 ans, agriculteur depuis trente ans et “obligé” d’avoir un autre emploi dans le bâtiment pour payer toutes ses traites.

Il est un peu plus de 10 heures du matin quand le convoi pénètre sur le périphérique, escorté par la gendarmerie. Tout le long du trajet, des chauffeurs routiers klaxonnent le cortège. Nicolas Galpin fait un point régulier par téléphone avec plusieurs membres du cortège afin de savoir si tout le monde suit. 

A l’approche du point final de ralliement, avenue Foch, dans le 16e arrondissement de la capitale, un nouveau mot d’ordre circule dans le cortège : “bloquer le périphérique jusqu’à obtention d’un rendez-vous avec le président Macron.” Comme un seul homme, les tracteurs se mettent à l’arrêt, entre la porte d’Auteuil et la porte de Passy. 

Les manifestants se disent déterminés et “prêts à rester toute la nuit s’il le faut”, déclare Laurence Fournier, secrétaire générale de la FNSEA 77 et porte-parole du rassemblent des “600 tracteurs”, selon leur décompte, bloquant le périphérique.

Du côté des Champs-Elysées, des agriculteurs venus en voiture et en car prennent possession de l’avenue. Il est un peu plus de 11 heures. 

La faim commence à se faire sentir, certains sont debout depuis plus de huit heures. Quelques-uns improvisent un barbecue sur le périphérique. Les coffres des voitures regorgent de vivres, quand d’autres manifestants arrivent avec du pain acheté à la porte d’à côté. 

Jeunes et “anciens”, tous se disent investis dans ce métier d’agriculteur qui “pourtant” ne leur “laisse plus le temps de voir leur famille après des journées de dix ou douze heures.”

Tous aussi attendent, sous une pluie fine, le mot d’ordre de Laurence Fournier qui leur dira de rentrer ou de rester. “Nous avons assez de tracteurs pour bloquer chacune des portes du périphérique si besoin. Mais ce n’est pas notre but. Nous attendons de savoir si une délégation sera reçue par le cabinet du président.”

Trois heures plus tard, l’information “vient de tomber” parmi les manifestants. “Une délégation est reçue en ce moment même au ministère de l’Agriculture”, informe Laurence Fournier. En attendant le retour de cette délégation, les tracteurs restent à l’arrêt sur les voies rapides entourant Paris.

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