Emmanuel Macron au Tchad pour assister aux funérailles d’Idriss Déby – Le Monde

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Emmanuel Macron, à N’Djamena, vendredi 23 avril, pour les obsèques d’Idriss Deby.

Sous un calme apparent, le Tchad est en ébullition. Comment ne le serait-il pas ? Avec le décès du maréchal Idriss Déby, annoncé le 20 avril, mettant un terme à trois décennies de pouvoir, une fenêtre vient de s’ouvrir. Une fenêtre d’incertitude, avec la constitution d’un Conseil militaire de transition (CMT), déclarant s’installer au pouvoir pour dix-huit mois renouvelables (donc, potentiellement, pour trois ans), dont la direction a été confiée à l’un des fils du défunt, le général de corps d’armée Mahamat Idriss Déby, 37 ans, coopté dans des conditions inconnues et appuyé sur un groupe de quatorze généraux.

Lire son portrait : Tchad : Idriss Déby, autocrate et « ami courageux » de la France qui a péri par le glaive

Pour Emmanuel Macron, venu assister aux obsèques d’Idriss Déby, vendredi 23 avril, il y a là un test inconfortable. Quelle sera la leçon de cette présence ? La prééminence du sécuritaire dans la relation Paris-N’Djamena ? Sans le contingent tchadien aux côtés des forces alliées à celles de la France, au Sahel, dans le combat contre les groupes djihadistes, tout serait plus dur. Mais la politique de la France, réduite à cette composante, se piège elle-même, et risque de s’aliéner de façon croissante les peuples, tout particulièrement les jeunes générations. Le président français trouvera-t-il les mots pour dépasser le discours actuel émanant de Paris, limité à la célébration d’une armée tchadienne « fiable » (l’élément de langage parmi les sources officielles) aux côtés des opérations militaires françaises dans la bande sahélienne ?

Comment faire, inversement, pour entendre les voix de l’effervescence tchadienne ? La peur qui règne parmi les responsables de la société civile et des partis est ancienne, nourrie en particulier par le souvenir d’Ibni Oumar Mahamat Saleh, responsable politique respecté qui, pour avoir été clair dans ses prises de position publiques, l’a payé de sa vie, enlevé en février 2008 par des hommes en uniforme alors qu’une attaque rebelle venait d’échouer à N’Djamena. Son corps n’a jamais été retrouvé.

Refus de la « junte »

Il n’y a pas, au Tchad, de grand parti d’opposition sur lequel se reposer. Toutefois, parmi les personnalités qui osent donner de la voix, toutes sont désormais alignées sur un refus de l’autorité de « la junte ». La Constitution, réformée en 2018, coupait tout ce qui restait de contre-pouvoirs au sein de l’Etat, et donnait naissance à un régime hyperprésidentiel sans garde-fous. Mais au moins établissait-elle qu’en cas de disparition du chef de l’Etat, le pouvoir revenait au président de l’Assemblée, lequel devait organiser des élections. Or, le président de l’Assemblée s’est promptement désisté. Le cas est aussi prévu par la Constitution, qui transfère cette responsabilité au vice-président du Parlement. Personne n’a même songé à étudier cette hypothèse.

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