Elections municipales : Pression politique, crise sanitaire, « casse-tête institutionnel »… Les questions que pose un éventuel report du scrutin – 20 Minutes

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Emmanuel Macron, le 6 mars 2020. — LUDOVIC MARIN / POOL / AFP
  • L’effondrement historique de la participation et la propagation de l’épidémie de coronavirus sur le territoire menacent la tenue du second tour des municipales dimanche 22 mars. De nombreuses personnalités politiques ont demandé son report.
  • L’exécutif devrait trancher en début de semaine. Emmanuel Macron prononcera une allocution ce lundi soir après une journée de consultations.
  • Une telle décision pourrait entraîner l’annulation des résultats du premier tour.

Un fiasco de participation, et maintenant ? Malgré des mesures sanitaires dans les bureaux de vote, le premier tour des élections municipales a été marqué par un record d’abstention (autour de 55 %). Cet effondrement historique et la propagation de l’épidémie de coronavirus sur le territoire menacent la tenue du second tour, prévu dimanche.

De nombreux politiques ont déjà demandé son report. Sous pression, le gouvernement a indiqué qu’il prendra sa décision en début de semaine, après consultation des responsables de santé et des formations politiques. Emmanuel Macron s’exprimera pour sa part ce lundi à 20h20 Minutes revient sur les questions que poserait un report du second tour.

Qui prendra la décision ? Quand ?

C’est à l’exécutif de trancher. Edouard Philippe s’est exprimé ce lundi sur France 3 sur le maintien du scrutin. « J’espère, je crois beaucoup à la vie démocratique. On a organisé le premier tour parce que les autorités sanitaires nous ont dit que ça pouvait bien se passer à certaines conditions. Je vais continuer à consulter les autorités sanitaires et si leur message change, il faudra évidemment en tenir compte. »

Le Premier ministre a indiqué réunir « en début de semaine le conseil scientifique » pour prendre cette décision. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, a lui assuré qu’il demanderait « sans doute mardi » leur avis aux experts scientifiques sur l’opportunité de tenir le second tour le 22 mars.

Le gouvernement peut-il vraiment maintenir l’élection ?

La question se pose alors que la situation de l’épidémie « se détériore très vite », selon le directeur général de la Santé, et que la pression politique s’accentue ce lundi matin. Sur RTL, l’eurodéputé EELV Yannick Jadot a de nouveau demandé de « repousser le second tour » des élections pour donner priorité à la lutte contre le coronavirus. « Il paraît presque impossible pour le gouvernement de résister à cette triple pression : celle du monde politique, de l’opinion et des médecins face à la propagation du virus, surtout en ayant en tête l’effondrement historique de la participation, qui n’atteignait même pas 30 % dans certaines communes », avance Bruno Cautrès, chercheur CNRS et au Cevipof.

« Il y a eu des injonctions contradictoires dans la communication de l’exécutif. Jeudi soir, lors de son allocution, Emmanuel Macron demandait aux plus fragiles de rester chez eux, et dans le même temps, il appelait à voter lors du scrutin encore ce dimanche », poursuit le politologue.

« On va continuer à aller faire ses courses, donc il était légitime de pouvoir sortir pour aller voter en prenant les précautions d’usage », a tenté de justifier le chef de l’Etat ce dimanche en votant au Touquet. Des propos dénoncés notamment par Ségolène Royal, qui a jugé ce maintien « irresponsable et incohérent ».

Un report ou une annulation ?

« Un report du second tour créerait un casse-tête institutionnel avec de nombreuses questions en suspens. Un report trop tardif poserait un vrai souci politique, car l’élection doit traduire un état de l’opinion à un moment donné. Faudrait-il annuler l’ensemble du scrutin ? Que faire alors des maires élus dès le premier tour ? », s’interroge Bruno Cautrès. Sur ce point, les constitutionnalistes divergent.

Dans les communes, un report du second tour nécessiterait également de prolonger le mandat des conseillers municipaux actuels, qui expire le 31 mars. Une loi en ce sens, votée par le Parlement, pourrait le permettre, rapporte l’AFP. Que l’état d’urgence soit déclaré ou non, le report du second tour devrait lui aussi passer par une loi, assurent les spécialistes.

« L’annonce d’un éventuel confinement justifierait un report. Mais si cette décision implique l’annulation du scrutin, quelques jours après avoir maintenu le premier tour du scrutin, cela apparaîtrait comme un plantage de décision publique, d’autant que le Royaume-Uni a récemment annoncé le report [d’un an] de l’ensemble des élections locales », assure Bruno Cautrès.

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