Les Israéliens sont de retour aux urnes ce mardi 17 septembre, cinq mois après des élections similaires, qui n’ont pas permis la formation d’une coalition majoritaire. Ce nouveau scrutin remet en lumière plusieurs enjeux majeurs.

1. Le sort de Benjamin Netanyahou

En Israël, on l’appelle “Bibi”, tant son diminutif suffit à identifier celui qui préside aux destinées du pays depuis plus de 13 ans. Netanyahou a battu cette année le record de longévité au pouvoir détenu jusqu’alors par le fondateur David Ben Gourion. Mais l’homme est plus menacé que jamais, politiquement et judiciairement.

Politiquement, celui que l’on surnomme parfois “le magicien” n’est plus parvenu à former un gouvernement après les élections d’avril. Les incompatibilités entre ses partenaires naturels de coalition sont apparues au grand jour, en particulier l’animosité de plus en plus ouverte entre laïcs et religieux. L’ancien ministre de la Défense Avigdor Lieberman a refusé une coalition avec les partis ultra-orthodoxes. Netanyahou leur avait promis de conserver l’exemption de service militaire pour les étudiants des yeshivot, les écoles talmudiques.

Sans le soutien du parti Israel Beitenou de Lieberman, Benjamin Netanyahou n’est pas parvenu à obtenir une majorité à la Knesset, le Parlement israélien. La donne pourrait changer à présent. Selon une projection réalisée par un site spécialisé sur base de sondages, une coalition réunissant le Likoud, les deux partis religieux et la nouvelle formation d’extrême droite Yamina obtiendrait 63 sièges sur les 120 du Parlement.

Menacé judiciairement, Benjamin Netanyahou voudra aller vite. Le procureur général doit l’entendre début octobre. Il a déjà communiqué son intention de l’inculper dans les dossiers de corruption, fraude et abus de confiance. Un retour aux affaires permettrait au Premier ministre d’obtenir une immunité et un sursis judiciaire. Si le résultat des urnes le permet, les choses pourraient donc aller vite.

2. L’annexion de territoires palestiniens

Pour convaincre les électeurs, Benjamin Netanyahou a courtisé sur sa droite les colons installés en Cisjordanie. Il a promis il y a quelques jours d’annexer en cas de victoire la vallée du Jourdain et le nord de la mer Morte. Ces territoires représentent 30% de la Cisjordanie occupée. Dans la foulée, il a reconnu une colonie sauvage installée près de Jéricho.

Ce projet d’annexion d’une partie de la Cisjordanie vient enterrer toute idée de relancer un processus de paix avec les Palestiniens. Il rendrait impossible la création d’un Etat palestinien sur les “frontières de 1967” reconnues par la communauté internationale. De leur côté, les Etats-Unis annoncent un plan pour la région, préparé par le gendre de Donald Trump. Jared Kushner a dû retarder cette publication plusieurs fois. Elle est prévue à présent rapidement après les élections israéliennes. Ce plan américain ne devrait plus faire mention de la création d’un Etat palestinien.

Les Palestiniens ont rejeté par avance le “deal du siècle” promis par Donald Trump. Ils accusent le président américain de parti pris pro-israélien. Donald Trump espérait obtenir le soutien de pays arabes, en échange de promesses de développement économique de la région. Tout comme le déménagement de l’ambassade américain à Jérusalem, certaines mesures du plan semblent rebuter les dirigeants arabes pourtant désireux de renforcer leur collaboration avec Israël.

3. L’alternative Benny Gantz

Face au génie politique de Benjamin Netanyahou, capable de se sortir des situations les plus compliquées, l’autre candidat Premier ministre s’appelle Benny Gantz. Cet ancien chef d’état-major n’a ni le charisme, ni l’expérience, ni le carnet d’adresses international de l’actuel chef du gouvernement. Il joue la carte de la probité face à un dirigeant usé et discrédité par les affaires, et celle de la crédibilité du militaire dans un pays où l’armée est l’institution la plus respectée.

Plus lisse que Netanyahou sur la forme, il ne semble pas si éloigné de l’actuel Premier ministre sur les enjeux sécuritaires et l’avenir du pays. Il préconise bien une reprise de pourparlers avec les Palestiniens, mais aussi la défense des colonies juives en Cisjordanie. Et les projets d’annexion du territoire palestinien ne l’offusquent pas.

La coalition qu’il formerait, si les résultats le permettent, serait plus centriste et plus laïque. Benny Gantz et son parti Bleu Blanc se sont rapprochés d’Avigdor Liebermann sur l’hostilité aux avantages accordés aux ultra-orthodoxes juifs. Il aurait également besoin du soutien des élus Palestiniens d’Israël, qui se présentent cette fois sur une Liste Unifiée. Elle pourrait constituer la troisième force de la Knesset. Mais les Arabes israéliens, qui s’estiment victimes de discriminations structurelles dans le pays, ne lui accorderaient leur soutien qu’avec méfiance.

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