Election en Pologne : Andrzej Duda, président malléable et candidat docile du parti conservateur – Le Monde

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Le président polonais et candidat à sa succession, Andrzej Duda, salue ses partisans à Lomza, dans le centre de la Pologne, le 7 juillet.

Dernier dimanche de campagne. Ce 5 juillet, à Nowa Deba, petite bourgade de 10 000 habitants en Basse-Silésie, dans le sud-est de la Pologne, le président sortant Andrzej Duda, candidat à sa réélection, fait face à un bataillon de jeunes volontaires en uniforme venus prêter serment. Les recrues, dont le visage tourne au cramoisi sous le soleil de plomb, font partie des nombreuses brigades de « défense du territoire » créées par le parti national-conservateur Droit et justice (PiS), et particulièrement populaires dans les campagnes où insignes et galons sont synonymes de prestige social. « La famille est une valeur fondamentale au sein de laquelle le patriotisme se transmet depuis des siècles », lance le chef de l’Etat, qui exerce ici, en tant que chef des armées, l’une de ses rares prérogatives.

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Dans cette région parmi les plus conservatrices du pays, la cérémonie officielle tourne rapidement au bain de foule pour le candidat du pouvoir. Eprouvé par une longue campagne, il tombe la veste malgré tout et se prête aux embrassades spontanées et aux selfies. La foule scande son nom, témoignant une fois de plus du charisme indéniable d’Andrzej Duda, 48 ans, bon orateur et pas élitiste pour deux sous aux yeux d’une bonne partie de la population. « C’est un homme chaleureux et bienveillant », s’enthousiasme une vieille femme à l’unisson de son entourage.

Un président par défaut ?

Mais contrairement aux apparences, le scrutin de dimanche 12 juillet n’est pas perçu comme le second tour d’une élection présidentielle classique, mais comme un référendum pour ou contre la « révolution conservatrice » menée depuis cinq ans par le véritable homme fort du pays, Jaroslaw Kaczynski. A 71 ans, ce dernier, bien que simple député et chef de la majorité, tire les ficelles de toutes les décisions stratégiques prises au plus haut sommet de l’Etat. L’enjeu du vote dépasse donc le simple affrontement, très serré selon les sondages, entre Andrzej Duda et son rival libéral Rafal Trzaskowski : il s’agit de donner ou non les pleins pouvoirs à Jaroslaw Kaczynski pour qu’il achève en Pologne son projet de « démocratie illibérale », aux relents autoritaires, inspiré par celui mis en place par le voisin hongrois.

Et dans le spectacle politique qu’offre le PiS depuis son arrivée au pouvoir en 2015, Andrzej Duda, en dépit de sa fonction, fait office de figurant dans une pièce dont il ne maîtrise ni le scénario ni la mise en scène. « Il ne brille que parce qu’il est le reflet de la ligne du parti fixée par Jaroslaw Kaczynski, le garant de la politique sociale et conservatrice, et c’est pour cela qu’il ne peut pas se permettre ne serait-ce qu’un minimum d’indépendance », souligne Andrzej Stankiewicz, rédacteur en chef adjoint du site Internet Onet et fin connaisseur des coulisses du pouvoir. Preuve en est, l’influent hebdomadaire Polityka a choisi de titrer en « une » « le vrai duel », illustration à l’appui, entre le candidat libéral et le chef de la majorité.

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