Édouard Philippe sous pression maximale pour le déconfinement – Le Figaro

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Rarement un discours de premier ministre, prononcé à la tribune de l’Assemblée nationale, aura été aussi attendu par les Français. Édouard Philippe a commencé à le rédiger dès dimanche soir. Il s’agit de dévoiler enfin les modalités pratiques du déconfinement, dans la perspective du 11 mai.

La forme de l’allocution? «Une sorte de conférence de presse sans “slides”, avec un grand nombre de détails, sans pour autant aller jusqu’à un degré de précision préfectoral», résume l’un de ses conseillers. En clair: pas question que cela ressemble à une déclaration de politique générale. L’exécutif promet du concret sur les masques, les tests, les rassemblements, les transports… Une perspective qui interroge l’opposition, dans toutes ses composantes (lire ci-dessous). Pourquoi ne pas laisser davantage de temps aux députés pour expertiser les annonces? Pourquoi précipiter un vote sur la déclaration d’Édouard Philippe, dans l’après-midi?

Au gouvernement, on rétorque qu’il ne s’agit pas de présenter un texte de loi, mais un plan d’action décidé par le gouvernement – sa prérogative. «Le premier ministre aurait pu faire une déclaration dans un journal télévisé. À la place, il a décidé de s’exprimer à l’Assemblée. C’est un geste en direction des parlementaires. Et voilà que les mêmes protestent. Comme si c’était jamais assez !», s’agace-t-on à Matignon. Et d’ajouter: «Selon ces élus, il faudrait attendre combien de temps? 12 heures? 24 heures? Davantage? Il ne faut pas que le principe du dialogue vienne contredire la logique de l’action, surtout en période de crise sanitaire!»

Comme souvent depuis le début de l’épidémie, cette décision cache un nouveau désaccord au sommet de l’État. «Emmanuel Macron était prêt à accorder plus de temps, au nom de l’unité nationale, croit savoir un conseiller de l’exécutif. Mais le premier ministre ne voulait pas donner une impression de flottement en attendant la fin du vote pour clore la séquence.» Il faut dire que le calendrier d’Édouard Philippe est serré.

Dès mercredi, il pousse les feux sur la mise en œuvre opérationnelle: le matin, il présente le plan aux grandes associations d’élus, en présence des ministres Jacqueline Gourault et Sébastien Lecornu. Puis, il déjeune avec des représentants de la majorité. Dans la foulée, il doit s’adresser aux préfets. D’autres annonces, plus sociales, doivent être déclinées la semaine prochaine, comme sur les vacances pour les enfants des familles les plus démunies – un chantier piloté par le secrétaire d’État Gabriel Attal.

L’élaboration du plan de déconfinement a donné lieu à des discussions jusqu’à la dernière minute. Lundi matin, des réunions avaient encore lieu à Matignon sur la question du sport, des loisirs, des musées, des restaurants. La fermeture des lycées jusqu’à septembre a été évoquée comme hypothèse au cours du week-end. L’exécutif craint le retour de bâton, avec une seconde vague épidémique. Matignon avait d’ailleurs plaidé il y a quelques semaines pour un déconfinement plus tardif. Il commencera donc le 11 mai, a décidé Emmanuel Macron, mais son rythme sera progressif. «L’audace, c’est parfois de faire preuve de prudence», glisse-t-on dans l’entourage d’Édouard Philippe.

Face aux tensions qui affleurent entre les deux têtes de l’exécutif et aux manœuvres de certains pour s’installer à Matignon après la crise, l’Élysée joue l’apaisement. «Cela aurait beaucoup de sens de continuer avec l’homme qui gère avec beaucoup d’efficacité la mise en musique des orientations du président», assure un membre du premier cercle d’Emmanuel Macron. À Matignon, un proche du premier ministre le jure, «il n’y a pas plus de tension que de friction avec le président et il n’y en aura jamais ». L’urgence est à déconfiner, la politique arrivera en son temps. Lundi après-midi, le chef de l’État réunissait à l’Élysée son premier ministre, mais aussi Olivier Véran, Élisabeth Borne, Bruno Le Maire, Jean-Michel Blanquer et le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, pour les derniers arbitrages avant la présentation du plan. Celui sur lequel Édouard Philippe joue tout de même sa place.

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