Ecologie : la Royal Society britannique appelle les géants du numérique à faire plus

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Ecologie : la Royal Society britannique appelle les géants du numérique à faire plus

L’empreinte environnementale du numérique ne fait aujourd’hui plus débat. Selon un nouveau rapport de la Royal Society britannique, à mesure que les technologies se développent, il incombe au secteur numérique non seulement de réduire sa propre empreinte carbone, mais aussi de trouver des moyens innovants pour inverser le changement climatique à l’échelle mondiale.

Bien qu’il n’existe pas de chiffre exact qui résume l’impact des technologies numériques sur l’environnement, le rapport estime que le secteur représente actuellement entre 1,4 et 5,9 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Dans le même temps, le secteur devrait encore voir son empreinte environnementale gonfler dans les années à venir : le nombre total d’internautes devrait ainsi atteindre 5,3 milliards d’ici 2023, contre moins de quatre milliards en 2018.

Toute cette connectivité supplémentaire a un coût environnemental. L’infrastructure complexe de câbles, de fibres, d’ordinateurs, de centres de données, de routeurs, de serveurs et de pylônes radio qui est nécessaire pour faire fonctionner le monde numérique a besoin d’énergie pour être construite, et plus encore pour être utilisée et entretenue. Les centres de données représentaient à eux seuls 0,8 % de la demande mondiale d’électricité l’année dernière.  

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Le grand public a son rôle à jouer

Au niveau du grand public, le rapport de la Royal Society identifie les petites mesures qui peuvent être prises pour atténuer l’impact des nouvelles technologies.

Par exemple, la conservation des téléphones, des ordinateurs portables, des tablettes ou des téléviseurs intelligents pendant quatre ans peut réduire de moitié la quantité de carbone émise par rapport au renouvellement d’un appareil tous les deux ans. L’achat de matériel d’occasion est également vivement recommandé. 

De même, le streaming doit être consommé de manière responsable : le rapport de l’institution britannique rappelle à cet égard qu’une heure de streaming sur un smartphone génère huit fois plus d’émissions en ultra-haute définition qu’en définition standard, malgré la faible différence entre les deux options sur un petit écran. Désactiver la vidéo en écoutant le contenu de YouTube pourrait également permettre d’économiser entre 1 et 5 % des émissions totales du service. 

Les entreprises appelées à mener la lutte

Selon la Royal Society, la plus grande opportunité est pourtant celle qui s’offre aux entreprises technologiques de passer au vert. Pour limiter l’augmentation moyenne de la température mondiale à 1,5 °C, comme s’y sont engagés les gouvernements du monde entier, il faudra la pleine coopération de tous les acteurs du secteur. “Si la technologie numérique n’est qu’une partie de la solution, elle est absolument essentielle pour l’avenir “net zéro” que nous devons construire”, explique Andrew Hopper, qui a co-rédigé le rapport de la Royal Society.

Pour ce dernier, “le secteur de la technologie est en mesure de montrer l’exemple. Il peut gérer sa propre empreinte carbone, par exemple en programmant les travaux informatiques aux périodes de pointe de production d’énergie, afin d’utiliser au mieux les sources renouvelables”.

À bien des égards, le secteur des technologies numériques est déjà en bonne voie pour tenir les promesses déjà faites en matière de respect du climat, grâce notamment aux engagements pris par les plus grandes entreprises du secteur. Ainsi, Google et Apple achètent et produisent suffisamment d’électricité renouvelable pour couvrir 100 % de la consommation d’énergie de leurs centres de données, tandis que Microsoft s’est engagé de manière ambitieuse à supprimer toutes les émissions de carbone qu’elle produit depuis sa création en 1975.

Les centres de données, un vrai sujet

Les efforts écologiques du secteur technologique se reflètent notamment dans l’amélioration de l’efficacité des centres de données. Des recherches récentes ont montré que si la quantité de calculs effectués dans les centres de données au cours des dix dernières années a augmenté de 550 %, la quantité d’énergie consommée par les centres au cours de la même période n’a en fait augmenté que de 6 %. Une amélioration due en partie au fait que les entreprises ont adopté des logiciels basés sur le cloud computing et ont transféré leurs données vers des centres de données à grande échelle, qui sont gérés plus efficacement que les centres locaux plus petits.

Grâce aux nouvelles technologies comme l’intelligence artificielle, les centres de données sont de plus en plus durables. En 2016, par exemple, Google et Deepmind ont développé un système d’apprentissage automatique capable de gérer intelligemment la température des centres de données du géant de la recherche, ce qui a permis d’économiser jusqu’à 40 % de l’énergie nécessaire au refroidissement des bâtiments. En France, la branche hexagonale d’Interxion vient d’annoncer qu’elle serait neutre en carbone d’ici à la fin de cette année.

Google a également annoncé récemment une nouvelle plateforme intelligente qui peut chronométrer les emplois informatiques dans les centres de données pour qu’ils correspondent aux pics de production d’énergie renouvelable, dans le cadre de l’engagement de la société en faveur d’une “énergie sans carbone 24 heures sur 24, 7 jours sur 7”.

Des efforts supplémentaires à fournir

Cela ne suffira toutefois pas selon la Royal Society. Une partie essentielle de la transition vers les technologies vertes consistera à tenir les entreprises responsables de leurs objectifs climatiques, grâce à la collecte organisée de données sur la consommation d’énergie des organisations. “Le secteur des technologies doit améliorer la collecte de données et les pratiques de compte rendu sur la consommation d’énergie des systèmes numériques, ainsi que sur les sources et la combinaison d’énergies, afin de suivre et d’accélérer les progrès par rapport aux objectifs climatiques”, peut-on lire dans le rapport de l’institution britannique.

Pour cette dernière, il appartient aux gouvernements de mettre en œuvre les exigences appropriées pour que les entreprises partagent leurs données relatives au climat, mais les nouvelles technologies peuvent également y contribuer. Pas plus tard que cette semaine, le Boston Consulting Group (BCG) a publié un logiciel libre appelé CodeCarbon, qui estime la quantité de CO2 produite par les ressources informatiques utilisées pour exécuter un code donné.

Cet outil a été conçu pour aider les développeurs à estimer l’impact de leurs logiciels sur l’environnement et à prendre des mesures pour réduire les émissions, par exemple en sélectionnant leurs infrastructures de cloud computing dans des régions qui utilisent des sources d’énergie à faible teneur en carbone. 

L’IA, une ressource à exploiter

Les nouvelles technologies peuvent donc améliorer l’efficacité énergétique et réduire les émissions de carbone – pour le secteur numérique, mais pas seulement. “Près d’un tiers des 50 % de réduction des émissions de carbone que le Royaume-Uni doit réaliser d’ici 2030 pourraient être obtenus grâce à la technologie numérique existante – des capteurs à la modélisation à grande échelle”, a déclaré M. Hopper. “Par exemple, les jumeaux numériques – des représentations virtuelles d’actifs physiques – ont déjà contribué à augmenter le rendement de certains parcs éoliens jusqu’à 20 %, ainsi qu’à améliorer leur durée de vie”, a-t-il ajouté.

Selon le rapport, les différentes applications de l’IA pourraient à elles seules permettre d’économiser jusqu’à 4 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Le jumelage numérique associé à l’apprentissage machine peut aider à optimiser les tâches dans les usines, et les systèmes d’IA peuvent permettre d’améliorer le rendement des cultures dans l’agriculture, tout en réduisant la quantité d’énergie utilisée dans les exploitations. Les algorithmes peuvent également réduire la congestion dans les villes, et diminuer l’empreinte carbone du secteur des transports, qui représente actuellement près d’un quart des émissions totales du Royaume-Uni.

À long terme, des technologies telle que l’informatique quantique devraient permettre de développer davantage de solutions pour inverser le changement climatique, allant de l’amélioration de l’efficacité des chaînes d’approvisionnement à la découverte de nouveaux matériaux pour le stockage de l’énergie. Il y a une énorme opportunité à investir dans le développement d’entreprises qui s’alignent sur les objectifs de zéro émission, conclut la Royal Society. Le rapport appelle à l’aide et au soutien du gouvernement pour de telles initiatives : l’avenir de la technologie doit être vert.

Source : ZDNet.com

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