Dupond-Moretti ministre : le procureur de Basse-Terre demande à quitter son poste – Le Parisien

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Le vent de fronde peine à retomber autour du nouveau garde des Sceaux. Jean-Luc Lennon, procureur de la République de Basse-Terre, a demandé à être « déchargé de ses fonctions », après la nomination d’Eric Dupond-Moretti à la Chancellerie, a-t-on appris samedi de l’intéressé, confirmant une information de RCI Guadeloupe.

Contacté par l’AFP, Jean-Luc Lennon fait valoir une « clause de conscience ». « C’est une décision tout à fait personnelle qui n’engage que moi », souligne M. Lennon, qui rappelle que, « comme d’autres magistrats, (il) milite depuis longtemps pour l’indépendance du ministère public ». Cette indépendance « tarde à venir », a-t-il expliqué sur Radio Caraïbes International.

L’annonce de la nomination de ce tonitruant pénaliste, pas toujours avare d’attaques envers les juges, a sidéré de nombreux magistrats et fait sortir de ses gonds le syndicat majoritaire dans la magistrature, l’USM, qui y a vu une « déclaration de guerre ».

« En guerre avec personne », assure la Chancellerie

Régulièrement, les remous autour d’affaires politico-financières remettent sur le devant de la scène les éternels soupçons sur l’indépendance de la justice. M. Dupond-Moretti, ex-avocat pénaliste, a assuré mardi lors de la passation de pouvoir avec Nicole Belloubet vouloir « avancer sur (ce) projet qui (lui) tient à coeur ». Il « souhaite être le garde des Sceaux qui portera enfin la réforme du parquet tant attendue ».

Le ministère de la Justice a réagi auprès de l’AFP en soulignant que, lors du discours de passation, M. Dupond-Moretti avait expliqué « qu’il n’était en guerre avec personne ». Le garde des Sceaux « recevra d’ailleurs prochainement les organisations représentatives des magistrats afin d’engager un dialogue constructif et apaisé », a-t-on ajouté.

« J’ai considéré que je ne serais plus un bon procureur »

Selon M. Lennon, « un procureur de la République a vocation à appliquer dans le ressort de sa juridiction la politique pénale qui est déterminée par le gouvernement qui est portée par le garde des Sceaux » et « le procureur de la République doit être aussi en conscience, en capacité de le faire avec loyauté ».

« À partir du moment où vous estimez que les conditions ne sont plus remplies pour le faire pour des raisons qui m’appartiennent, […] j’ai considéré que je ne serais plus un bon procureur de la République si tant est que j’en étais un. Et par conséquent, c’est la voie que j’ai choisie de demander à ce que je puisse être déchargé de ces fonctions qui par ailleurs sont des fonctions auxquelles j’ai toujours aspiré et auxquelles je crois profondément », a ainsi expliqué Jean-Luc Lennon sur la radio guadeloupéenne.

Cette décharge doit faire l’objet d’un décret attendu « dans les semaines à venir » selon M. Lennon. Cela doit lui permettre de revenir dans son lieu d’affectation initial qui est le parquet général.

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