Disparition de Delphine Jubillar : ce qu’il faut retenir de la conférence de presse du procureur après la mise – franceinfo

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Cédric Jubillar a été mis en examen, vendredi 18 juin, pour “homicide sur conjoint”, six mois après la disparition de sa femme, Delphine Jubillar, 33 ans et mère de leurs deux enfants, a annoncé le procureur lors d’une conférence de presse organisée le même jour. 

Le magistrat a décrit l’avancée de l’enquête en énonçant les éléments rassemblés à ce jour, qui ont conduit “aux développements les plus récents” et à la mise en examen du premier suspect de l’affaire. Le mari de l’infirmière du Tarn avait été déféré dans la matinée devant un juge d’instruction au palais de justice de Toulouse au terme de 48 heures de garde à vue. Franceinfo récapitule ce qu’il faut retenir de cette conférence de presse.

Une disparition “très inquiétante” 

Selon le procureur, la disparition de Delphine Jubillar ne peut être considérée comme volontaire et est apparue très vite comme “inquiétante”. “Il n’est pas normal qu’une mère de famille disparaisse en pleine nuit, en plein mois de décembre, en plein confinement”, a-t-il estimé. Surtout au vu des “conditions climatiques” hivernales en ce soir du 15 au 16 décembre, a-t-il précisé.

Delphine Jubillar est partie de son domicile avec son téléphone, mais “sans son chargeur” et surtout sans effets personnels : “sans son sac à main, sans ses lunettes dont elle avait besoin”, sans les clés de son véhicule.

“La thèse de la chute ou de l’accident a été rapidement évacuée” et la notion de suicide est “en contradiction avec les éléments du dossier”, a encore souligné le procureur. “Vous le savez, madame Jubillar était mère de famille, c’était une infirmière qui adorait son métier, ses enfants, qui était appréciée par ses proches et de ses amis qui la soutenaient.”

Selon le procureur, “elle n’avait strictement aucune raison de disparaître, alors qu’elle préparait les fêtes de Noël, et notamment en abandonnant ses enfants”. D’autant que la jeune femme n’aimait “pas sortir dans le noir”. De plus, le procureur a rappelé le projet de la mère de famille “de quitter définitivement le domicile conjugal et de s’installer avec un homme qu’elle avait rencontré l’été précédent”. Delphine Jubillar avait ainsi souscrit un emprunt et acheté des meubles. Elle avait un “projet de vie nouvelle qui lui tenait à cœur”

Une séparation “conflictuelle”

Selon le procureur, Cédric Jubillar, confronté à ces éléments, a assuré que la séparation “se passait de manière non conflictuelle”, “qu’ils s’étaient rapprochés dernièrement” et qu’ils avaient encore des “échanges réguliers”. L’homme a dans un premier temps affirmé qu’il “ignorait que son épouse voulait le quitter pour un autre”, mais les investigations ont permis de conclure que ses déclarations étaient “complètement mensongères”.

Cédric Jubillar “convient désormais qu’il était au courant que son épouse avait un amant”, selon le procureur. D’après les témoignages recueillis par les enquêteurs, la séparation entre Cédric et Delphine Jubillar “donnait lieu à de nombreuses disputes”. “Cédric Jubillar avait une très grande difficulté à accepter cette séparation” et “essayait de reconquérir” sa femme, mais de manière pour le moins brutale.

Ainsi, “il avait organisé une véritable surveillance de son épouse, allant sur son compte pour voir si elle avait fait des dépenses, étant très intrusif sur la façon dont son épouse organisait sa séparation”, a rapporté le procureur. Il se montrait aussi “brutal”, “grossier” et “agressif”, “y compris envers ses enfants”

Une dispute et des cris entendus par des voisines

Le procureur est ensuite revenu sur le déroulé de la nuit au cours de laquelle Cédric Jubillar a prévenu les gendarmes de la disparition de son épouse. Il soutient qu’“il n’y a pas eu de dispute” ce soir-là, “qu’ils sont allés se coucher et qu’il s’est réveillé”, découvrant que Delphine s’était volatilisée.

Mais les enquêteurs ont mis au jour “deux éléments importants” qui ont entraîné la mise en examen du suspect. Le fils du couple, âgé de 6 ans, a été entendu. Et selon ses dires, “vers 23 heures, quand il va se coucher après avoir fait un câlin à sa mère, il entend une violente dispute entre ses parents”. Cette déclaration est apparue “crédible” aux yeux du procureur, qui a rappelé l’âge de l’enfant et le fait qu’il savait que sa mère avait rencontré quelqu’un. Interrogé sur ce témoignage qui met à mal le récit de Cédric Jubillar, ce dernier a contesté, assurant que son fils devait confondre “avec une autre soirée”

Le procureur a ajouté qu’“au même moment, à 23h07 très précisément”, deux voisines – une mère et sa fille – ont entendu “des cris stridents et de détresse d’une femme (…) qui vont disparaître et s’arrêter dans la nuit”. Ces cris provenaient du domicile des Jubillar. Les deux femmes n’ont pas alerté les gendarmes. Sur ce point, Cédric Jubillar “ne donne pas de réponse crédible”, a précisé le procureur. 

Une lessive lancée avant l’arrivée des gendarmes

Lorsque les gendarmes arrivent au domicile après l’appel de Cédric Jubillar, ils découvrent que le père de famille a déclenché une machine à laver avec la couette du lit où dormait Delphine Jubillar – les époux dormaient séparément. Il est alors 4h50 du matin.

“Ce n’est pas la première chose à laquelle on pense quand votre femme a disparu”, a estimé le procureur, en évoquant un contexte “incongru”. Cette action de Cédric Jubillar apparaît d’autant plus troublante que “l’état de l’habitation était négligé”. Aucune trace de sang n’a toutefois été retrouvée au sein du domicile. Des analyses sont en cours sur des éléments de la machine à laver, mais les gendarmes n’ont pas souhaité en dire davantage. 

Des recherches “sommaires” le soir de la disparition 

Le procureur a aussi insisté sur le comportement surprenant de Cédric Jubillar dans la nuit du 15 au 16 décembre. Il s’est ainsi écoulé 16 minutes entre le moment où il dit avoir constaté la disparition de sa femme et son appel à la gendarmerie : “Il va faire très, très vite”, a souligné le procureur, en précisant que dans ce laps de temps, aucun ami proche ou membre de la famille n’a été contacté par Cédric Jubillar.

Les informations issues du podomètre du téléphone du suspect intriguent également les enquêteurs. “Lorsque les gendarmes arrivent (…) il avait fait l’équivalent de 40 pas”, a déclaré le procureur, en rappelant qu’il en fera 380 lors des recherches avec les gendarmes à l’extérieur de la maison. “C’est un constat objectif”, a ajouté le magistrat, évoquant des “recherches assez sommaires” de la part de Cédric Jubillar. 

Le procureur a, par ailleurs, donné des informations sur le véhicule appartenant à Delphine Jubillar et stationné devant la maison. L’enquête a révélé qu’il avait été changé de sens dans la soirée, alors que la jeune femme le garait toujours “dans un sens précis”. Les voisins ont affirmé l’avoir vu être garé “comme à l’habitude” puis, quand les gendarmes sont arrivés, il était stationné “dans l’autre sens”.

“Il a été changé de place”, a résumé le procureur. L’enquête a aussi mis en évidence des traces de condensation à l’intérieur de la voiture. Condensation correspondant, selon un expert, à “une présence humaine dans le véhicule”, étant donné l’heure et les conditions météo du moment.

Le suspect dément toute implication

Placé sous mandat de dépôt, Cédric Jubillar conteste les faits qui lui sont reprochés, “y compris dans la qualification actuelle”, souligne le procureur. “Cette instruction va s’attacher à poursuivre les recherches, à étayer ces éléments sous la direction des juges d’instruction qui auront à s’attacher à la personnalité de Cédric Jubillar”. Selon le magistrat, la personnalité du mis en examen “méritera une expertise”“Ce qui ressort, c’est une forme de déni très rapidement, un deuil très rapide, le fait de parler très vite de son épouse au passé, de reprendre rapidement une vie affective”, liste-t-il. La nouvelle compagne de Cédric Jubillar a été entendue par les gendarmes. 

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