« D’habitude, on ne fait pas grève » : le front uni des personnels de l’éducation contre Blanquer – Le Monde

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Manifestation des enseignants contre le « désordre indescriptible » dû aux mesures du gouvernement contre le Covid-19, à Marseille, le 13 janvier 2022.

La mobilisation a porté. Après trois heures de réunion avec les syndicats à l’issue de la journée de mobilisation, Jean-Michel Blanquer a annoncé quelques aménagements sur la distribution de masques, le renfort de contractuels et d’assistants d’éducation, ainsi que des concertations plus régulières. Appelée par la grande majorité des syndicats de l’enseignement public et privé, et soutenue par les parents d’élèves de la FCPE, la journée de grève avait rassemblé, il est vrai, toute la communauté éducative. Y compris des chefs d’établissement et des inspecteurs, ces cadres que l’on voit peu, habituellement, dans les cortèges.

« C’est la première fois que je manifeste, et la première fois aussi que je ressens un tel sentiment de colère. On est en première ligne, nous, les surveillants, pour expliquer le protocole aux parents. Et on est au courant des changements par la presse ! » Dylan Quenon est venu grossir les rangs de la manifestation parisienne, jeudi 13 janvier, avec d’autres assistants d’éducation du lycée de Drancy (Seine-Saint-Denis). Le jeune homme a raté le concours une fois mais souhaite malgré tout devenir enseignant.

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Parmi les personnels mobilisés, beaucoup, comme Dylan, ne le sont pas habituellement – un signe de l’exaspération qui domine désormais parmi les acteurs de l’école. En tout, 77 500 personnes ont défilé en France, dont 8 200 à Paris, selon le ministère de l’intérieur. Beaucoup d’autres n’étaient pas dans la rue mais déclarés en grève. L’éducation nationale a dénombré 38,48 % de grévistes parmi les enseignants du primaire, quand le principal syndicat, le SNUipp-FSU, en avance 75 %. Dans les collèges et les lycées, le ministère annonce 23,73 % de grévistes, contre 62 % pour le SNES-FSU.

« De la chair à canon »

Dans le cortège parisien, qui s’est élancé à 14 heures du jardin du Luxembourg vers le ministère de l’éducation nationale, deux CPE du lycée Paul-Eluard de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Mona Rhalies et Océane Bernard, se disent « épuisées », deux semaines après la rentrée de janvier. « Le service de vie scolaire est devenu un bureau de l’ARS [agence régionale de santé]. Un élève sur deux est absent au moins une fois par jour », racontent-elles. Pour les deux jeunes femmes, originaires du sud de la France et mutées en Seine-Saint-Denis cette année, pas de doute : « Il aurait fallu reporter la rentrée. On a été de la chair à canon dans cette crise. Le 3 janvier, l’infirmière a fait 17 tests positifs en une heure. »

Trois professeurs des écoles dans les Hauts de Seine défilent avec le cortège parisien, le 13 janvier 2022.

A Nîmes, Vincent Lepoint, proviseur du lycée Philippe-Lamour, dénonce quant à lui la multiplication des protocoles sanitaires et leur complexité. « Ils génèrent plus de dysfonctionnements que le Covid-19 lui-même », observe celui qui, l’an dernier, avait réussi à maintenir tous les cours des lycéens en présentiel.

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