Desmond Tutu, l’infatigable voix des opprimés – Le Monde

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Desmond Tutu, au Cap, le 7 octobre 2017.

Desmond Mpilo Tutu, dont la mort à l’âge de 90 ans a été annoncée dimanche 26 décembre, ne laissait rien passer. Aucun dérapage, aucun abus, aucune atteinte aux droits humains n’échappait à son courroux. Sa vie durant, sous l’apartheid comme sous les gouvernements noirs qui se sont succédé après l’élection de Nelson Mandela en 1994, ce petit diable d’homme en robe mauve n’a cessé, au nom de la justice et de l’équité, d’importuner les pouvoirs établis, de prendre à partie les gouvernants, de tourmenter les puissants.

Energique, volubile, malicieux, comédien à souhait, il ne manquait jamais de tancer les politiciens d’où qu’ils viennent. Au fil des multiples et épiques combats qu’il a menés pour la dignité humaine, le pardon et la réconciliation, il était devenu « la » référence bienveillante d’une nation en reconstruction, « la » conscience morale d’un pays sporadiquement en proie aux démons du passé.

Pour le sénateur Edward Kennedy, en visite à Pretoria dans les années 1990, Desmond Tutu n’était rien de moins que « le Martin Luther King de l’Afrique du Sud ». La comparaison lui avait bien plu. Lui aussi avait « fait un rêve », le même, à peu de chose près, que celui du pasteur assassiné. Lui aussi, comme le grand ancien américain, fut en son temps traqué, opprimé, vilipendé et régulièrement menacé du pire par les partisans de ce qu’il appelait « le système le plus vicieux jamais inventé depuis le nazisme », à savoir le « développement séparé des races » (l’apartheid).

Longtemps, Desmond Tutu fut, pour les membres de la minorité blanche afrikaner (au pouvoir de 1948 à 1994), « l’incarnation même du mal ». Longtemps, jusqu’à ces derniers mois, il était, pour bien des ministres noirs, « l’emmerdeur patenté », l’empêcheur de s’enrichir en rond, le pourfendeur infatigable de tout ce qui n’allait pas dans la « nation arc-en-ciel ».

Que de risques et de sacrifices

Son courage, son habileté, sa sagacité, sa personnalité effervescente, enveloppante, ses rires en cascade, ses pleurs publics, son humour dévastateur et son évidente bienveillance à l’endroit de tout ce qui relevait de l’humain auront fini par désarmer les plus excités de ses critiques. « L’archevêque du peuple », comme l’avait baptisé son ami Nelson Mandela, ne laissait personne indifférent. Mais que de travail effectué, de risques assumés et de sacrifices consentis pour en arriver là !

Desmond Mpilo Tutu naît le 7 octobre 1931 dans un petit village africain, aujourd’hui disparu, à deux heures de Johannesburg. Son père est instituteur dans des écoles réservées aux Noirs et ouvertes, avant l’invention de l’apartheid en 1948, par des missions chrétiennes. La famille Tutu est pauvre « sans être misérable », aimait-il à préciser. Il n’empêche. A l’âge de 4 ans, le chétif petit Desmond est victime de la poliomyélite. Il en conservera toute sa vie une gêne au bras gauche.

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