Des essais cliniques illégaux dans une abbaye de la Vienne – Journal La Croix

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► Quels sont les faits ?

L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a publié jeudi 19 septembre une interdiction immédiate d’un « essai clinique conduit illégalement par le “Fonds Josefa” chez des patients atteints des maladies de Parkinson, d’Alzheimer et d’autres pathologies neurologiques ». Selon les informations recueillies par l’ANSM, au moins 350 personnes auraient été recrutées par le « Fonds Josefa », présidé par Jean-Bernard Fourtillan, professeur honoraire de Chimie thérapeutique à la faculté de médecine de Poitiers.

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Selon l’ANSM, les personnes ayant participé à cette expérimentation, conduite sans l’autorisation de l’agence, se voyaient remettre des patchs cutanés contenant de supposés dérivés de la mélatonine. Le 6-méthoxy-harmalan et la valentonine, la « véritable hormone du sommeil », sont supposés « protéger notre organisme et assurer la régulation des vies psychique et végétative » selon le professeur Fourtillan qui dit l’avoir découverte en 1996. Mais, s’il a déposé des brevets sur la valentonine, celle-ci n’a fait l’objet d’aucune publication scientifique répertoriée sur le site de référence Pubmed, où le dernier article du professeur Fourtillan, consacré plus classiquement à la mélatonine, remonte à 2002.

Des prises de sang auraient été réalisées sur les participants au lendemain de la pose du patch, notamment à l’abbaye Sainte-Croix, près de Poitiers (Vienne).

L’ANSM a invité les participants à cet essai clinique non autorisé à consulter rapidement leur médecin traitant « pour réaliser un bilan de santé et s’assurer que leur pathologie est traitée de façon adéquate » et a saisi la justice sur ces pratiques illégales.

Selon Bernard Celli, directeur de l’inspection à l’ANSM, découvrir un tel « essai clinique sauvage » est « très rare, a fortiori quand il est de cette ampleur ». Il s’agit « d’une atteinte grave au code de la santé publique et au Code pénal », a-t-il expliqué à l’AFP, estimant que « la confiance de ces patients a été abusée » par des pratiques « aux confins du charlatanisme ».

« Je suis effondrée, horrifiée. Il y aura des sanctions et des poursuites », a réagi, jeudi 19 septembre sur France Inter, la ministre de la Santé Agnès Buzyn, dénonçant « une faute lourde ».

Joint au téléphone par l’AFP, le professeur Henri Joyeux, vice-président du Fonds Josefa, assure que « ça n’a rien à voir avec un essai clinique », en refusant d’en dire davantage.

► Qu’est-ce que le Fonds Josefa ?

Fonds « de dotation à but non lucratif », auquel « ont été cédés (…) les droits de propriété intellectuelle des brevets de médicaments » basés sur les molécules testées lors de l’essai illégal, selon son site Internet, le Fonds Josefa a été créé par le professeur Fourtillan et le professeur Henri Joyeux, ancien cancérologue, qui fut radié de l’ordre régional des médecins pour ses positions controversées sur la vaccination avant d’être réintégré.

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Le nom du Fonds fait référence à sœur Josefa Menendez, une mystique espagnole, religieuse dans la congrégation des Sœurs du Sacré-Cœur de Jésus, décédée au couvent des Feuillants, à Poitiers, en 1923. Sur le site Internet du Fonds, le professeur Fourtillan explique sa dévotion pour cette mystique, qu’il a découverte en 2013 grâce à une amie religieuse du Sacré-Cœur, après une profonde dépression.

Une religieuse du Sacré-Cœur de Jésus est d’ailleurs membre, au titre de conseillère spirituelle, du conseil d’administration du Fonds qui compte aussi des médecins et un avocat. Trois autres religieuses de la même congrégation sont membres du comité consultatif du Fonds, dont sont aussi membres plusieurs médecins.

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► Qu’est-ce que l’Abbaye Sainte-Croix ?

Plus ancienne communauté monastique féminine de France, fondée vers 552 à Poitiers par sainte Radegonde, reine des Francs, et transférée en 1965 à Saint-Benoît, à sept kilomètres au sud de la préfecture de la Vienne, l’abbaye Sainte-Croix abrite aujourd’hui 9 moniales bénédictines.

Interrogée par La Croix, l’abbesse, sœur Mireille, dit « tomber des nues » devant l’information sur les essais cliniques illégaux qui auraient été menés dans son monastère. « Nous avons une hôtellerie où nous accueillons toute l’année des personnes, en groupe ou en individuel », explique-t-elle. Interrogée sur les liens de l’abbaye avec le professeur Fourtillan, elle explique le connaître « comme tout le monde à Poitiers ». « Pour moi, il n’y a pas eu d’essai clinique à l’abbaye Sainte-Croix », affirme-t-elle.

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