Des entreprises françaises impliquées dans l’appareil de surveillance égyptien

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Des entreprises françaises impliquées dans l'appareil de surveillance égyptien

Le système de surveillance électronique du régime égyptien n’aurait sûrement pas pu se faire sans le concours de l’industrie française. Deux enquêtes publiées par l’ONG Disclose et Telerama viennent remettre en lumière l’implication d’entreprise française dans l’arsenal de surveillance déployé par le régime d’Abdel Fattah al-Sissi, président du pays depuis 2014. Les enquêtes menées par Disclose et Telerama portent à la fois sur l’implication de trois sociétés françaises ayant fourni des outils de surveillance au régime, et sur l’implication du gouvernement qui a également travaillé en étroite collaboration avec l’armée égyptienne.

Les entreprises citées dans l’enquête sont pour la plupart déjà connues pour leur implication auprès des régimes du Moyen-Orient : selon Disclose, la société Nexa Technologies (anciennement connue sous le nom d’Amesys) aurait ainsi conclu un premier contrat en 2014 afin de fournir à l’Égypte un système d’interception du trafic internet, baptisé Cerebro. Cette transaction s’est opérée au travers d’une filiale de Nexa, basée à Dubai et connue sous le nom d’Advanced Middle East Systems. Ces deux sociétés sont bien connues de la justice française : leurs dirigeants sont poursuivis en justice pour « complicité d’actes de torture » et « complicité d’actes de torture et de disparitions forcées » , les deux sociétés ayant vendu des outils de surveillance électronique au régime libyen de Muhammar Khadafi et à l’Égypte selon les plaignants.

La transaction pour l’acquisition de la mise en œuvre de Cerebro s’élèverait selon les journalistes à 11 millions d’euros et aurait été approuvée par le service des biens à double usage (SBDU), le service du gouvernement chargé d’approuver l’exportation de technologies pouvant être utilisées à des fins répressives ou militaires.

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Ercom et Dassault Systems impliqués

L’enquête de Disclose met également en lumière le rôle de la société Ercom-Suneris, qui a fourni à l’Égypte un système d’écoute et de géolocalisation en temps réel des téléphones portable pour un montant total de 15 millions d’euros. Là aussi, le SBDU a été sollicité et a approuvé la vente de cette solution. L’implication d’Ercom en Égypte avait déjà été mise en lumière dans une enquête de 2018 publiée par Telerama. Ercom et sa filiale Suneris ont depuis été rachetés par le géant Thales en 2019.

La troisième entreprise française impliquée dans les révélations des journalistes n’est autre que Dassault Systèmes, la filiale d’édition logicielle de l’avionneur éponyme. Dassault Systemes aurait ainsi déployé un outil de moteur de recherche, Exalead, pour le compte des services égyptiens en 2015 et 2016.

L’enquête menée par Disclose sur le système de surveillance égyptien met également en lumière, au côté de l’implication d’entreprise privée, celle des services de renseignements français qui ont apporté leur soutien aux opérations répressives de l’Égypte, notamment sur sa frontière avec la Libye. L’enquête de Disclose montre la façon dont le renseignement militaire français s’est peu à peu retrouvé dépassé par son partenaire égyptien, en lui fournissant des informations et des outils de surveillance aérienne

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