Déplacement sous contrôle pour Castex et Dupond-Moretti – Le Parisien

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Un édifice tarabiscoté tout en verrières et armatures en fer qui ploie sous l’usure et la charge de travail. C’est dans ce cadre que Jean Castex, le Premier ministre, et Eric Dupond-Moretti, garde des Sceaux, ont effectué ce mercredi leur première visite commune. Le tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis), le deuxième de France en termes de volume d’affaires, est l’un des moins bien dotés en personnel. Pourtant la délinquance y est endémique.

Pour ce déplacement exceptionnel, le tribunal a été bunkérisé. La sécurité est tellement étanche qu’à l’entrée du palais, une avocate sortie fumer une cigarette à la suspension d’audience, se retrouve bloquée par les vigiles avec sa cliente : « Non, vous ne pouvez plus rentrer! » « Mais mon affaire va commencer! » implore l’avocate. « Vous pouvez entrer mais pas votre cliente! » rétorque le gardien. Après une plaidoirie improvisée sur le seuil, les deux femmes sont autorisées à passer et assister à cette affaire d’escroquerie aux faux agents EDF.

Dans les coursives, un cordon de sécurité est dressé, hermétique. Le tribunal est désert comme au temps du confinement. Pas question de sortir de la 15e chambre correctionnelle où se tient une audience. Maître François Régis Calandreau, du barreau de Bobigny, coincé dans le sas, regarde les hommes en costume passer. L’un d’eux est masqué de bleu mais sa silhouette est reconnaissable entre mille, c’est Eric Dupond-Moretti. L’avocat de Seine-Saint-Denis n’use pas de la langue de bois : « C’est une erreur de casting, souffle-t-il sur le passage du grand pénaliste. Il n’y a pas d’intérêt à choisir quelqu’un qui est dans l’affrontement. Je me demande pourquoi il a accepté ce poste ! »

Il remarque qu’aujourd’hui le garde des Sceaux est reçu par un président du tribunal judiciaire, Renaud Le Breton de Vannoise, et un magistrat qui « tous les deux sont sur le départ ». Le premier part pour la cour d’appel. « Je suis sûr qu’il n’y a pas eu de vague », devine-t-il. En effet, le garde des Sceaux a été beaucoup moins chahuté que ce mercredi matin au Palais-Bourbon pour sa première séance face aux députés. Certains s’interrogeaient sur la présence du célèbre avocat à un poste ministériel, alors qu’il y a peu il proclamait qu’il ne se laisserait jamais séduire par les ors de la place de Vendôme.

VIDÉO. Dupond-Moretti chahuté par les députés pour sa première à l’Assemblée

Une heure trente après, les deux ministres quittaient le palais empruntant le petit escalier en brique biscornu qui les ramenait aux véhicules officiels. Le ministre de la Justice est resté de marbre, une fois n’est pas coutume, dans son costume noir, laissant s’exprimer devant la presse le Premier ministre : « Nous allons accélérer les moyens attribués à la justice, la nomination d’une très grande personnalité incarne cette volonté de faire de ce sujet une priorité en Seine-Saint-Denis et en France, a déclaré Jean Castex. Il y aura des moyens accrus dans ce département le plus jeune de France et le plus dynamique mais qui rencontre des difficultés structurelles afin d’assurer une égalité républicaine. »

« Il faut un choc d’égalité », a martelé ensuite en aparté Stéphane Troussel, président PS du conseil départemental. « La population est modeste mais elle a une énorme espérance républicaine », a renchéri le député PC de Seine-Saint-Denis, Stéphane Peu.

Malgré les attentes, une visite courtoise

Même la représentante locale du syndicat de la magistrature, Sophie Combes, est restée plus mesurée dans ses propos que ses instances nationales : « Le Premier ministre a indiqué que si un ministre de caractère avait été nommé c’était pour défendre nos intérêts. On dit chiche ! Mais nous attendons des actes. Eric Dupond-Moretti a rappelé qu’il était pour une justice de proximité. Cela nous a rassurés. En revanche, rien n’a été précisé sur le montant de l’augmentation du budget attribué à la justice. Nous attendons toujours la prime de fidélisation de 10 000 euros promise par le gouvernement. »

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