Départements « verts » ou « rouges », « brigades »… les zones d’ombre du plan de déconfinement – Le Monde

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Devant la gare Saint-Lazare, à Paris, des bandes sont collées au sol pour délimiter les écarts de distanciation physique requis par les autorités sanitaires. Le 29 avril.

Devant la gare Saint-Lazare, à Paris, des bandes sont collées au sol pour délimiter les écarts de distanciation physique requis par les autorités sanitaires. Le 29 avril. THIBAULT CAMUS / AP

« Nous allons devoir vivre avec le virus », a martelé le premier ministre, Edouard Philippe, lors de la présentation du plan de déconfinement, mardi 28 avril, à l’Assemblée nationale. « Protéger les Français sans immobiliser la France », telle a été, selon lui, l’ambition de l’exécutif dans l’élaboration du projet, qui laisse toutefois nombre de questions en suspens.

  •  vertes » et « rouges » ?

La mise en œuvre du plan de déconfinement du gouvernement va faire l’objet d’un « travail de concertation et d’adaptation aux réalités de terrain » avec les responsables et élus locaux, a fait savoir l’exécutif.

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Pierre angulaire de ce dispositif : une évaluation de la situation sanitaire à l’échelon local, de laquelle découle une classification des départements en « vert » ou en « rouge ». En fonction de cette dernière, les modalités de déconfinement seront plus ou moins strictes.

Interrogé mercredi sur Franceinfo, le ministre de la santé, Olivier Véran, a ainsi détaillé qu’il y aurait bien une « différenciation entre les territoires, ceux où il y a un risque plus élevé d’épidémie et de saturation des hôpitaux, et ceux où l’épidémie a été assez peu intense ».

Trois critères seront analysés :

  • le taux de nouveaux cas hebdomadaires de Covid-19 : si ce dernier demeure élevé, cela signifie que la circulation du SARS-CoV-2 est toujours active ;
  • la tension dans les services de réanimation : si ces derniers restent à des taux d’occupation élevés, cela risque d’entraîner une saturation en cas de nouvelles hospitalisations ;
  • les capacités de dépistage : le gouvernement axe son plan de déconfinement sur la possibilité d’identifier rapidement les nouvelles contaminations et procéder à l’isolement des cas confirmés ou suspects.

A partir du 30 avril, le patron de la Direction générale de la santé (DGS), Jérôme Salomon, présentera une première version de la carte de France des zones rouges et vertes. Celle-ci sera ensuite actualisée quotidiennement. Il faudra attendre le 7 mai, pour en avoir une version « cristallisée », selon les mots d’Edouard Philippe, et connaître les régions où le déconfinement sera plus strict. Interrogées par Franceinfo, la DGS et Santé publique France n’ont pas été en mesure de préciser quels seraient les seuils chiffrés retenus pour apprécier ces critères, ni s’ils étaient cumulatifs.

  • Quelles sont les conséquences du classement dans un département « vert » ou « rouge » ?

Le premier ministre est resté très évasif sur ce point. Seuls deux éléments ont été explicitement abordés mardi :

  • la réouverture des collèges, qui ne sera possible la semaine du 18 mai que dans les départements verts ;
  • la réouverture des parcs et jardins, là aussi conditionnée à la couleur des départements.

Mercredi, le ministre de la santé, Olivier Véran, a précisé que la « différenciation sera aussi le fait de décisions locales (…) : dans ces zones qu’on appellerouges, il y aura la possibilité de fermer si nécessaire des écoles, des commerces ou des lieux extérieurs ».

  • Quand seront réévalués les dispositifs de chaque département ?

Si la carte des départements doit être actualisée chaque jour par la DGS, on ignore toutefois si le changement de couleur d’une zone aura des répercussions immédiates sur les mesures de déconfinement ou s’il faudra attendre début juin pour que les dispositifs soient adaptés.

« Je donne rendez-vous aux Français à la fin du mois de mai pour évaluer les conditions dans lesquelles nous organiserons une nouvelle phase de déconfinement », a simplement déclaré Edouard Philippe, lors de son intervention devant l’Assemblée nationale, répétant à plusieurs reprises la date du 2 juin.

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  • Quid des zones limitrophes entre des départements « verts » et « rouges » ?

Citée par France Inter, la présidente Les Républicains (LR) du conseil départemental de la Drôme soulevait le cas des communes situées dans des zones frontalières entre deux départements : « Jusqu’à présent, le département de l’Ardèche semble être en zone rouge, et nous, en zone verte : il va falloir se mettre autour de la table, parce que nous avons des collégiens qui vont de part et d’autre du Rhône. » On ignore, à ce stade, comment le plan gouvernemental envisage de prendre en compte ces situations.

« Si vous habitez dans une zone de circulation active du virus, vous n’avez pas vocation à vous déplacer dans des zones dans lesquelles le virus ne circule pas puisque, par définition, c’est là que vous prenez le risque de faire diffuser le virus plus largement », faisait valoir, mercredi, sur Franceinfo, Olivier Véran, reconnaissant toutefois que le respect de cette injonction repose sur la « responsabilité individuelle et la responsabilité collective ».

  • Les personnes parties de leur domicile principal pour rejoindre une résidence secondaire pendant le confinement vont-elles pouvoir rentrer à partir du 11 mai ?

A la gare de Louveciennes, dans les Yvelines, le 25 avril.

A la gare de Louveciennes, dans les Yvelines, le 25 avril. Michel Euler / AP

Le premier ministre a précisé, mardi, que seuls les déplacements inférieurs à 100 kilomètres du domicile seraient possibles sans attestation, sauf « motif impérieux, familial ou professionnel ». Le retour dans son domicile principal constituera l’un de ces motifs, dans le cas où des individus « ont besoin physiquement d’aller au travail ou s’ils ont la volonté de remettre leurs enfants à l’école », a fait savoir le secrétaire d’Etat aux transports, Jean-Baptiste Djebbari, mardi, sur France 5.

Il souhaite, cependant, que ce retour soit « ordonné », notamment pour le million d’habitants de l’agglomération parisienne qui se sont « exilés » dans une autre région pour le confinement.

Le flou subsiste pour les étudiants et pour les personnes devant déménager à plus de 100 km de chez eux, sans raison professionnelle.

  • Qui va composer les « brigades » chargées de recenser les cas contacts ?

Edouard Philippe a évoqué des personnes qui seront chargées d’identifier les « cas contacts », c’est-à-dire qui ont été en contact avec un malade testé positif au Covid-19 :

« Dans chaque département, nous constituerons des brigades chargées de remonter la liste des cas contacts, de les appeler, de les inviter à se faire tester (…) puis à vérifier que ces tests ont bien eu lieu (…). »

Le premier ministre a insisté sur la doctrine des autorités à compter du 11 mai : « protéger, tester, isoler ». L’objectif est désormais de dépister massivement pour briser les chaînes de transmission du coronavirus.

« Les personnels de ces brigades ne seront pas tous médecins. Il faudra donc que la loi les autorise à participer à ces enquêtes épidémiologiques dans lesquelles l’accès à des données médicalisées pourra être nécessaire », a précisé Edouard Philippe. Des employés de centres communaux d’action sociale (CCAS), municipaux, départementaux, ou encore associatifs pourront en faire partie.

Depuis le 15 avril, l’Assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP) expérimente aussi un dispositif similaire à ces brigades, baptisé « Covisan ».

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  • Les frontières resteront-elles fermées ? Pourra-t-on partir à l’étranger cet été ?

Lors de sa prise de parole devant l’Assemblée nationale, le premier ministre n’a pas abordé la question des possibilités de voyager hors du territoire national, à compter du 11 mai.

Lors de son allocution du lundi 13 avril, le président de la République, Emmanuel Macron, avait estimé que la fermeture des frontières avec les pays non européens se prolongerait « jusqu’à la mi-juillet au moins ».

Pour lutter contre la propagation du coronavirus, de nombreux pays de l’Union européenne (UE) ont rétabli des contrôles temporaires à leurs frontières, en dérogation à la libre circulation de mise au sein de l’espace Schengen. Et là encore, la situation reste floue : les différents Etats n’en sont pas au même stade de leur déconfinement, et même dans le cadre de ceux ayant amorcé le processus, comme l’Autriche ou le Danemark, l’agenda de la réouverture des frontières reste nébuleux. En outre, le 8 avril, la Commission européenne a invité les Etats membres à prolonger jusqu’au 15 mai l’interdiction des voyages non essentiels vers l’UE.

Enfin, dans ses recommandations publiées le 25 avril, le conseil scientifique déconseille « fortement » les transports internationaux « durant les mois suivant la période de sortie de confinement ».

« Le tourisme ne pourra reprendre que de façon concentrique, dans un premier temps, avec une clientèle d’ultra-proximité », a insisté mercredi le secrétaire d’Etat au tourisme, Jean-Baptiste Lemoyne.

  • Pourra-t-on retourner au cinéma ou au théâtre ?

Pas tout de suite : M. Philippe a averti que « les cinémas, les théâtres et les salles de concert ne pourront pas rouvrir le 11 mai ». La date de leur réouverture devrait être connue d’ici le 2 juin, date à laquelle la seconde phase du plan de déconfinement du gouvernement pourrait entrer en vigueur, si l’épidémie continue de ralentir au rythme espéré par les autorités.

De son côté, le patron de la Fédération nationale des cinémas français, Richard Patry, a fait savoir qu’il espérait une ouverture « début juillet », dans un entretien au Point, publié le 24 avril. Une échéance qui fait consensus dans la profession, le 1er juillet tombant un mercredi, jour de sortie des films.

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  • Les mariages sont-ils interdits ?

Pas d’interdiction explicite, ni d’horizon temporel avancé par le premier ministre, qui a toutefois souligné qu’« en attendant des jours meilleurs, les mairies continueront à proposer, sauf urgence, le report des mariages ».

Le conseil scientifique recommandait de maintenir fermés ou interdits jusqu’à mi-juillet tous les lieux et événements rassemblant du public en nombre important, qu’il s’agisse de salles fermées ou de lieux en plein air. Son président, Jean-François Delfraissy, a même averti que les grandes réunions familiales devront être évitées dans les mois qui viennent.

Reste que plusieurs mesures annoncées mardi à l’Assemblée nationale par Edouard Philippe menacent potentiellement le bon déroulé des unions prévues dans les prochaines semaines, notamment le fait que « les rassemblements organisés sur la voie publique ou dans des lieux privés seront limités à dix personnes ».

Par ailleurs si les lieux de culte pourront « continuer à rester ouverts », il leur est demandé de ne pas organiser de cérémonies « avant le 2 juin », et, dès lors, de ne célébrer aucun mariage. Enfin, les déplacements à plus de 100 kilomètres du domicile seront réglementés par une attestation, comme celle mise en place dans la période de confinement.

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M. Philippe l’a annoncé mardi :

« Il sera possible, les beaux jours aidant, de pratiquer une activité sportive individuelle en plein air, en dépassant évidemment la barrière actuelle du kilomètre et en respectant les règles de distanciation sociale. »

Les modalités de reprise d’une activité physique à compter du 11 mai restent toutefois très limitées et floues. Ainsi, si le président de la Fédération française de tennis, Bernard Giudicelli, s’est réjoui, mardi soir, des annonces du premier ministre. Même si des interrogations subsistent : quid du double, ou des entraînements avec plus de deux joueurs sur le court ? La FFT promet un guide technique, juridique et sanitaire, le 4 mai.

De même, le ministère des sports avait défini une liste de disciplines « de plein air à risque » au moment du confinement pour « ne pas prendre le risque de mobiliser les réseaux de soin d’ores et déjà surchargés ». Parmi elles figurent notamment les « sports nautiques, aériens, mécaniques, de montagne, sports urbains de type skateboard et roller ». Qu’adviendra-t-il de cette interdiction le 11 mai, sachant que la fermeture des plages, au moins jusqu’au 1er juin, rend impossible les activités nautiques ?

De même, dans quelles conditions les golfs pourront-ils à nouveau accueillir les pratiquants ? Ou encore les centres équestres ? Le ministère des sports travaille avec les fédérations pour élaborer un guide des modalités des pratiques sportives, qui doit être disponible au cours de la semaine prochaine.

Une chose est sûre, « il ne sera possible ni de pratiquer du sport dans des lieux couverts, ni des sports collectifs, ni des sports de contact », a insisté mardi Edouard Philippe. Aucune échéance précise de reprise de ces derniers n’a été officiellement communiquée.

Ce n’est qu’à la fin du mois de mai que le gouvernement doit évaluer la situation des lycées, avec l’objectif d’une réouverture début juin. Invité du journal de 20 heures de TF1, mardi soir, le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a précisé que les parents seraient tenus informés d’ici le 4 mai de la situation de leur enfant, mais que « les lycéens pourraient toutefois ne pas retrouver leurs établissements avant la rentrée de septembre ».

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Reste que, pour l’heure, il est toujours question d’organiser cette épreuve du baccalauréat, et ce, malgré le flou persistant sur la réouverture des établissements. Un des éléments avancés par le ministère pour justifier cette décision est qu’il n’y a pas de note spécifique d’oral en français, et donc que si les élèves ne passent pas l’épreuve, ils n’auront pas été évalués car l’on prendra la note de contrôle continu qui est en fait une note d’écrit. En outre, il a paru plus facilement envisageable d’organiser un oral que des écrits, en termes de respect des gestes barrières.

Néanmoins, rien n’est définitif et Jean-Michel Blanquer s’aménage une porte de sortie : si la situation sanitaire ne le permet pas, l’oral de français sera supprimé et les élèves auront leur note de contrôle continu.

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