Déconfinement : La reprise de la classe le 22 juin pour tous les élèves est-elle faisable ? – 20 Minutes

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Des élèves au lycée Condorcet de St Priest en juin 2020. — Bony/SIPA
  • Le gouvernement a annoncé un retour à la normale dans les écoles et collèges à partir de lundi prochain.
  • Mais les équipes pédagogiques doutent que tous les élèves puissent revenir, en raison de la règle d’un mètre de distance entre eux que les établissements devront respecter.
  • Difficile aussi de faire revenir les élèves décrocheurs et ceux qui sont partis loin de chez eux.

Il y a les injonctions gouvernementales et il y a la réalité du terrain. Et ils ne font pas toujours bon ménage. Emmanuel Macron a annoncé ce dimanche que les écoles et les collèges accueilleraient à partir du 22 juin « tous les élèves de manière obligatoire et selon les règles de présence normales ». Pour ce faire, le gouvernement va alléger les règles sanitaires actuellement en vigueur dans les écoles et les collèges qui imposent un espace 4 m2 par élèves. Ce lundi, Jean-Michel Blanquer a précIsé ce changement sur Europe 1 : « L’allégement fondamental sera celui de la distanciation physique, qui imposait de faire des petits groupes de 15 élèves et sera désormais moins contraignant ». Il ne faudra plus respecter qu’une distance d’« un mètre latéral entre chaque élève ». Ce système, « beaucoup plus souple », doit permettre d’accueillir « tous les élèves », selon Jean-Michel Blanquer.

De nouvelles directives que les directeurs d’école et les principaux vont devoir mettre en musique en quelques jours : « Ils sont un peu à cran car cela demande beaucoup de temps de réaménager les locaux et les emplois du temps », commente Philippe Vincent, secrétaire général du Syndicat national des personnels de direction de l’Éducation nationale (SNPDEN-Unsa). « C’est la troisième réorganisation dans le secondaire depuis le déconfinement, cela commence à être pesant pour les équipes. D’autant plus que certaines injonctions sont contradictoires », estime aussi Sophie Vénétitay, secrétaire nationale SNES-FSU.

« On a tous pris nos mètres et ça ne passe pas »

Sur le terrain, on doute aussi de la faisabilité de la mesure. « On a fait nos propres calculs. Et dans une salle de classe au collège, on peut mettre entre 20 et 24 élèves en respectant la distance d’un mètre, pas 28 ou 30. On est pris en tenaille entre les déclarations du gouvernement et les considérations pratiques », déclare Philippe Vincent. Même son de cloche chez Sophie Vénétitay : « On a tous pris nos mètres et ça ne passe pas. L’hypothèse la plus probable est que l’on puisse accueillir les élèves par rotation en demi-groupes », indique-t-elle. Ce qui, selon Philippe Vincent, pourrait conduire les chefs d’établissements « à poursuivre le travail à distance pour une partie des élèves ». Gérard Pommier, président de la Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public (PEEP), penche pour une hypothèse moins ambitieuse que celle du gouvernement : « Ces nouvelles règles vont favoriser le retour de plus d’élèves, mais pas de tous car les contraintes sont encore trop fortes ».

Dans l’entourage du ministre, on reconnaît à mi-mots que 100 % des élèves ne pourront pas suivre 100 % des cours : « Il restera probablement quelques endroits où tous les élèves ne pourront pas tenir » dans la classe en raison de l’exiguïté des locaux, admet-on. Le nouveau protocole sanitaire, qui sera publié mardi ou mercredi après une concertation lundi avec les organisations syndicales, apportera des précisions sur la manière dont ce come-back massif des élèves s’organisera.

Tous les élèves ne reviendront pas

Autre doute de la communauté éducative : si Emmanuel Macron a évoqué le retour en classe obligatoire des élèves, sera-t-il vraiment possible de tous les contraindre à revenir après trois mois d’absence ? Gérard Pommier tique : « Certains parents se sont organisés pour la fin de l’année. Leurs enfants sont restés dans une résidence secondaire ou chez un proche, ils ne vont pas pouvoir se réorganiser en une semaine », estime-t-il. D’autant que certains parents n’en voient pas l’intérêt : « Pour eux, l’année scolaire est terminée et ils n’ont pas compris le sens de cette reprise pour deux semaines. Ils nous ont déjà dit qu’ils ne les feraient pas revenir », rapporte Sophie Vénétitay. Des absences qui leur seront signalées par les directeurs d’école et les principaux de collège, mais qui ont peu de risque d’être sanctionnées. « Il faudra être bienveillant avec les familles. Car si l’instruction est obligatoire, la présence à l’école ne l’est pas », estime Gérard Pommier. Par ailleurs, certains élèves vulnérables physiquement ou dont les parents ont des fragilités ne prendront sans doute pas le risque de revenir en classe pour un temps si court.

Avec les annonces d’hier, le gouvernement souhaite aussi faire revenir les élèves décrocheurs en classe. Mais pas sûr qu’il y parvienne. « Le lien avec l’école peut se casser rapidement pour ces élèves, mais il met énormément de temps à se retisser », croit Gérard Pommier. Mais les enseignants ne jettent pas l’éponge pour autant : « On les a beaucoup appelés pendant le confinement et on va continuer à le faire », promet Sophie Vénétitay. Pour les raccrocher, Philippe Vincent compte-lui plutôt sur la rentrée : « Pour cela, on va demander des moyens complémentaires pour organiser des cours de soutien notamment », indique-t-il. La probabilité que certains profs manquent à l’appel est aussi réelle. « On sait que certains sont à risque physiquement, même si ce n’est qu’une toute petite minorité », indique Philippe Vincent. Ce qui laisse présager quelques trous dans les emplois du temps…

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