Déconfinement : Et si le 19 mai était une journée décevante ? – 20 Minutes

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La réouverture des terrasses sera-t-elle aussi géniale que ça ? — Valery HACHE / AFP
  • Ce mercredi, c’est (enfin) la réouverture des terrasses, des cinémas, des musées, des magasins non-essentiels.
  • Une étape très attendue par la population, peut-être même trop.
  • Alors ce 19 mai va-t-il terriblement nous décevoir ?

Ce mercredi 19 mai, le déconfinement en France entamera sa deuxième étape, et peut-être la plus attendue. Les terrasses, les musées et les cinémas rouvrent pour la première fois depuis octobre, le couvre-feu passe enfin à 21 heures et les magasins non-essentiel, fermés depuis avril, rouvrent également. Que de bonnes nouvelles qui s’enchaînent donc pour une population française éprouvée par plus d’un an de coronavirus, et sur les starting-blocks pour reprofiter de la vie.

Selon un sondage Odoxa du 13 mai, pour 66 % des Français, le bonheur et le soulagement d’être « déconfinés » l’emportent largement sur l’inquiétude face à une épidémie encore très présente. 59 % des Français souhaitent en priorité se refaire une terrasse le plus vite possible. Cette perspective du bonheur à s’en péter les molaires n’est-elle pas trop précipitée, et ne risquons-nous pas d’être déçu par ce 19 mai et ce déconfinement ?

Une population plus ou moins immunisée à la déception

Car mercredi, ne nous y trompons pas : les terrasses fermeront à 21 heures, bars et restaurants ne pourront pas ouvrir leurs salles intérieures, le masque sera toujours obligatoire même à l’extérieur, les tables seront limitées. Et en plus, il pleuvra sûrement. Pas vraiment le monde d’avant ou la liberté totalement retrouvée comme certains se l’imaginent.

De quoi faire potentiellement des déçus. Robert Zuili, psychologue clinicien spécialiste des émotions, divise les Français en trois grandes catégories à l’aune de ce nouveau déconfinement. D’un côté, la majorité impatiente de ce 19 mai. « Elles ont une approche assez idéaliste de la situation, avec une forte envie de revivre quelque chose d’agréable et qui manquait à leur vie. Il est possible qu’il y ait un peu déconvenue, de pluie ou de place limitées en terrasse, mais récupérer cette espace de liberté – même imparfait – prendra le dessus. ». Pour la majorité des cas, cela devrait donc bien se passer.

Une déception inévitable ?

Pas de problème non plus dans la deuxième catégorie, les pragmatiques, ceux qui savent déjà que ce 19 mai sera un jour tout juste moyen à l’échelle du monde d’avant et qui « n’en attendent pas plus que ça », selon le psychologue. Pas d’attente, pas de déception, la formule est connue. Reste la troisième catégorie. Ceux qui « en ont besoin », besoin de retrouver ces moments de partages sociaux et ce monde d’avant, et qui risquent d’être effectivement déçus et désappointé devant la faiblesse des moments proposés. Pour Robert Zuli : « A avoir trop d’attente, on risque de se retrouver amer. Ce besoin de sociabilité ne sera pas rassasié avec le 19 mai et toutes les mesures restrictives encore en place. » Pour ces personnes-là, l’écart entre les attentes et la réalité peut être violent.

Le fait d’avoir trois catégories de population avec des approches et espérances différentes peut en plus être source de tensions au sein d’un groupe. La psychologue Mariane Ugho explique : « Là où le déconfinement peut se montrer décevant, c’est que chaque personne d’un même groupe a ses propres attentes et besoins. » Certains veulent déjà revivre comme avant, d’autres restent inquiets par la pandémie, d’autres encore ont changé pendant les confinements, etc. Or, « retrouver le monde d’avant, c’est avant tout vouloir retrouver les moments avec ses proches. Mais ils ne sont plus comme durant l’été 2020, et encore moins comme avant le Covid-19 ». Encore une déception !

Marcher sur des œufs

Pour Robert Zuli, charge à chacun de respecter les ressentis des autres. « Cette période a été traumatisante pour certains, et il faudra du temps avant qu’ils se lâchent à nouveau », avec l’angoisse d’une quatrième vague et d’une énième reprise épidémique. A contrario, certaines personnes risquent de vouloir aller plus vite que ce qui est autorisé. Mariane Ugho : « On entend beaucoup que le 19, c’est la réouverture, mais il s’agit en réalité de réouvertures très spécifiques et limitées. Le Covid sera là pour de longues semaines, voire mois, avec toutes les contraintes qu’il engendre. Sur ce point, certains sont dans le déni. »

Pour la psychologue, l’insouciance de l’été 2020 est bel et bien finie. En 2021, les beaux jours pourront revenir « mais on marchera plus sur des œufs que l’an passé ». Bon, positivons : un verre en terrasse à moitié vide, c’est au moins un verre en terrasse.

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