Décès du chauffeur de bus de Bayonne : «Philippe avait 99% de son cerveau qui ne marchait plus» – Le Parisien

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C’est très certainement l’une des images de son père qu’elle gardera en tête. « Papa, c’est quelqu’un de simple, souriant, il aime toutes les petites choses de la vie. » Marie, 18 ans, tenait à parler de son père au présent, jusqu’au bout. Depuis dimanche soir, Philippe Monguillot, 58 ans, était branché à une machine, et en « état de mort cérébrale ». Il est décédé ce vendredi à 17h30.

Le conducteur de bus n’a pas survécu à l’agression d’une « extrême violence » dont il a été victime, le 5 juillet, alors qu’il était en service au volant de la ligne T1 de « Tram’bus » reliant Bayonne à Biarritz. C’est l’épilogue d’une histoire tragique qui a bouleversé les Bayonnais, mais aussi la France entière et même au-delà.

«On savait qu’il allait partir»

« Les neurologues m’ont appelé vers 11h30 ce vendredi matin pour me dire que malgré les petites améliorations qu’ils avaient pu constater ces derniers jours, il y avait d’autres problèmes neurologiques très importants. Philippe avait 99 % de son cerveau qui ne marchait plus », confie Véronique Monguillot, la femme de la victime, jointe après le décès de son époux. La maman des trois filles de Philippe poursuit : « Les médecins sont allés jusqu’au bout de ce qu’ils pouvaient faire. Ils voulaient rester raisonnables. J’ai pris la même décision qu’eux. Nous en avions parlé avec mes filles, nous ne voulions pas d’acharnement thérapeutique. » Malgré l’infime espoir qui avait jailli ces derniers jours, Véronique « savait qu’il allait partir ».

Philippe Monguillot, sa femme Véronique et leurs trois filles, Mélanie, Marie et Manon./DR
Philippe Monguillot, sa femme Véronique et leurs trois filles, Mélanie, Marie et Manon./DR  

Dimanche soir, juste après l’agression de son mari, elle et ses filles étaient persuadées qu’il n’avait plus que quelques heures à vivre. Véronique, en pleurs, exprimait alors son désarroi au Parisien : « J’ai l’impression de vivre un cauchemar. Il ne peut pas partir comme ça, il allait avoir 59 ans ! On nous a détruits en l’espace de quelques secondes ! »

«J’ai posé ma main sur sa joue»

Alors, lorsque Véronique se rend ce vendredi en début d’après-midi, à l’hôpital avec ses filles, elle sait très bien ce qui l’attend. « On a été l’embrasser, on lui a parlé. J’ai posé ma main sur son cœur qui battait encore. Puis quand je lui ai dit au revoir j’ai posé sa main sur ma joue. Bien sûr que j’aurais voulu qu’il se réveille par miracle, mais c’était terminé », confie encore Véronique. Puis Philippe est parti « tranquillement ».

Véronique et ses filles discutaient beaucoup depuis l’admission de Philippe au service de réanimation du centre hospitalier de Bayonne sur les séquelles éventuelles qu’il aurait eu à supporter s’il se réveillait. Sa fille, Marie, nous confiait encore quelques heures avant son décès : « Son cœur bat. On s’accroche à des petits détails. On est conscientes qu’il peut avoir un handicap très lourd. On est dans le flou. »

Mercredi soir, une marche blanche avait rassemblé 6000 personnes dans les rues de Bayonne. Le cortège s’était élancé de l’arrêt Balishon, lieu de l’agression, jusqu’à l’hôpital. Véronique, digne et forte, lançait à la foule vêtue de tee-shirt blanc : « On a beaucoup pleuré, maintenant on va se battre. On va se battre pour vous tous les chauffeurs de Chronoplus, je l’ai dit à Philippe, sachez-le ! »

VIDÉO. La colère de Véronique Monguillot lors de la marche blanche

Depuis le jour de l’agression, les conducteurs exerçaient leur droit de retrait à la suite de l’agression de leur collègue et ami, employé de la société depuis trente ans. En milieu de semaine, quatre hommes de 22 à 40 ans ont été placés en détention provisoire. Deux d’entre eux, considérés comme les auteurs principaux des coups portés au chauffeur de bus, pour « tentative d’homicide volontaire ». Les deux autres pour « non-assistance à personne en danger ».

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Floriane, une passagère du « Tram’bus », qui était montée à l’arrêt Balishon avec l’un des agresseurs, livrait au Parisien un témoignage édifiant de l’état de Philippe Monguillot, étendu au sol, après avoir été roué de coups de pied et de poings à la tête. « C’était d’une violence inouïe. Philippe était plus que défiguré lorsque je me suis penchée au-dessus de lui… Selon moi, ces gens-là, quand ils ont frappé, ils avaient pour but de le tuer. Quand on voit la violence qu’il y a eue, ils voulaient mettre un terme à sa vie, ça, pour moi, c’est clair et net. »

Quand on demande à Véronique quelle est l’image qu’elle a de son mari, elle a cette réponse glaçante : celle d’un homme « tout seul, abandonné, tué par la furie humaine ».

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