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Dans la tête de Stieg Larsson

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Dans la tête de Stieg Larsson

En guise d’intermède avant d’attaquer la seconde partie de la saga Millenium, il fallait faire un arrêt sur la vie professionnelle de Stieg Larsson. Rien ne prédestinait Jan Stocklassa à s’intéresser à l’auteur de Millenium. Au détour d’une enquête journalistique sur les lieux qui ont connu plusieurs évènements tragiques, il se jette dans les archives de Larsson et tente de résoudre l’un des plus grands mystères de la Suède.

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Olof Palme : le point de départ

Olof Palme était Premier ministre de la Suède dans les années 80. Homme de gauche, il fait une série de réformes dans un pays pris en tenaille entre les États-Unis et l’URSS, au point de faire figure d’agent communiste infiltré pour les milieux néonazis. Après la Seconde Guerre mondiale, un certain nombre de dirigeants suédois qui avaient opté avec enthousiasme pour l’idéologie du Troisième Reich ont retrouvé une vie normale, des postes, mais n’ont rien perdu de leurs penchants extrémistes. Ironie grinçante : certains ont même intégré des partis de gauche, dont le propre parti d’Olof Palme. En parallèle des mouvances néonazies, d’autres groupuscules d’extrême-droite, dont la cible était les communistes, ont vu le jour. Ils se sont parfois agrégés pour former un réseau inquiétant. Dans le contexte de la Guerre Froide et de la proximité géographique avec l’URSS, être d’extrême-droite était honorable : il suffisait de brandir la menace rouge et l’opinion fermait les yeux sur les discours antisémites et racistes.

Le grand-père de Stieg Larsson était un patriote, au sens premier du terme : amoureux et fier de son pays, amoureux et fier des valeurs de la Suède et combattant résolu du nazisme. Il s’éteint à la cinquantaine, lorsque Stieg Larsson est encore enfant. L’enfant grandit, devient journaliste et intègre l’équivalent de l’AFP en Suède. Sur son temps libre, il cartographie l’extrême-droite suédoise, avec une minutie remarquable. Le 28 février 1986, sa vie bascule. La dépêche tombe : le Premier ministre Olof Palme a été assassiné en sortant du cinéma. Pour Larsson, c’est une affaire entendue : l’extrême-droite est responsable, qui a gangréné le personnel politique, la police, mais également les services de la SÄPO. Une conviction n’étant pas une preuve, il va enquêter pendant des années, fouiller les passés des uns et des autres, interroger toutes les personnes qu’il va croiser et accumuler les années d’archives.

Sa compagne, Eva Gabrielsson, le soutient, mais finit par imposer un repos à son forcené de conjoint. Un été, ils partiront quelques semaines pour se reposer. Larsson voit une fleur et commence à écrire quelques lignes : un vieil homme fortuné reçoit chaque année à la même date, une fleur, sans connaître l’expéditeur. Eva lui dit qu’il doit dérouler l’histoire : c’est le début de la saga Millenium. Il s’éteindra brutalement le 9 novembre 2004.

L’héritier

Jan Stocklassa est journaliste, mais a une marotte : l’architecture et l’urbanisme. Reprenant une idée lue dans une thèse, il enquête pour savoir si certains lieux — du fait de leur architecture et leur aménagement — sont plus susceptibles d’être criminogènes que d’autres. Cette enquête l’amène jusqu’à un appartement, occupé par Alf Enerström et Gio Petré. De fil en aiguille, Jan va enquêter sur l’assassinat de Palme et essayer de trouver le véritable assassin.

Mais, nous ne sommes plus dans les années 80 et les outils dont disposent Jan ne sont pas ceux de Stieg. Il va donc s’infiltrer et enquêter sous couverture et rencontrer « sa » Lisbeth. Infiltration numérique, hacking, espionnage, on est en plein roman d’espionnage sauf que tout est vrai. Grâce à une intrusion dans une boîte mail, Stocklassa va réussir à montrer que l’extrême-droite n’est peut-être pas si innocente que cela dans l’assassinat du Premier ministre et qu’il ne s’agissait peut-être pas d’un acte gratuit.

Stocklassa va explorer toutes les possibilités et informer les services de police de ses découvertes. Officiellement, l’enquête est toujours en cours. Les faits auraient dû être prescrits en 2011, mais un changement de législation intervenu en 2010 a rendu imprescriptible cet assassinat.

Contagion

Pour les lecteurs de Millenium, l’assassinat d’Olof Palme n’est qu’un point presque anecdotique, une sorte de folklore, au même titre que le suicide de Bérégovoy en France. Mais en lisant l’enquête de Stocklassa, on se rend compte à quel point cet évènement est le terreau de la saga et on retrouve chez certains personnages, des traits de personnes ayant réellement existé.

On peut parfaitement lire Millenium sans lire l’enquête de Stocklassa sur Larsson, mais on se priverait d’éléments de contexte. Par ailleurs, les Français seront sûrement curieux de connaître certains protagonistes bien de chez nous, dans les affaires qui ont eu lieu pendant l’apartheid sud-africain et comment certaines personnes n’ont pas eu de scrupules à faire commerce d’armes avec des États frappés d’embargo par la communauté internationale.

Mais en refermant le livre, vous serez, vous aussi, contaminé par l’assassinat d’Olof Palme, car il reste trop de questions sans réponse. Certaines théories vous sembleront fantaisistes et peut-être que vous vous direz qu’il s’agissait d’un tueur isolé. Mais vous vous interrogerez.

La folle enquête de Stieg Larsson n’est pas un livre dont on sort totalement indemne. 

Passez de bonnes fêtes de fin d’année.

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