Crise du logement : des mal-logés plus nombreux, vulnérables, pas assez aidés… Ce qu’il faut retenir du rappor – franceinfo

L’ONG consacre notamment la moitié de son 28e rapport annuel au “genre du mal-logement”, estimant que les “moments de rupture” que les femmes sont susceptibles de rencontrer dans leur vie les exposent particulièrement à ce problème.

Les mal-logés sont de plus en plus nombreux. Et plus vulnérables face à l’inflation. C’est la double alerte lancée par la Fondation Abbé-Pierre dans son rapport annuel présenté mercredi 1er février. L’organisation estime à 330 000 le nombre de personnes sans domicile en France, soit 30 000 de plus qu’en 2022. Dans cette 28e édition, la Fondation dénonce notamment l’insuffisance des efforts mis en place par l’Etat face à la flambée des prix et étudie pour la première fois la vulnérabilité des femmes face aux risques de mal-logement. Voici ce qu’il faut retenir de ce rapport.

Plus de 4 millions de mal-logés

Au total, la Fondation estime à 4,15 millions le nombre de personnes mal logées en France. Ce chiffre inclut les personnes sans logement personnel, vivant dans un lieu beaucoup trop petit pour elles ou sans le confort de base (cuisine, toilettes, chauffage, etc.).

Parmi les plus précaires, le nombre de personnes sans domicile est aussi en nette augmentation depuis dix ans : il a plus que doublé, selon la Fondation Abbé-Pierre, qui évalue leur nombre à environ 330 000 aujourd’hui. Dans le détail, ce chiffre englobe les 200 000 personnes en hébergement d’urgence, 110 000 migrants en centre d’accueil ou en hébergement pour demandeurs d’asile, ainsi que 27 000 personnes sans abri, dormant dans la rue.

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L’organisation évoque également un “halo” du mal-logement, qui regroupe les situations de fragilité comme la précarité énergétique ou les impayés de loyers. Cela concerne 12,1 millions de personnes en France, selon des calculs basés sur des données de 2013. On y trouve les ménages “appauvris par des niveaux de loyer insoutenables”, les personnes ayant froid chez elles faute de pouvoir se chauffer, celles obligées de vivre dans un logement trop petit, les locataires avec des impayés et les propriétaires vivant dans une copropriété en difficulté.

Le prix des logements est insoutenable pour les ménages modestes

Le rapport insiste sur une nouvelle envolée des prix de l’immobilier et ses conséquences. Ainsi, “les secteurs [géographiques] qui étaient déjà chers ont vu leurs prix continuer à s’élever, mais aussi leurs périmètres s’étendre”, déplore la Fondation. Des départements comme la Gironde, la Haute-Savoie, le Calvados, les Alpes-Maritimes ou le Rhône “sont devenus inabordables pour une très large frange de ménages, poussant les actifs à s’installer dans les départements voisins et les condamnant à des migrations pendulaires de grande ampleur”.

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Dans ce contexte de hausse des prix des loyers, l’ONG dénonce une promesse non tenue, à ce jour, d’Emmanuel Macron : l’extension du dispositif de la “garantie locative Visale” à tous les locataires. Cette caution gratuite, distribuée par Action Logement, permet de sécuriser les bailleurs face aux impayés. Son accès a été élargi à certaines catégories de personnes depuis sa création, mais la suppression de tous les critères d’octroi semble avoir été laissée de côté par le gouvernement, qui “n’a lancé aucune concertation sur le sujet”, déplore le rapport. Contacté par franceinfo, le ministère du Logement assure que “cette extension pour les personnes qui n’ont pas accès facilement au parc locatif sera discutée dans le cadre de la convention quinquennale avec Action Logement”.

Les femmes sont plus exposées

Cette année, la Fondation insiste sur les disparités de genre face au mal-logement, au détriment des femmes. Plusieurs “moments potentiellement de rupture” alimentent les inégalités avec les hommes, constate le directeur des études de l’ONG, Manuel Domergue. Les femmes sont plus susceptibles de se retrouver à la rue lorsqu’elles quittent le domicile parental en cas de violences sexuelles intrafamiliales. “Parmi les sans-domicile, 36% des femmes et 19% des hommes ont connu des violences sexuelles avant 18 ans”, selon Manuel Domergue.

La séparation peut aussi constituer un basculement pour les femmes, avec un risque de “choc financier” qui peut provoquer un “moment de déclassement résidentiel”, selon le rapport. Les femmes perdent 15% de niveau de vie, quand les hommes en gagnent 4%. L’homme garde plus souvent le domicile, dans 43% des cas, contre 32% pour les femmes, souligne le document.

“Il faudrait 10 000 à 15 000 places en hébergement d’urgence dédiées [aux femmes] dans les années qui viennent, en plus des 10 000 existantes.”

Manuel Domergue, directeur des études à la Fondation Abbé-Pierre

en conférence de presse

Par ailleurs, les mères célibataires, dont un tiers sont pauvres, vivent souvent dans des logements précaires et sous-dimensionnés. Ainsi, 40% des femmes seules avec un enfant et 59% des mères d’au moins trois enfants subissent de mauvaises conditions de logement, contre 20% pour la population générale, assure la Fondation Abbé-Pierre. Celle-ci alerte aussi sur la double peine des victimes de violences conjugales, obligées de quitter en urgence le domicile pour se retrouver parfois dans des hébergements d’urgence.

Des aides publiques insuffisantes et mal réparties

Comme les années précédentes, la Fondation évoque l’insuffisance des actions du gouvernement, jugeant que 2022 a été “une année blanche ou presque dans la lutte contre le mal-logement”. L’inflation, qui a nettement accéléré en 2022, met en difficulté les ménages modestes en augmentant leurs coûts contraints (logement, déplacements, alimentation…). Une personne au RSA, ou une famille monoparentale, peut vite se retrouver “dans le rouge”, simplement en s’acquittant de ces dépenses contraintes, note la Fondation.

“L’écart a rarement semblé aussi grand entre, d’un côté, l’état du mal-logement (…) et, d’un autre côté, l’insuffisance des réponses publiques pour rendre le logement abordable.”

La Fondation Abbé-Pierre

dans son rapport annuel sur le mal-logement

Les aides distribuées pour atténuer l’impact de l’inflation, comme le bouclier tarifaire, ne sont, selon la Fondation, pas suffisamment ciblées. L’aide à la rénovation des logements MaPrimeRénov’, dont l’enveloppe a été augmentée dans le budget 2023, est jugée insuffisante, car finançant peu de rénovations performantes et laissant aux plus pauvres un reste à charge insurmontable. “Aux plus riches, d’un côté, des mesures pérennes, massives ; aux plus pauvres, d’un autre côté, des mesures ponctuelles”, s’indigne le délégué général de la Fondation, Christophe Robert.

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