Covid : les syndicats dénoncent « la pagaille » dans les écoles et appellent à la grève – Les Échos

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Publié le 7 janv. 2022 à 18:06Mis à jour le 7 janv. 2022 à 19:35

L’école peut-elle tenir avec des parents et des enseignants qui craquent ? « C’est très dur », confie un recteur, alors que plus de 9.200 classes étaient fermées jeudi soir, un chiffre record depuis le printemps dernier. Dans les établissements scolaires, la « pagaille » décrite par les enseignants et directeurs d’écoles a conduit plusieurs syndicats d’enseignants (SNUipp, SNES, SE-Unsa, FO, CGT, SUD, Snalc) à annoncer, ce vendredi, un appel à la grève pour le 13 janvier, dans le premier comme dans le second degré.

Dans le premier degré, les syndicats réclament un retour à l’ancien protocole qui prévoyait la fermeture d’une classe dès le premier cas de Covid, une règle jugée « protectrice » par le principal syndicat du primaire. Le SNUipp-FSU, qui déplore « une pagaille indescriptible » et « un sentiment fort d’abandon et de colère parmi les personnels », en appelle aussi à l’isolement des cas contacts intrafamiliaux et à systématiser des tests salivaires préventifs chaque semaine.

« Complètement débordés »

Dans les écoles, enseignants et directeurs racontent tous la multiplication extrêmement rapide des cas auxquels ils sont confrontés, et à laquelle ils n’étaient pas habitués. « On est complètement débordés », expliquent-ils.

L’Education nationale a revu, jeudi soir, le protocole sanitaire : les tests vont être allégés, puisque les élèves n’auront plus à réaliser un nouveau parcours complet de dépistage si un nouveau cas positif apparaît dans leur classe dans un délai inférieur à sept jours. Les enseignants qui appellent à la grève réclament aussi des masques chirurgicaux « qu’ils n’ont toujours pas ». Les syndicats reprochent au gouvernement d’avoir tardé à leur envoyer le protocole sanitaire, dimanche soir, à la veille de la rentrée des classes.

« Extrêmement difficile » à vivre pour les familles

Des parents d’élèves craquent, eux aussi, quand ils doivent tantôt tester leur enfant tous les deux jours, tantôt venir le chercher en urgence à l’école, ou jugent « ingérable » de devoir faire la queue pendant plusieurs heures devant les pharmacies pour récupérer des autotests : « Il faut récupérer votre enfant, les tests et les pharmacies sont pris d’assaut, l’attente est pénible, et en général, les autotests ne sont pas donnés comme prévu dans les pharmacies », qu’elles ne sont pas toujours en mesure de fournir, selon le vice-président de la fédération de parents d’élèves Peep, Laurent Zameczkowski.

Le protocole est « extrêmement difficile » à vivre pour les familles, a reconnu ce vendredi le ministre de l’Education nationale, sur CNews. Mais Jean-Michel Blanquer relativise les ruptures de stocks d’autotests : « ça et là, il peut y avoir des pharmacies en rupture mais normalement, elles sont réalimentées », a-t-il assuré.

S’ajoutent à cette situation complexe des enseignants positifs au Covid et non remplacés, ou des remplaçants qui tombent malades à leur tour. Jeudi soir, ils étaient 5.631 cas confirmés, sur plus d’un million de personnels de l’Education nationale. « C’est le foutoir, lâche Nageate Belhaçen, coprésidente de la principale fédération de parents d’élèves, la FCPE. Les parents craquent complètement, car pour ceux qui travaillent, ça devient très compliqué, ils courent partout. »

« Bien sûr que c’est dur, bien sûr que c’est compliqué », admet Jean-Michel Blanquer, tout en considérant que les tests sont le prix à payer pour maintenir les écoles ouvertes. « La solution de facilité, c’est de dire : les enfants ne vont plus à l’école […] Ce n’est pas ce que je propose. »

Le bac, de nouveau dans la tourmente

Dans le second degré, le principal syndicat, le SNES-FSU, appelle à la grève et réclame de recruter des adultes pour assurer les remplacements, à un protocole renforcé dans les collèges et lycées. Il estime aussi que les enseignants ne sont pas en mesure de bien préparer les élèves aux épreuves de spécialité du bac qui doivent avoir lieu dans deux mois, alors que beaucoup d’élèves sont absents. Le syndicat souhaite un report des épreuves du bac de mars à juin.

« Il est urgent de temporiser, estime au contraire Bruno Bobkiewicz, à la tête du principal syndicat de chefs d’établissement (SNPDEN-UNSA). Il faudra peut-être envisager des aménagements – et pas forcément une annulation ou un report, mais un doublement des sujets comme on l’a déjà fait. Mais tout dépendra de la durée de l’épidémie.» Pour l’instant, le syndicat estime qu’il est « encore temps de temporiser », et critique « ceux qui veulent tuer le bac depuis le début ».

Le syndicat n’appelle pas à la grève, contrairement à la fédération dont il dépend, l’UNSA Education. « On ne va pas dire qu’il ne faut pas le faire, chacun sa place dans le système, confie Bruno Bobkiewicz, mais faire grève, c’est abandonner les élèves quelque part et franchement, ce n’est pas le moment. Quand on manifeste notre mécontentement, on préfère le faire autrement.»

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