Covid-19, relance: l’Italie de Giuseppe Conte se relève – Le Figaro

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C’est Pâques à Gênes. Et peut-être aussi pour toute l’Italie. Ce lundi 3 août sera sinon un jour de résurrection, ni même de jubilation, du moins une journée marquée par le retour de l’espérance, après des années de croissance atone, d’effondrement de ponts et de voûtes de tunnels, sans oublier une crise du Covid-19 qui a fait 35 000 morts.

L’inauguration lundi à 18 h 30 du nouveau pont de Gênes, le San Giorgio qui vient remplacer le pont Morandi qui s’était écroulé le 14 août 2018 faisant 43 morts, sera pour le président du Conseil, Giuseppe Conte, l’occasion de tenir un discours d’espoir pour la nation tout entière, en présence du président de la République Sergio Mattarella. Même si l’ouverture de ce pont high-tech connecté à des autoroutes obsolètes s’accompagne d’un incroyable chaos d’embouteillages, l’événement dépasse la chronique génoise. «Nous en avons été capables», se réjouissait déjà Il Corriere della Sera en plein confinement. «Nous sommes sortis de notre 11 Septembre à une vitesse inimaginable, que personne n’aurait crue possible… Quand il sera terminé, nous en serons fiers. Et ce sera peut-être le signe d’un nouveau départ. Pour Gênes, et pour l’Italie.» Une perspective dont le pays a bien besoin, au moment où il prend la mesure de l’impact effroyable du confinement sur son économie, qui a décroché de 12,3 % au deuxième trimestre par rapport au premier.

Aussi cette inauguration résonne-t-elle comme un moment de consécration pour Giuseppe Conte, qui aura été le premier ministre du drame mais aussi celui de la renaissance. Une renaissance qui dépasse le pont de Gênes. Lors de la crise du Covid, le chef du gouvernement italien a agi en éclaireur en Europe dès le 30 janvier.

Aujourd’hui, l’Italie est un des pays européens où la situation sanitaire semble à peu près maîtrisée, avec pas plus de 200 à 400 nouveaux cas de coronavirus par jour. Les quelques foyers infectieux l’ont conduit à prolonger l’état d’urgence jusqu’au 15 octobre.

Le président du Conseil a aussi joué un rôle clé pour aboutir à l’accord européen du 21 juillet sur les 750 milliards d’aides pour la reprise. Son talent de négociateur a même permis à l’Italie de recevoir pas moins de 209 milliards d’aides de l’Europe, dont 81 milliards de subventions et 128 milliards de prêts. Des montants spectaculaires qui en font de loin le premier bénéficiaire de la solidarité européenne. Et qui lui ont valu, à son retour de Bruxelles, des applaudissements nourris au Sénat, Conte apparaissant enfin le leader naturel de la majorité Mouvement 5 étoiles-Partie démocrate.

Aujourd’hui, alors qu’il recueille 43,9 % d’avis favorables selon Euromedia Research, il est même considéré par 30 % des Italiens comme «le meilleur président du Conseil depuis 1994, remportant la première place devant Silvio Berlusconi et Romano Prodi», selon Ilvo Diamanti, politologue de l’institut Demos. Tout se passe comme si une nouvelle séquence politique s’ouvrait enfin pour l’Italie, plus prompte à réagir aux crises. La question reste de savoir si elle saura profiter de cet état de grâce et de cette pluie de fonds européens.

Fierté nationale

Mais aujourd’hui, ce pont qui a uni les Italiens dans le drame, les rassemble à nouveau dans la fierté d’avoir mené seuls ce chantier hors normes et en un temps que personne ne croyait réaliste. Lors de la cérémonie de la pose de la dernière travée le 28 avril, Giuseppe Conte avait déjà relevé que c’était bien là «le symbole de l’Italie qui sait se relever, de l’Italie qui retrousse ses manches. De l’Italie qui ne se laisse pas submerger par une tragédie aussi douloureuse. Qui sait réunir ses compétences, son sens du devoir et des responsabilités».

À travers l’architecte star, le Génois Renzo Piano, ce pont aura réuni tout ce que l’Italie compte de talents. Lorsque les rives est et ouest de la Polcevera ont été à nouveau reliées, les sirènes du chantier naval et des navires accostés dans le port se sont mises à sonner de concert. L’entreprise Webuild a projeté chaque soir, le drapeau vert, blanc, rouge sur les piles du pont. Et lundi soir, les avions de chasse dessineront dans le ciel une croix de San Giorgio tricolore. C’est qu’il faut bien le célébrer, ce génie italien qui ressurgit dans les moments de crise.

Ce pont d’exception pousse aujourd’hui le monde de la construction à demander à Rome d’en tirer toutes les leçons: «Cette œuvre doit servir d’exemple au pays tout entier, dit le PDG de Webuild, Pietro Salini. L’Italie peut repartir de zéro: elle a du talent, de l’énergie, de la passion et des compétences à sa disposition.» Car pour les constructeurs, il y a là un «modèle de Gênes» qui doit être étendu à tous les grands projets en attente de feu vert pour démarrer. Cette procédure accélérée permet d’échapper au code italien des marchés publics, et repose en partie sur un système d’autocertification des entreprises, renforcé par l’interdiction de tout recours.

Reste qu’il n’y a pas d’unanimité sur l’opportunité de généraliser un modèle conçu pour faire face à la tragédie: «Construit en dérogation du droit commun, faisant l’impasse sur de nombreuses normes», affirme Maurizio Caprino le spécialiste des infrastructures du Il Sole 24 Ore, «ce pont ne saurait constituer un modèle reproductible sur d’autres infrastructures car il ouvrirait un espace à la corruption, ce qui serait dévastateur pour le pays.»

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