Covid-19 : pourquoi les autorités misent sur les tests antigéniques – Le Parisien

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Comment mettre fin aux délais de plus en plus longs pour savoir si on est atteint du Covid-19? Tel est l’un des principaux défis posés aux autorités sanitaires, alors que l’épidémie affiche une progression « exponentielle » en France.

Une des solutions pourrait passer par le déploiement de différentes techniques de dépistage. Alors que les tests salivaires se font encore attendre, des tests antigéniques rapides devraient être déployés « à partir de mercredi » en Île-de-France, a annoncé Olivier Véran ce mardi matin sur France Inter. Leur résultat peut être connu en quelques dizaines de minutes, mais ils sont moins fiables dans certains cas. Voici ce qu’il faut en savoir.

Comment fonctionne un test antigénique ?

Aujourd’hui, plus d’un million de tests virologiques par PCR (ou RT-PCR) sont réalisés par semaine en France, soit plus de 140 000 par jour en moyenne. Un test antigénique (ou « antigènes ») rapide est également réalisé avec un écouvillon que l’on glisse dans le nez. « Hélas », a reconnu Olivier Véran, à propos de cet examen « pas agréable ». On peut aussi effectuer un « prélèvement des voies respiratoires basses », indiquait la Haute autorité de Santé (HAS) dans une brochure sur les différents tests publiée le 18 mai 2020.

Mais contrairement à un test PCR, où l’on recherche du matériel génétique du virus (l’ARN viral), c’est cette fois la présence de protéines virales que l’on va aller détecter. Les particules récupérées au fond du nez sont ensuite mélangées avec un réactif sur une bandelette ou dans un tube, et une bande colorée apparaît si le résultat est positif. L’opération est manuelle et il n’y a pas besoin de passer par une machine.

Covid-19 : pourquoi les autorités misent sur les tests antigéniques

Quelle que soit la méthode, ces tests « répondent à la question : le patient est-il oui ou non atteint par le Covid-19 », souligne la Haute autorité de santé.

En combien de temps a-t-on le résultat ?

En « quinze à vingt minutes », a annoncé Olivier Véran. Certains fabricants promettent de leur côté un délai de 30 minutes maximum. Le résultat peut ensuite être communiqué dans la foulée. « C’est très rapide et c’est le même principe que pour un test de grossesse, sauf que là on détecte des protéines virales et pas une hormone », nous détaille le virologue Yves Gaudin, de l’Institut de biologie intégrative de la cellule (I2BC) de Paris-Saclay.

Ces tests permettraient d’éviter les longues heures voir les jours d’attente vécus actuellement. Si l’examen d’une PCR en lui-même ne dure que quelques heures, les délais avant d’obtenir les résultats sont parfois très longs en raison de l’embouteillage dans les laboratoires et les centres de dépistage. Ils sont de « moins de 36 heures dans 80 % des cas », a indiqué Olivier Véran ce mardi.

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« Dans les deux cas, le prélèvement en lui-même est extrêmement rapide. On devra encore faire la queue dans les laboratoires, mais ce qui va changer c’est qu’on va gagner beaucoup de temps pour le rendu du résultat », nous précise l’infectiologue Benjamin Davido, de l’hôpital Raymond-Poincaré, à Garches (Hauts-de-Seine).

Sont-ils fiables ?

Le principal souci des tests antigéniques est qu’ils « ne détectent le virus que lorsqu’il est présent à un titre élevé », indiquait en avril l’immunologiste Eric Muraille, rattaché à l’université libre de Bruxelles, dans un texte paru sur The Conversation.

« Quand on fait une PCR, on amplifie le génome viral. Donc on peut le détecter dès qu’il y en a seulement un peu. Un test antigénique rapide passe par la détection de protéines du virus mais sans phase d’amplification. S’il y en a peu au départ, on va avoir un signal très faible et on risque de passer à côté de l’infection. Du coup, la proportion de faux négatifs risque d’être plus importante », résume de son côté Yves Gaudin auprès du Parisien.

À titre d’exemple, la société Coris BioConcept indique que le test antigénique qu’elle a développé avait une sensibilité de 60 % par rapport à un test PCR. « En cas de résultat négatif, il est prudent de confirmer le test antigène rapide par un test RT-PCR », estime même Eric Muraille.

À quoi pourront-ils servir ?

À repérer plus rapidement les personnes porteuses d’une charge virale élevée et donc, probablement, plus contagieuses. « Le déploiement de tests antigéniques ne peut venir qu’en complément de la politique de dépistage actuellement menée. Elle permettra d’augmenter les capacités de dépistage et d’améliorer la mise en place du contact tracing à l’échelle nationale », nous indique le ministère de la Santé.

« S’ils sont moins sensibles que les tests PCR, ils sont aussi moins coûteux et beaucoup plus rapides. Ils se prêtent donc mieux à un dépistage de masse », avance également Eric Muraille auprès du Parisien, soulignant que la Chine les avait « beaucoup utilisés ».

Pour le moment, des tests antigéniques devraient être déployés « dès ce mercredi » en Île-de-France, a annoncé Olivier Véran. Ils seront utiles « dans certains milieux, comme les aéroports », a précisé le ministre de la Santé. Les passagers en provenance de 29 pays (dont l’Inde, Israël et le Brésil) et qui n’ont pas pu se faire tester avant le départ à l’étranger doivent en effet s’y soumettre à l’arrivée. Du 17 au 23 août, 16 171 tests ont été effectués dans les aéroports, principalement franciliens. 570 se sont révélés positifs, d’après le point épidémiologique hebdomadaire de Santé publique France du 27 août.

Selon nos informations, l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) a commandé 100 000 tests au groupe sud-coréen SD Biosensor Inc et un arrêté doit encore être pris pour en autoriser le déploiement. « Si cette première expérience est concluante », le ministère « envisage de généraliser cette nouvelle technique de dépistage » en complément des autres, nous indique-t-on.

La queue pour se faire tester dans un laboratoire, à Paris. LP/Delphine Goldsztejn
La queue pour se faire tester dans un laboratoire, à Paris. LP/Delphine Goldsztejn  

Mais savoir plus rapidement si une personne est positive ne permettra pas forcément la réussite de la stratégie « tracer, tester, isoler », voulue par le gouvernement. « Ce qui est plus important que le résultat du test, c’est le comportement des individus qui va l’accompagner et notamment le respect des gestes barrière et de la quatorzaine ( qui devrait être raccourcie à une semaine, NDLR) », conclut Yves Gaudin.

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