Covid-19 : la recette des datacenters pour faire face à la crise

Spread the love
Covid-19 : la recette des datacenters pour faire face à la crise

Pour de nombreuses entreprises, le mois dernier a été consacré à trouver le meilleur moyen de faire en sorte que les équipes soient à l’aise pour travailler depuis leur domicile. Mais toutes les personnes impliquées dans le secteur de la technologie ne peuvent pas continuer à faire leur travail à distance, y compris ceux qui font tourner le monde numérique en maintenant les centres de données en état de marche. D’autant que notre dépendance vis-à-vis des services en ligne va croissante alors que la crise sanitaire actuelle force bon nombre d’entre nous à rester confiné à domicile.

S’il est facile de parler de tous ces services qui vivent dans le Cloud, ces derniers disposent également d’une existence physique plus prosaïque. Les centres de données sont généralement présentés comme de grandes boîtes industrielles de type entrepôt, mais peu de gens se rendent compte la place centrale qu’ils occupent dans notre quotidien. Reste que pour continuer à fonctionner, les centres de données ont besoin de personnel sur place pour entretenir l’infrastructure.

 “Les gens voient les centres de données comme de grandes salles de serveurs, mais ils ne réalisent pas qu’il faut en fait un certain nombre de personnes pour les entretenir”, explique Chris Yetman, le directeur de l’exploitation chez Vantage Data Centers, interrogé par ZDNet. “Bien sûr, vous pouvez avoir besoin de moins de main-d’oeuvre dans l’ensemble, mais il est impossible de fonctionner sans personnel”.

publicité

“Vous ne pouvez pas vous contenter de stopper l’activité”

Les centres de données de Vantage Data Centers dessert principalement les Etats-Unis et son principal centre se trouve en Californie. Dès le début de la crise, explique le dirigeant, il a commencé à demander à son personnel de rester chez lui pendant quelques semaines s’ils pensaient avoir été exposés au virus. Lorsque la crise s’est aggravée, il a décidé de faire travailler à distance toute son équipe non essentielle.

“Mais nous avons déterminé assez rapidement que nous ne pouvions pas envoyer des ingénieurs à domicile pour travailler sur les installations”, explique-t-il. “Nous nous sommes donc concentrés sur le fait de leur rendre la vie aussi confortable que possible”, notamment au moyen d’équipements de protection et de l’installation de stations d’assainissement, à la fois pour minimiser le risque d’infection et pour rassurer ses employés.

Les lecteurs d’empreintes digitales ont commencé à se parer de lingettes désinfectantes et des stations de lavage des mains ont été construites près des entrées du bâtiment, tandis que les bureaux étaient nettoyés deux fois par jour. En parallèle, la direction de Vantage Data Centers a réorganisé le travail en équipes afin de réduire le temps passé par les employés à travailler côte à côte tout en gardant le même personnel dans les mêmes bâtiments pour réduire les risques de contamination croisée.

Là encore, le risque zéro s’est avéré impossible : certains travaux de maintenance nécessitent plus d’une personne, notamment pour des raisons de sécurité. “Nous devons donc encore gérer cela, mais nous essayons de nous assurer que nous sommes bons dans la façon dont nous le gérons”, raconte le dirigeant de la société. Reste que comme la société dans son ensemble dépend d’Internet, plus que jamais auparavant, il n’y a pas beaucoup d’options non plus. “Vous ne pouvez pas vous contenter d’arrêter”, relève Chris Yetman.

Une infrastructure essentielle

“Beaucoup de gens pensent que ce sont de grands hangars qui ne font rien”, regrette également Emma Fryer. Interrogée par ZDNet, la directrice associée du groupe industriel techUK regrette que les data centers soient souvent les grands oubliés de la lutte contre le Covid-19. “Je pense qu’on les oublie”, soupire-t-elle. De fait, ils sont tellement oubliés qu’ils ne figuraient pas, jusqu’au mois dernier, sur la liste des secteurs définissant les travailleurs clés du gouvernement britannique.

Conséquence, les opérateurs des data centers s’inquiétaient de plus en plus de ne pas pouvoir accéder à leur lieu de travail, d’autant plus que le verrouillage devenait une perspective de plus en plus probable. Pour la directrice associée du groupe industriel techUK, ce retard à l’allumage des autorités britanniques tient avant tout à la nature peu visible des centres de données, et au fait qu’ils ne sont pas vraiment compris. “Nous avons fait pression sur le ministère du numérique, de la culture, des médias et des sports (DCMS) avec acharnement”, indique-t-elle. Un lobbying payant. “En 24 heures, ils nous avaient fait inscrire sur la liste des travailleurs clés”.

Pour le moment, le secteur semble assez confiant dans sa capacité à faire face à la crise, au moins d’un point de vue opérationnel. Les centres de données sont, par nature, très peu enclins à prendre des risques, et de nombreux opérateurs avaient prévu un plan d’intervention en cas de pandémie dans leur plan de continuité des activités. Qui plus est, contrairement à de nombreux gouvernements et organisations, la grande majorité des directeurs d’exploitation de centres de données ont commencé à dépoussiérer ces plans de reprise d’activité dès qu’ils ont entendu les experts de la santé tirer la sonnette d’alarme face à l’émergence d’un nouveau type inconnu de coronavirus.

La prudence paie

“Les opérateurs ont des semaines, voire des mois d’avance sur les exigences du gouvernement”, souligne Emma Fryer. De la séparation des équipes au stockage des désinfectants, des précautions ont été prises plus tôt pour atténuer le risque de crise. De plus, le secteur au sens large a bénéficié du retour d’informations des fournisseurs de centres de données multinationaux qui ont pu partager leurs connaissances sur ce qui se passait dans leurs propres bâtiments dans les pays les plus touchés par le virus, comme la Chine ou l’Italie. Dotés de conseils pratiques sur la manière de gérer les conséquences de la crise, les opérateurs de centres de données ont pu à leur tour planifier à l’avance et éviter d’être pris par surprise.

Jack Bedell-Pearce, le PDG de 4D Data Centers, basé au Royaume-Uni, explique qu’en tant qu’opérateur de centre de données, la préparation précoce est une réponse assez standard. “Les entreprises nous confient la gestion de leurs services critiques, nous sommes donc constamment paranoïaques face à toutes sortes de risques”, raconte-t-il à ZDNet. “Quand on exploite un centre de données depuis aussi longtemps que moi, on peut voir à quelle vitesse les choses peuvent mal tourner. La préparation précoce est donc culturellement ancrée en moi, et en tous les membres de mon personnel”.

En janvier, Bedell-Pearce a dressé une liste méthodique de tous les risques associés à une pandémie et de la manière dont il pourrait les atténuer. Cela, combiné à des discussions régulières avec d’autres opérateurs de centres de données pour discuter de questions allant de la désinfection à la communication avec les clients, signifie qu’il a toujours été au courant des choses. “Quand il est devenu évident que le coronavirus allait être plus qu’un simple feu de paille, nous commandions déjà des désinfectants pour les mains et des masques”, explique le dirigeant. “Dès la deuxième semaine de février, nous avions revu et mis à jour notre politique de ségrégation du personnel, qui est essentiellement un précurseur de la distanciation sociale”.

Comme la plupart des autres opérateurs de centres de données, Jack Beddell-Pearce a maintenant renvoyé tout le personnel non-essentiel en télétravail. Pour les travailleurs dont l’activité est essentielle, il maintient des équipes séparées afin d’éviter les mouvements de personnel, et a mis en place un transfert virtuel entre les équipes.

Un quotidien bouleversé

La nécessité de limiter les visites des clients sur place, même si la gestion technique, l’installation ou le dépannage des équipements sont nécessaires, pose également problème aux opérateurs. Le PDG de 4D Data Centers a ainsi décidé que les clients ne peuvent se rendre dans les installations que sur rendez-vous. Pour éviter les visites inutiles, il a également mis en place un nombre illimité de demandes quotidiennes gratuites d’intervention à distance pour tous les clients. Les opérations de mise en rack des serveurs, de remplacement des composants ou de patching des câbles peuvent désormais être effectuées par les propres techniciens de Jack Bedell-Pearce.

Des efforts similaires pour encourager la gestion à distance ont été déployés par d’autres sociétés telles que EfficiencyIT, Kao Data et Equinix. Equinix déclare même que seuls les clients dont le service est essentiel et qui ont le statut d’infrastructure critique désignée par le gouvernement et une autorisation spéciale sont autorisés à se rendre sur place, tandis que tous les autres clients doivent recourir à l’accès à distance.

Si des mesures inédites ont été prises, cela ne veut pas dire que les opérateurs sont entièrement détendus pour les semaines à venir. La plupart du personnel a maintenant passé quelques mois à s’adapter aux nouvelles routines exigées par les mesures de santé et de sécurité, et aucune défaillance majeure n’a encore été signalée ; mais l’incertitude, notamment en ce qui concerne la durée potentielle de la crise, est susceptible d’entraîner de nouveaux défis à plus long terme.

Source : ZDNet.com

Leave a Reply