Covid-19 : dîners, restaurants, travail… Ce que révèle l’étude de Pasteur sur les contaminations – Le Parisien

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Son nom, ComCor, ne vous dit peut-être rien, mais ses résultats nous concernent tous. L’étude de l’Institut Pasteur sur les facteurs de contamination par le SARS-CoV-2, très attendue depuis plusieurs jours, a été mise en ligne ce jeudi. En début de semaine, le Conseil scientifique puis le Premier ministre en avaient déjà apporté quelques éléments.

Cette étude se compose de deux parties. La première porte sur les circonstances dans lesquels des personnes ont été contaminées. 30 330 individus l’ayant « vraisemblablement » été entre le 17 et le 30 octobre y ont participé en remplissant un questionnaire. Cette période correspond à celle du couvre-feu, en Île-de-France et dans huit métropoles puis dans 54 départements.

La seconde partie de l’étude porte sur les différents facteurs à risque d’entraîner une infection. 3426 cas et 1713 personnes témoins ont été « recrutés », cette fois pendant le couvre-feu et le confinement qui a débuté le 30 octobre. Le principe était de comparer les réponses de ces deux groupes.

44 % savent qui les a contaminés

Il est présenté comme étant « le résultat le plus important de cette étude ». 44 % des personnes infectées ont répondu savoir qui les avait contaminées. 21 % suspectent un événement particulier et les 35 % restantes n’ont aucune idée de la façon dont elles ont été infectées.

Pour les 44 %, l’infection a pour origine une personne dont on partage le domicile dans 35 % des cas. Hors foyer, les contaminations ont eu lieu dans le cercle familial (33,1 %), dans le milieu professionnel (28,8 %), et enfin dans le milieu amical (20,8 %). À la maison, ni la première personne malade ni celle qui a été contaminée ne portaient de masque dans 93 % des cas, « y compris lorsque la personne source était visiblement symptomatique ».

La plupart de ces individus se disent d’ailleurs conscients des comportements à risques qu’ils ont eu, par exemple le non-port du masque ou le non-respect des gestes barrière.

Les chercheurs notent que « les repas jouent un rôle central dans ces contaminations » et que « les bureaux partagés sont également importants en milieu professionnel ». Enfin, le contact « fatal » a quasiment toujours eu lieu en intérieur (88,9 % des cas dans la sphère privée et 96 % en milieu professionnel).

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« Sur la base de ces résultats, il est important de rappeler à l’approche des fêtes de fin d’année les risques associés aux réunions en milieu familial et amical, notamment lors des repas », lit-on dans l’étude complète, appelant à respecter les gestes barrière les plus simples.

On s’isole, mais trop tard

Si la très grande majorité (97,3 %) des personnes infectées ont respecté des mesures d’isolement, seules 53,9 % l’ont fait dès les premiers symptômes et 64,1 % dès la connaissance d’un contact avec un cas infecté. Ces deux éléments doivent pourtant servir de déclencheur, rappellent régulièrement les autorités sanitaires.

Les précautions prises sont, le plus souvent, la limitation des déplacements, la fin des contacts avec les personnes fragiles, le port du masque et le lavage des mains.

Logiquement, l’isolement est particulièrement dur à respecter au sein d’un même foyer. Seules 52 % des personnes tombées malades avaient pris d’importantes précautions dès le début des symptômes. Dans un tiers des cas, les repas ont continué d’être partagés à plusieurs.

Restaurants et salles de sport pointés du doigt

Comme l’a laissé entendre Jean Castex mardi matin, les restaurants, les bars, les salles de sport et surtout les réunions privées ressortent de l’étude comme étant des lieux particulièrement propices aux contaminations. Faire du covoiturage ou participer à des réunions en présentiel augmentent également les risques.

En revanche, cela n’est pas le cas de la fréquentation des commerces, donc certains sont restés ouverts pendant le confinement avec un protocole sanitaire plus strict. De même, télétravailler, prendre le bus ou faire du sport en extérieur sont associés à une diminution du risque.

Il y a les lieux et les comportements, mais aussi les métiers les plus à risques. Figurent notamment dans cette liste les ouvriers dans l’industrie et les chauffeurs. À l’inverse, les enseignants et les agriculteurs présentent moins de probabilités d’attraper le Covid-19. Cela suggère que les professeurs « arrivent à se protéger efficacement contre les risques d’infection dans leur environnement professionnel », indique l’Institut Pasteur.

Prudence méthodologique

Attention, néanmoins : cette deuxième partie de l’étude sur les facteurs à risque a été menée pendant le couvre-feu puis pendant le confinement. Or, les bars et les restaurants étaient fermés partout en France durant le confinement et, le soir, dans les zones sous couvre-feu. « Cela laisse entendre qu’il y a eu des bars et restaurants ouverts de façon clandestine » et que les personnes qui s’y sont rendues « s’y sont beaucoup exposées », a commenté le Pr Arnaud Fontanet, coordinateur de ces travaux.

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De plus, ces résultats « peuvent être entachés de biais importants » vu que les personnes analysées « ne représentent qu’une fraction faible de toutes les infections », indique l’Institut Pasteur.

Néanmoins, ces résultats « sont conformes aux données de la littérature pour ceux qui ont déjà été rapportés dans d’autres études, et cohérents avec ce que nous savons de la transmission du SARS-CoV-2 ». Deux études menées aux Etats-Unis pendant la première vague ont, notamment, fait ressortir les bars et les restaurants comme des lieux à risque.

Selon Daniel Levy-Bruhl, responsable de l’unité des maladies respiratoires et vaccinations à Santé publique France, partenaire de l’étude, « partager ces connaissances permet aussi d’affiner les préconisations en matière de prévention de la transmission et ainsi à chacun d’adopter les bons gestes barrière en fonction des situations ».

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