Covid-19: ces parents vaccinés qui ne veulent pas faire vacciner leurs enfants de moins de douze ans – BFMTV

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À quelques jours de l’ouverture de la vaccination à tous les 5 – 11 ans, certains parents expliquent à BFMTV.com leurs doutes quant à cette vaccination des plus jeunes.

Après l’ouverture de la vaccination contre le Covid-19 aux enfants de 5 à 11 ans à risque de faire des formes graves, la Comité Consultatif Nationale d’Éthique (CCNE) s’est prononcé ce vendredi matin en faveur de son ouverture à tous les 5 – 11 ans. Une extension de la vaccination que le gouvernement espère mettre en place avant la fin de l’année 2021.

Mais le sujet est source d’inquiétude pour des familles. Dans un sondage Elabe pour BFMTV L’Express et SFR publié jeudi, 68% des parents d’enfants âgés de 5 à 11 ans se déclarent opposés à cette vaccination, dont 47% se disent “très opposés”.

Et il ne s’agit pas forcément de parents anti-vaccin. BFMTV.com a en effet recueilli plusieurs témoignages de parents vaccinés, parfois même ayant déjà reçu leur dose de rappel, mais qui refusent déjà, ou tout du moins hésitent, à l’idée de faire vacciner leur enfant de moins de douze ans.

“Je ne me sens pas de leur imposer ce choix”

Rodrigo Arenas (membre de l’association de parents d’élèves FCPE) explique ainsi qu’il ne fera pas vacciner deux de ses enfants âgés de 7 et 11 ans. “J’ai fait ma 3ème dose, mes deux enfants de plus de 12 ans sont vaccinés, mais les petits c’est non”, explique-t-il.

Même son de cloche chez Morgane, maman de deux enfants de 4 et 7 ans. “Je n’ai pas forcément d’explication claire, c’est surtout un ressenti”, déclare-t-elle, évoquant un “manque de recul” sur le vaccin pour les enfants, et de possibles effets indésirables. Globalement, les inquiétudes que ces parents réticents pouvaient avoir pour eux au moment du vaccin semblent décuplées quand il s’agit de faire passer le cap à leur enfant. “Moi je suis libre de faire ce que je veux, mais je ne me sens pas de leur imposer ce choix”, explique Morgane.

“Je ne suis pas hyper pro-vaccin mais avec la situation sanitaire actuelle je me suis faite vacciner”, déclare à BFMTV.com Charlotte [le prénom a été changé], maman de deux enfants de 5 ans et demi et 8 ans. Et si la vaccination s’ouvre pour eux “je pense que je leur ferai faire, il faut avoir confiance en la médecine”, explique-t-elle. Mais reste en latence une inquiétude dans son discours, car “ils sont plus petits, plus fragiles”.

“Vous faire vacciner vous-même, ce n’est pas pareil que lorsqu’il s’agit de prendre la décision pour quelqu’un d’autre, a fortiori quand c’est votre enfant”, déclare le porte-parole de la PEEP (fédération de parents d’élèves de l’enseignement public) Laurent Zameczkowski. “Ce sont des angoisses naturelles auxquelles les parents sont confrontés tout le temps, et qu’on avait déjà vu au moment de la vaccination contre le papillomavirus ou l’hépatite B”.

“Je devrais les faire vacciner alors que des personnes à risque ne sont pas vaccinées”

Il y a également l’idée que les enfants, très peu enclins à faire des formes graves ou symptomatiques de la maladie, ne se feront vacciner que parce que certains adultes refusent de le faire, les plus jeunes se retrouvant ainsi à porter le poids de la pandémie. “Il n’y a quasiment pas de risque pour eux, mais je devrais les faire vacciner, alors que des personnes à risque ne veulent pas se faire vacciner”, lance ainsi Morgane.

“Je ne suis pas défavorable à la vaccination des enfants fragiles”, déclare Rodrigo Arenas, mais pour lui “les enfants doivent être vaccinés dans leur intérêt à eux, pas dans celui des autres”.

Il pointe également du doigt d’autres recommandations à mettre en place avant ce vaccin, comme le dédoublement des classes à l’école, l’investissement sur les gestes barrières ou même le fait de faire passer en prioritaires les professeurs pour la dose de rappel. Il ajoute que l’Organisation Mondiale de la Santé ne recommande pas pour l’instant de vacciner les enfants.

“Comme les enfants et les adolescents ont tendance à avoir une maladie plus bénigne que les adultes, à moins qu’ils ne fassent partie d’un groupe à risque plus élevé de COVID-19 sévère, il est moins urgent de les vacciner que les personnes plus âgées, celles souffrant de maladies chroniques et les agents de santé”, écrit l’OMS, soulignant toutefois que cette vaccination des plus jeunes peut “réduire la transmission des enfants et des adolescents aux personnes âgées”.

“On sent de l’hésitation chez certains parents”

“On sent de l’hésitation chez certains parents qui sont eux-mêmes vaccinés, ils viennent dans les cabinets et nous demandent ce que l’on en pense”, raconte à BFMTV.com Fabienne Kochert, pédiatre et présidente de l’AFPA (Association française de pédiatrie ambulatoire). “Ce que certains ont retenu c’est qu’il fallait les faire vacciner pour l’immunité collective, ce à quoi ils peuvent être réfractaires”, explique-t-elle, alors “qu’on leur dit depuis le début de la pandémie que le Covid chez les enfants c’est peanuts“.

La pédiatre souligne qu’au-delà de la protection des autres, il existe tout de même un bénéfice pour l’enfant, le vaccin lui apporte une protection individuelle, surtout quand il s’agit d’enfants plus à risque de faire des formes graves.

Le Covid chez les enfants, “c’est bien évidemment sans commune mesure avec les formes graves chez l’adulte où on est à plus de 120.000 morts, on ne parle pas du tout du même poids de la maladie. Pour autant il a été jugé que 300 formes graves de la maladie, et trois décès [chez les enfants] cela pouvait justifier, pour les parents qui le souhaitent, une vaccination pour les protéger”, explique sur notre antenne Christèle Gras-Le Guen, cheffe du service de pédiatrie au CHU de Nantes (Loire-Atlantique).

Pour juger de la nécessité de faire vacciner son enfant “il va falloir que les familles puissent se rapprocher de leur médecin pour discuter avec lui du bénéfice ou non”, pour l’enfant, continue-t-elle, “et de la décision à prendre compte tenu de chiffres qui doivent être partagés, transparents, et qui permettent à chaque famille de se faire leur propre idée et leur propre décision”.

Une proposition “non une obligation”

Le rejet réel de la vaccination pour les plus jeunes enfants se vérifiera au moment de l’ouverture des doses pour les moins de douze ans. Lorsque la vaccination avait été ouverte cet été aux adolescents, des réticences s’étaient aussi faites sentir. Aujourd’hui, 76% des 12-17 ans sont complètement vaccinés.

Afin de ne pas précipiter l’ouverture de cette vaccination, le CCNE réclame que les données “provenant des pays ayant déjà débuté la vaccination s’avèrent rassurantes après un schéma vaccinal complet” des enfants. Le CCNE demande aussi que la vaccination des 5 – 11 ans reste une proposition, “non une obligation”, et qu’elle ne soit pas incluse dans un pass sanitaire. Une demande qu’avait déjà approuvée le gouvernement.

La Haute autorité de santé (HAS) devrait très vite se prononcer sur cette mesure qui concernerait plusieurs millions d’enfants. Enfin, dernière étape avant une décision du gouvernement, le Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale doit donner son avis en milieu de semaine prochaine. Il attend encore des données sur les effets secondaires aux Etats-Unis, qui ont déjà ouvert la vaccination à tous les 5-11 ans.

Salomé Vincendon

Salomé Vincendon Journaliste BFMTV

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