Covid-19 : aux Antilles, un nouveau pic épidémique inédit menace de saturer le système hospitalier – Le Monde

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Manifestation contre la vaccination obligatoire des personnels de santé, le 7 août 2021, à Capesterre-Belle-Eau, en Guadeloupe.

« Je suis bouleversé de ce que j’ai vu aujourd’hui. » Le ministre des outre-mer, Sébastien Lecornu, invité jeudi 12 août sur France Inter, a décrit une situation catastrophique au sein du système hospitalier guadeloupéen, où la prolifération du variant Delta du SARS-CoV-2 a précipité la mise en place d’un « confinement strict » et l’extension du couvre-feu à partir de vendredi pour trois semaines.

« On a un taux d’incidence en Guadeloupe qui est de 1 900 malades pour 100 000 habitants. C’est un taux qu’on n’a jamais connu depuis le début de la pandémie de Covid-19 », a-t-il dit après s’être rendu sur place, ajoutant que le taux de positivité tourne, lui, autour de 25 %. « Concrètement, ça veut dire que vous avez un test PCR sur quatre qui est positif. » Selon l’agence régionale de santé (ARS) locale, 17 personnes sont mortes des suites du Covid-19 cette semaine sur l’île.

La situation s’explique, en plus de la haute contagiosité du variant Delta, par le relâchement des gestes barrières et, surtout, une faible couverture vaccinale, selon le ministre. En Guadeloupe et en Martinique, où un confinement est en vigueur depuis mardi, à peine 21 % de la population a reçu une dose, contre plus de 63 % en métropole, selon les derniers chiffres de Santé publique France. Ce chiffre est de 41,8 % à La Réunion et 21, 3 % en Guyane.

« Les médecins me disent que la situation est extrêmement difficile, et qu’au fond ce n’est pas un problème de renforts », a expliqué M. Lecornu.

« C’est un problème de pic de cette épidémie. Enormément de patients, tous non vaccinés, se présentent au même moment à l’hôpital (…). On revient à la technique du confinement : la saturation et le risque d’engorgement de l’hôpital sont tels que le confinement reste la solution d’urgence de court terme. »

Selon M. Lecornu, l’île compte actuellement 67 lits de réanimation, contre 27 « en temps normal ». Le gouvernement espère en mettre en place « entre 100 et 130 ». « La situation est inédite par son ampleur, ça dépasse tout ce qu’on avait pu imaginer. On doit décupler nos efforts pour ouvrir des lits de réanimation supplémentaires », abonde Marc Valette, le chef du service de réanimation du CHU de Pointe-à-Pitre.

Dans son service, « sur 55 [lits de réanimation], 44 sont pour des patients Covid, et ils sont tous pleins, on est à saturation ». Autrement dit, pour faire entrer quelqu’un en réanimation, il faudra que quelqu’un d’autre en sorte. « Soit parce qu’il va mieux, soit parce que, malheureusement, il décède », témoigne le chef de service.

Une « démonstration cruelle » que « la vaccination est le moyen le plus efficace », selon Emmanuel Macron

Le conseil de défense sanitaire du 11 août avait déjà été l’occasion pour Emmanuel Macron de réitérer son appel à la vaccination. Selon le chef de l’Etat, le « scénario d’urgence » qui se profile dans les Antilles est « la démonstration cruelle » que « la vaccination est le moyen le plus efficace » contre le virus.

« On n’identifie pas de frein spécifique à la vaccination dans les territoires d’outre-mer (…), on a globalement les mêmes freins qu’en métropole mais de manière beaucoup plus accentuée », résume le ministère de la santé. La stratégie pour les prochaines semaines est de « ramener à la vaccination » les « attentistes » et une partie des « réfractaires ».

« Un habitant sur deux » se dit « défavorable à la vaccination » pour diverses raisons, une « proportion beaucoup plus importante » qu’en métropole, constate le ministère. « Néanmoins on a un signal d’espoir : parmi ces réfractaires, à peu près la moitié estimerait pouvoir changer d’avis. Cela nous incite à être beaucoup plus proactifs dans la manière de proposer le vaccin aux gens. »

Lire l’entretien : « Aux Antilles, il y a la volonté de se soigner par soi-même et non en suivant des politiques imposées de l’extérieur »

Les touristes invités à quitter la Martinique

La plage, déserte, de Sainte-Luce, en Martinique, le 10 août 2021.

Si la situation y est moins critique qu’en Guadeloupe, la Martinique, avec un taux d’incidence de 259 cas pour 100 000 habitants, est également dans l’œil du cyclone épidémique. La quatrième vague y est particulièrement mortelle puisqu’elle a causé 86 décès depuis le 13 juillet : c’est déjà presque autant que les 98 morts sur l’île pendant les trois premières vagues. La pression sur l’hôpital ne cesse de s’accroître, avec 341 patients atteints du Covid-19 hospitalisés et 50 en réanimation. Contrairement à la Guadeloupe, les touristes ont été invités à quitter l’île. M. Lecornu et le ministre de la santé, Olivier Véran, y sont attendus jeudi.

Lire notre reportage : à la Martinique, le confinement se durcit pour contenir une flambée épidémique

D’autres mesures de restriction ont été instaurées cette semaine en Guyane, avec un couvre-feu « du samedi [à partir de] 20 heures au lundi [jusqu’à] 5 heures » dans les communes les plus touchées, selon la préfecture dans un communiqué. Le taux d’incidence y est de 259 cas pour 100 000 habitants, contre 213 cas la semaine précédente. « L’impact sur les hospitalisations est à craindre d’ici une ou deux semaines », anticipe la préfecture.

En Polynésie, le couvre-feu dure de 21 heures jusqu’à 4 heures sur tout le territoire depuis mercredi. Le haut-commissaire de la République en Polynésie, Dominique Sorain, n’exclut pas de l’étendre « très rapidement », voire de mettre en place un nouveau confinement. Le taux d’incidence y est désormais de 1 524 pour 100 000 habitants, un des plus élevés du monde, avec 173 personnes malades du Covid-19 d’une moyenne d’âge de 35 ans hospitalisées. Tahiti, l’île la plus habitée et la seule équipée d’un centre hospitalier moderne, est pour l’instant confinée seulement le dimanche. Le variant Delta touche désormais les autres archipels, surtout les îles Australes et les îles Sous-le-Vent.

Lire notre reportage : tour de vis sanitaire et crise de confiance en Polynésie française

Le Monde

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