Coronavirus: peut-on parler de pandémie? – Le Figaro

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Bien que l’épidémie soit désormais mondiale, l’Organisation mondiale de la santé rechigne à utiliser ce terme. Une frilosité qui ne change finalement pas grand-chose en termes de santé publique. Explications.

Le nombre de pays présentant de nouveaux cas d’infection au coronavirus ne cesse de croître. Tous les continents sont maintenant touchés. La Corée du Sud a relevé son niveau d’alerte après une flambée de nouveaux cas portant à plus de 1500 le nombre de personnes contaminées. À l’autre bout du monde, l’Italie est devenu le principal foyer épidémique hors d’Asie avec plus de 400 patients recensés. En France, six nouveaux cas ont été officialisés depuis mardi, dont un est décédé.

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Au total, plus de 82.000 personnes ont été infectées dans plus d’une cinquantaine de pays et plus de 2800 personnes sont mortes à cause de ce nouveau virus. Mercredi, pour la première fois depuis l’apparition du virus, le nombre de nouveaux cas hors de Chine a dépassé le nombre de nouveaux cas identifiés en Chine. Peut-on alors parler de pandémie?

Si on entend par là que l’épidémie est devenue mondiale, sans aucun doute. Le problème c’est que le terme «pandémie» n’a pas de définition claire et scientifiquement consensuelle. Elle diffère par exemple entre l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et d’autres organisations de santé. Et, au bout du compte, c’est toujours l’OMS qui a le dernier mot lorsqu’il faut la déclarer officiellement.

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Selon l’organisation, une épidémie correspond à la propagation d’une nouvelle maladie chez un grand nombre d’individus non immunisés dans une région donnée, tandis qu’une pandémie est la propagation mondiale à grande échelle de cette même maladie dans plus de 2 continents. Mercredi, le Dr Tedros Adhanom, directeur de l’OMS, a ainsi jugé qu’il était encore trop tôt pour utiliser ce terme et qu’il faudrait une analyse très scrupuleuse des données à disposition pour franchir ce cap.

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L’OMS ne veut pas affoler les populations

Rappelons qu’en 2003, l’épidémie de SARS liée à l’apparition d’un autre coronavirus n’avait jamais été qualifiée de pandémie par l’OMS bien qu’elle ait touché 26 pays. Notamment parce que la propagation du virus avait été contenue rapidement et que la plupart des cas restaient concentrés dans une poignée de pays.

«L’utilisation imprudente du terme pandémie n’a aucun avantage évident et risquerait d’amplifier inutilement des peurs, une stigmatisation ainsi qu’une paralysie des systèmes de santé», avait par ailleurs déclaré lundi le directeur de l’OMS pour expliquer cette réticence à déclarer l’état de pandémie. «Cela indiquerait que nous ne pouvons plus contenir le virus, ce qui n’est pas vrai.»

«C’est probablement la meilleure stratégie pour ne pas générer plus de panique mondiale» commente le Dr Emanuele Massaro, chercheur à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Déclarer une pandémie pourrait effectivement entraîner un affolement des populations contre-productif. On garde en mémoire l’épidémie de grippe H1N1, déclarée pandémie par l’OMS en 2009, dont la gestion avait soulevé de nombreuses critiques.

«Ce nouveau coronavirus a un potentiel pandémique»

Dr Tedros Adhanom, directeur de l’OMS.

«Si l’OMS déclare l’état de pandémie, cela n’aura pas de réel impact sur la santé des populations» confie le chercheur suisse. «Cela permettrait uniquement de mettre en place des accords internationaux afin de faire face aux conséquences économiques et sociales d’une telle maladie.»

Un constat partagé par le professeur Adam Kamradt-Scott de l’université de Sydney. «Peu de choses changeront de manière substantielle concernant la réponse globale de la communauté internationale face au Covid-19.» Toutefois certains pays ont lié leurs plans de gestion du coronavirus à la déclaration de pandémie de l’OMS. «Si ces pays attendent une telle déclaration avant de mettre en œuvre ces plans, ils courent le risque d’être mal préparés à la propagation du virus sur leur territoire», reconnaît le chercheur.

C’est pourquoi le directeur général de l’OMS a encouragé tous les pays à se mettre en ordre de bataille: «Ce nouveau coronavirus a un potentiel pandémique et l’OMS fournit les outils nécessaires pour se préparer en conséquence. Le principal objectif de tous les pays qui présentent des patients infectés doit être de contenir le virus.»

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