Coronavirus : les patients en réanimation n’ont «pas respecté le confinement» ? Le préfet Lallement crée la polémique – Le Parisien

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« Pas besoin d’être sanctionné pour comprendre que ceux qui sont aujourd’hui hospitalisés, qu’on trouve dans les réanimations, sont ceux qui au début du confinement ne l’ont pas respecté. Il y a une corrélation très simple ». Cette petite phrase du préfet de police de Paris Didier Lallement a pris tout le monde de court ce vendredi matin.

Le représentant de l’Etat était présent en début de matinée, porte d’Orléans, à Paris, pour une opération de police qui visait à empêcher les départs dans le cadre de la période des vacances de Printemps. Celle-ci débute officiellement samedi pour la zone Île-de-France mais les autorités ont été claires : aucun voyage n’est autorisé, en raison du confinement lié à la propagation du coronavirus.

Didier Lallement « regrette »

Interviewé par BFMTV, Didier Lallement a annoncé la mise en place de contrôles renforcés tout le week-end sur les sorties routières de la région parisienne. C’est à ce moment-là qu’il a prononcé la phrase sur les patients en réanimation qui n’auraient « pas respecté » le confinement à ses débuts.

Cette « corrélation très simple » évoquée par le préfet ne l’est pas tant que ça du point de vue scientifique, selon plusieurs médecins ou épidémiologistes contactés par le Parisien.

« C’est inadmissible de dire des choses pareilles ne reposant sur aucun élément scientifique ou épidémiologique et stigmatisant pour des gens qui souffrent et sont victimes d’une maladie grave », confie Jean-Daniel Lelièvre, épidémiologiste à l’Institut Mondor de recherche biomédicale. « Les modes de contamination sont suffisamment variés et complexes pour qu’on ne puisse pas dire cela. Pour l’affirmer, il faudrait, a minima, une enquête. Là, c’est dur à entendre car cela ne repose que sur des probabilités » renchérit Stéphane Gayet, infectiologue et hygiéniste au CHRU de Strasbourg.

Contacté par le Parisien, l’entourage du ministre de l’Intérieur Christophe Castaner reconnaît également que « ce propos du préfet de police est inexact ». Dans un communiqué de presse publié ce vendredi, Didier Lallement “regrette” ses propos : “Son intention n’était pas d’établir un lien direct entre le non-respect des consignes sanitaires et la présence de malades en réanimation”, poursuit la préfecture de police.

Des travailleurs contraints de ne pas respecter le confinement

Jeudi soir, 6399 patients infectés par le coronavirus étaient en réanimation dans toute la France. Les régions Grand Est et Ile-de-France sont les deux plus touchées. Avant son rétropédalage, la phrase du préfet présupposait que ces cas seraient essentiellement des personnes contaminées depuis le déclenchement du confinement, alors qu’elles y étaient soumises. Or, on trouve aussi des individus contraints de travailler (des livreurs ou des médecins, par exemple) et qui n’ont pas eu d’autre choix que de ne pas respecter toutes les règles du confinement. Et des individus aujourd’hui en réa ont très bien pu être contaminés avant le confinement – pour rappel, la période d’incubation du virus peut aller jusqu’à deux semaines, et la durée moyenne de la prise en charge en réanimation pour le Covid-19 est de deux semaines, selon la fédération hospitalière de France.

Au final, « ceux qui sont en réa sont ceux qui ont eu la malchance d’être infectés. Parmi eux, des gens qui ont suivi les consignes du mieux possible, et d’autres qui ont peut-être été moins disciplinés » résume Marie-Paule Kieny, directrice de recherche à l’Inserm et ancienne vice-présidente de l’OMS. Stéphane Gayet juge de son côté « probable que les gens qui développent une forme grave de la maladie soient surtout celles qui n’ont pas respecté la distanciation sociale », même si, encore une fois, ce ne sont que des suppositions.

« Ce qui est vrai, c’est que le bon respect du confinement est un enjeu sanitaire majeur », rappelle de son côté la place Beauvau. Et Marie-Paule Kieny de conclure : « Ne pas stigmatiser les victimes me parait la meilleure attitude, tout en répétant les messages de protection. »

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