Coronavirus: les chiffres qui expliquent pourquoi les autorités multiplient les alertes – Le HuffPost

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SCIENCE – Alors que le déconfinement semblait bien se dérouler jusque-là, une tout autre musique est jouée ces derniers jours par les autorités de santé. Le président du Conseil scientifique Jean-François Delfraissy s’inquiète du non-respect de la distanciation et du risque d’une deuxième vague de Covid-19 dès l’été. Olivier Véran observe un “relâchement dans les comportements” et appelle à “la vigilance au quotidien”. Jean Castex exhorte à porter le masque pour prévenir une reprise de l’épidémie de coronavirus.

Ajoutez à cela que, pour la première fois depuis le 25 juin, la Direction générale de la santé n’évoque pas une situation “stable” en métropole, jeudi 9 juillet. La situation en Guyane reste préoccupante, mais même dans l’Hexagone, “les autorités sanitaires sont particulièrement attentives à l’apparition de potentiels clusters, dus notamment aux rassemblements privés, familiaux ou festifs en cette période estivale”.

Si dans ces messages, il est toujours précisé que l’épidémie de coronavirus est pour l’instant encadrée, le changement de ton est significatif. Et pour comprendre d’où il vient, il faut se plonger dans les chiffres et statistiques du dernier point épidémiologique hebdomadaire de Santé publique France (SPF), dévoilé ce vendredi 10 juillet.

“Tendance à l’augmentation”

Évidemment, le document évoque la Mayenne et sa situation de vulnérabilité, ou encore Mayotte et la Guyane. Mais même hors de ces cas isolés, l’agence de santé évoque une “tendance à l’augmentation de la circulation du virus en France métropolitaine”. Et, rappelle-t-elle, “si les augmentations observées restent à ce jour modérées, elles invitent à la plus grande vigilance”.

SPF précise qu’il est “indispensable que la population adopte rigoureusement les mesures de prévention préconisées et que chaque personne présentant des symptômes évocateurs de Covid-19 consulte un médecin, réalise un test et respecte les mesures d’isolement”.

Pour comprendre toutes ces mises en garde, il faut regarder un peu plus en détail les 32 pages de ce bilan hebdomadaire. Voici ce qu’il faut en retenir.

Plusieurs indicateurs vont dans le mauvais sens

Chez SOS Médecins, la semaine passée a vu le nombre d’actes pour suspicion de Covid-19 augmenter de 41%. Une hausse encore plus importante chez les enfants de moins de 15 ans (397 contre 235 actes, soit 69% d’augmentation), qui “peut s’expliquer par la reprise de l’école”, estime SPF.

SPF
Les chiffres hebdomadaires sur le coronavirus de Santé Publique France permettent de comprendre les messages d’alertes du gouvernement
Du 28 juin au 4 juillet, le nombre de patients testés en France métropolitaine a augmenté de 26% par rapport à la semaine précédente, comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous.
SPF
Les chiffres hebdomadaires sur le coronavirus de Santé Publique France permettent de comprendre les messages d’alertes du gouvernement
Et le nombre de cas confirmé augmente lui aussi depuis le 8 juin, notamment à cause de la situation en Guyane. Mais sur la dernière semaine, une hausse de 14% s’est également dessinée en France métropolitaine, “en partie liée à une augmentation des cas en Mayenne”. 

Le “R effectif” supérieur à 1

Autre indicateur en hausse, le fameux “R effectif” ou Re. Le R0 calcule le nombre théorique de personnes qu’un infecté contamine en moyenne (il est autour de 3 selon différentes études). Ce chiffre est utile pour savoir si un virus a un potentiel de transmission important.

Mais il a ses limites: ce sont les fameux gestes barrière. Car si l’on ne donne plus l’occasion au virus de se propager, l’épidémie ne peut pas continuer. Le Re ou Rt calcule justement le nombre moyen de personnes contaminées en temps réel par un infecté, en prenant en compte l’impact des mesures prises en place par les gouvernements. S’il est inférieur à 1, l’épidémie recule. Sinon, elle progresse, plus ou moins vite.

Ici aussi, les nouvelles ne sont pas spécialement bonnes: il est passé de 0,90 à 1,05. Ce n’est pas beaucoup plus, mais 1 est un seuil en dessous duquel il est préférable de rester.

Le R effectif est notamment significativement supérieur à 1 dans les Pays de la Loire (1,52, dû en grande partie à la Mayenne), mais aussi en Paca (1,24) et en Nouvelle-Aquitaine (1,32), deux régions très touristiques.

Des clusters différents

Le nombre de nouveaux foyers reste stable en moyenne sur les cinq dernières semaines, mais leur origine a changé. “Les clusters en cours d’investigation sont principalement survenus dans des entreprises, des milieux familiaux élargis ou des établissements sociaux”, note SPF.

Les deux premières catégories n’étaient pas autant représentés par le passé, signe que le virus se déconfine. Cela mérite une “vigilance particulière”, car ces épisodes dans des milieux familiaux ou amicaux “sont susceptibles d’augmenter au cours de la période estivale”.

À noter également: deux diffusions communautaires sont à noter en métropole, dans les Pays de la Loire et en Normandie. Cela veut dire que des personnes d’un cluster identifié ont propagé la maladie au-delà de celui-ci. Ce genre de chose est à éviter car le risque est grand de voir l’épidémie se répandre de manière incontrôlée.

Pas assez de dépistages

En dehors de ces signaux faibles, mais cumulatifs, il y a deux éléments qui inquiètent Santé Publique France (et les autorités de santé en général), car ils peuvent faire craindre que la tendance va s’accélérer. Voire que l’épidémie se répand en sous-marin.

En effet, depuis le 30 mars, SPF, en partenariat avec l’Inserm, sonde régulièrement des milliers de personnes sur plusieurs sujets. Ainsi, des milliers de personnes ont déjà rempli un questionnaire expliquant s’ils ont eu des symptômes liés au Covid-19 via le site Covidnet. La proportion de personnes est stable depuis le déconfinement, donc le problème n’est pas là.

Ce qui inquiète SPF, c’est un chiffre étonnant, mais à prendre avec des pincettes: seuls 12% des personnes ayant eu des symptômes ont effectivement été testées. Comment est-ce possible? D’abord, moins d’un sondé sur deux avec des symptômes correspondant au coronavirus consulte un médecin. Ensuite, seuls 39% de ceux qui consultent reçoivent une prescription pour un test. Enfin, 29% de ceux ayant une ordonnance ne font finalement pas le test.

Des résultats à interpréter avec précaution. Ces questionnaires ne sont pas représentatifs de la population française. De plus, “les symptômes listés sont assez larges, avec un système de questionnaire déclaratifs” explique au HuffPost Thierry Blanchon, coordinateur de Covidnet. “Il y a surement de nombreux cas où, si la personne était vue par un médecin, celui-ci estimerait qu’il n’y a pas de suspicion de Covid-19″.

Malgré ces limites, SPF estime “cependant que le recours aux soins […] ainsi que la réalisation des tests PCR […] sont aujourd’hui très insuffisants chez les personnes symptomatiques”.

Dernier point d’inquiétude pour SPF, que nous avions remarqué dans notre sondage YouGov, les mesures de prévention faiblissent. Cette information n’est pas nouvelle, car l’organisme sonde la population via un échantillon représentatif toutes les deux semaines. Mais on voit que le fait de ne pas se serrer la main, se faire la bise ou garder ses distances continue de diminuer globalement depuis la fin du confinement.

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