Coronavirus : le gouvernement constate une « dégradation » de la situation à Paris et dans cinq grandes villes et envisage de nouvelles restrictions – Le Monde

Spread the love
Un restaurant fermé à Lyon, en mars 2020.

Une semaine après un tour de vis contesté dans plusieurs villes pour lutter contre la progression du Covid-19, dont les indicateurs se sont encore dégradés, le ministre de la santé, Olivier Véran, a dressé, jeudi 1er octobre, depuis l’hôpital Bichat à Paris, un tableau inquiétant de l’évolution de l’épidémie due au nouveau coronavirus dans plusieurs villes de France.

Le ministre de la santé a certes évoqué un « début d’embellie » de la situation à Bordeaux, Nice et Marseille, « même si (…) les niveaux de circulation du virus y restent très élevés, trop élevés et que les risques sanitaires, de surcharge hospitalière sont encore trop importants ». Olivier Véran a fait part, en revanche, d’une « dégradation » de la situation de la pandémie à Paris et dans sa petite couronne, ainsi que d’une « évolution préoccupante » dans cinq grandes métropoles : Lille, Lyon, Grenoble, Toulouse et Saint-Etienne.

Lire aussi Coronavirus : visualisez l’évolution de l’épidémie en France et dans le monde

A ce stade, Marseille et la Guadeloupe sont en « zone d’alerte maximale » depuis le 23 septembre. Les villes de Paris, Lille, Toulouse, Saint-Etienne, Rennes, Rouen, Grenoble, Montpellier avaient, elles, été classées en « zone d’alerte renforcée », en plus de Bordeaux, Lyon et Nice, qui s’y trouvaient déjà.

  • Paris pourrait basculer en zone d’alerte maximale lundi

Paris et les départements de la petite couronne pourraient passer en zone d’alerte maximale dès lundi, si la progression de l’épidémie s’y confirme, a déclaré le ministre de la santé. La capitale et sa proche banlieue ont « franchi les trois seuils qui peuvent correspondre à la zone d’alerte maximale », a déclaré M. Véran, en précisant que ces seuils avaient été franchis « depuis quelques heures » :

« Paris a franchi les trois seuils qui peuvent correspondre à la zone dite d’alerte maximale : le taux d’incidence population générale a dépassé les 250 cas pour 100 000, puisqu’il est à 263, l’incidence sur les publics fragiles est à 105 pour 100 000. La part de patients Covid en réanimation, selon qu’on prenne Paris ou Paris et la petite couronne, oscille aux alentours de 30 jusqu’à 35 %. »

Ce franchissement des seuils, observé « depuis quelques heures », doit encore être confirmé dans les prochains jours. « Si cela se confirmait, nous n’aurions pas d’autre choix que de placer Paris et la petite couronne en zone d’alerte maximale, et ce, dès lundi », a averti le ministre, en indiquant : « Nous réexaminerons les données dimanche. »

Un tel classement « supposera que les habitants de Paris et de la petite couronne réduisent temporairement leurs interactions sociales de manière drastique, en tout cas plus importante que ce qu’ils font déjà : plus de fêtes de famille, plus de soirées, fermeture totale des bars », a-t-il rappelé.

En Ile-de-France, le taux d’occupation des lits en réanimation pour les patients atteints de Covid-19 atteignait jeudi 35,3 %, au-dessus du seuil critique de 30 %, selon les derniers chiffres de l’agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France. Le taux d’incidence (nouveaux cas sur sept jours) dépassait toujours la barre des 250 pour 100 000 habitants à Paris – l’un des critères pour basculer en zone d’alerte maximale – à 263 jeudi, selon l’ARS.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Covid-19 : en Ile-de-France, la situation sanitaire continue de se dégrader
  • Evolution « préoccupante » à Lille, Lyon, Grenoble, Toulouse et Saint-Etienne

Le ministre de la santé a aussi précisé que cinq grandes villes – Lille, Grenoble, Lyon, Saint-Etienne et Toulouse – risquaient de passer en « zone d’alerte maximale » la semaine prochaine, si la tendance venait à s’aggraver :

« Presque toutes les grandes villes les plus touchées et dont les tendances observées ces derniers jours marquent une évolution préoccupante. Dans cinq métropoles, l’évolution des derniers jours reste très préoccupante, avec une dégradation à la fois des taux d’incidence en population générale et chez les publics vulnérables, mais aussi en termes de pression sur le service de réanimation. »

« Si les mesures [de restrictions déjà prises] ne produisent pas suffisamment d’effet, nous pourrions être conduits à les placer en zone d’alerte maximale la semaine prochaine », a-t-il prévenu, mais, selon lui, il « n’y a pas lieu, à date, de basculer ces métropoles en zone d’alerte maximale ».

  • Les propositions des restaurateurs vont être examinées

Le gouvernement va examiner dans les prochains jours les propositions des représentants des restaurateurs mécontents de la limitation de leurs horaires d’ouverture, voire de leur fermeture dans certaines zones comme à Marseille, en raison de l’épidémie due au nouveau coronavirus, a annoncé Olivier Véran. Si ces règles paraissent robustes et si elles étaient validées par le Haut Conseil de la santé publique (HCSP), elles pourraient s’appliquer dans les zones d’alerte maximale, a ajouté le ministre de la santé.

Dans la foulée du médiatique chef bordelais Philippe Etchebest, l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih) a appelé « tous les chefs d’entreprise et leurs salariés » à « faire du bruit » devant leur établissement, chaque vendredi, et à arborer un « signe de deuil ».

  • Concertation avec les élus locaux

Peu avant le point hebdomadaire du ministre de la santé jeudi, le premier ministre, Jean Castex, a pris les devants, en recevant à Matignon les maires et présidents de plusieurs métropoles, dont Paris, Lyon et Lille. Pour le gouvernement, il s’agit de se montrer plus à l’écoute des élus locaux et de répondre au procès en manque de concertation lancé par les élus marseillais, mécontents après la fermeture totale des restaurants et des bars dans la métropole d’Aix-Marseille-Provence. Des mesures qui ont sonné comme un premier rappel du confinement, après un été sans restrictions.

« Nous avons demandé au premier ministre, qui l’a accepté, de nous laisser quinze jours à partir de samedi dernier, c’est-à-dire encore dix jours, pour vérifier si les mesures qui avaient été prises par le gouvernement (…) portent leurs fruits » et se traduisent par une réduction de la circulation du virus, avait déclaré devant la presse la maire de Lille, Martine Aubry, avant l’intervention d’Olivier Véran. Sa ville, comme dix autres métropoles, dont Paris, est en zone d’alerte renforcée, le stade avant l’alerte maximale.

« Sauf dégradation très abrupte des indicateurs, on doit laisser un peu de temps entre les premières mesures prises la semaine dernière », comme la fermeture des bars à 22 heures et des salles de sport, « entrées en vigueur il y a quatre jours, et l’observation des effets », a-t-on déclaré dans l’entourage du premier ministre.

Les professionnels se sont tournés vers la justice pour obtenir un répit. Après des revers mercredi à Bordeaux et à Marseille, les salles de sport de Rennes ont obtenu gain de cause devant le tribunal administratif, qui a suspendu jeudi la fermeture de leurs établissements.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « On n’a peut-être pas réalisé ce qui se passait » : à Marseille, de l’insouciance estivale au retour brutal du Covid-19
  • Plus de 1 200 personnes en réanimation

Les principaux signaux de l’épidémie se maintenaient jeudi à un niveau inquiétant. Plus de 1 200 personnes atteintes du Covid-19 sont actuellement en réanimation en France, dont 135 supplémentaires sur les dernières vingt-quatre heures, selon les chiffres de Santé publique France mercredi.

Certes, le niveau est très inférieur à ceux atteints lors du pic de l’épidémie (7 000 malades en réa début avril), mais il progresse rapidement – on comptait moins de 500 cas en réanimation début septembre. Avec 12 845 nouveaux cas de Covid-19 confirmés en vingt-quatre heures, le taux de positivité des tests atteint 7,6 % contre 4 % début septembre.

  • Les « visières menton » ne sont pas des masques de protection

Les « visières menton », ces objets transparents qui ne couvrent que le bas du visage, « ne peuvent en aucun cas être considérés comme un équipement de protection, ni pour la personne porteuse ni pour les personnes qu’elle rencontre », a expliqué, jeudi, la Direction générale de la santé (DGS), qui fait partie du ministère de la santé.

Ces visières, vendues sur des sites de commerce en ligne, ont récemment fait leur apparition, alors que le port du masque est obligatoire dans les lieux clos accueillant du public, en entreprise et, dans la plupart des métropoles, en plein air.

« Il ne s’agit pas de visières, qui elles couvrent également les yeux et sont donc dans ce cadre un complément possible (et non un substitut) au masque comme le rappel le HCSP dans son avis du 13 mai 2020 », ajoute la DGS. « Le porteur de ces objets contrevient donc au port du masque dans les lieux où il est légalement obligatoire. Il s’expose donc à une amende. »

Notre sélection d’articles sur le coronavirus

Le Monde avec AFP

Leave a Reply