Coronavirus : La stratégie d’un déconfinement en trois étapes peut-elle payer ? – 20 Minutes

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Les rues de Paris, lors de ce second confinement — Louise MERESSE/SIPA
  • Emmanuel Macron a pris la parole mardi soir pour annoncer un allégement du confinement en trois phases, jusqu’au 20 janvier.
  • A partir de samedi, les commerces « non-essentiels » vont réouvrir et les déplacements seront autorisés dans la limite de 20 kilomètres. De nouvelles étapes sont prévues le 15 décembre et le 20 janvier.
  • Le but ? Endiguer l’épidémie et éviter à tout prix une troisième vague (et donc un troisième confinement).

Un déconfinement, non, mais un allégement prudent du confinement, oui. Mardi soir, lors de son allocution devant les Français, Emmanuel Macron a présenté la stratégie gouvernementale en trois étapes. Si vous pensiez retrouver sorties, bars, restaurants et fêtes du jour au lendemain, il faudra prendre votre mal en patience.

Pour endiguer l’épidémie de coronavirus et tenter d’éviter une troisième vague, le gouvernement mise sur un déconfinement progressif. Les principales étapes ? Limitation des déplacements à 20km et réouverture des commerces « non essentiels » à partir du samedi, puis couvre-feu à compter du 15 décembre, et réouverture des restaurants et salles de sport le 20 janvier.

« On a réussi à baisser les chiffres, mais ça peut reprendre de plus belle »

Et si le gouvernement a choisi de mettre en place un déconfinement progressif, c’est d’abord parce que l’épidémie circule encore très largement. La France a franchi la barre des 50.000 décès, dont 458 ces dernières 24 heures, et 9.155 nouveaux cas positifs, a indiqué Santé publique France, ce mardi. Les services de réanimation, eux, sont occupés par 4.277 patients positifs au Covid. Si les chiffres sont en baisse depuis plusieurs jours, « il nous faut poursuivre nos efforts », a déclaré Emmanuel Macron mardi soir. Le chef de l’Etat a insisté : la levée du confinement le 15 décembre interviendra seulement si la France passe sous la barre des 5.000 nouvelles contaminations par jour.

Pour le professeur Djillali Annane, chef du service de réanimation de l’hôpital Raymond Poincarré à Garches, c’est le confinement actuel qui permettra d’atteindre ces chiffres : « Si les mesures de restrictions qui sont prises pour le déconfinement ont pour but d’éviter que les chiffres ne remontent, elles ne permettront pas d’éviter de nouvelles contaminations. Passer sous la barre des 5.000 cas au 15 décembre, c’est uniquement grâce au confinement actuel. » Pour Marie-Aline Bloch, chercheuse en sciences de gestion à l’École des hautes études en santé publique et spécialiste du système de santé français, il est « sage » de déconfiner en plusieurs étapes : « On a réussi à baisser les chiffres, mais ça peut reprendre de plus belle si on lâche du lest trop vite ».

De son côté, l’épidémiologiste Catherine Hill estime qu’un déconfinement progressif n’est « pas une bonne idée » : « En mai, quand on a déconfiné, les cas étaient beaucoup moins nombreux. Là, l’épidémie circule encore plus fortement. Au printemps, il y avait 186 morts par jour en moyenne sur une semaine, là, on est à 566 en moyenne par jour sur une semaine », regrette-t-elle. Et d’ajouter : « La barre des 5.000 contaminations, c’est un très mauvais indicateur. Si on se mettait à tester n’importe qui, pas uniquement les personnes symptomatiques, on aurait beaucoup plus de cas positifs. »

« C’est le manque de traçabilité qui pourrait faire vaciller la stratégie gouvernementale »

Mais avec l’ouverture des commerces et l’assouplissement de la limite des déplacements, les cas de contamination vont-ils augmenter ? Pas sûr, estime le professeur Djillali Annane : « Il y a une progressivité [des mesures de déconfinement] identique à mai, mais avec des restrictions beaucoup plus contraignantes ».

Pour le chef de la réanimation de l’hôpital Raymond Poincaré, c’est le manque de traçabilité qui pourrait faire vaciller la stratégie gouvernementale : « On maintient l’attestation, mais il n’y a aucune traçabilité, on ne peut pas mesurer la circulation des personnes. Dans d’autres pays, il y a un QR Code, que l’on scanne à l’entrée des magasins ou des cinémas, à chaque fois que l’on sort, qui permet de quantifier, de mesurer la circulation des personnes, de voir s’il y a des zones de surdensité, et donc de risques. »

Qui dit circulation des personnes ne veut pas forcément dire circulation du virus, juge également Marie-Aline Bloch : « Permettre aux gens de sortir trois heures, dans un rayon plus large, ça représente peu de risques de contaminations supplémentaires à mon sens. Tout ce qui se passe à l’extérieur est beaucoup moins risqué qu’en intérieur. »

Si le virus ne circule pas de manière accrue dans l’espace public, il paraît difficile de demander aux Français de fêter Noël dans le jardin. Aucune jauge n’a encore été annoncée pour les retrouvailles en famille, mais Emmanuel Macron a d’ores et déjà appelé les Français à la responsabilité. « L’idée, c’est que les fêtes se déroulent à un moment où le virus circule moins. Il ne faut pas se leurrer, ça va faire augmenter les contaminations. Mais si elles se déroulent à un moment où les chiffres sont bas, on pourra continuer de contrôler l’épidémie », avance Marie-Aline Bloch.

Si le professeur Djillali Annane reconnaît qu’il y a un risque important de contamination lors des retrouvailles familiales, il se dit « favorable à cette prise de risque », sous conditions. « Les Français ont besoin d’une soupape pour pouvoir respirer un peu, mais il faut que ce soit le moins possible des “usines à Covid”, comme l’a dit Jean Castex. Oui pour les repas de famille le 24 décembre, s’il s’agit des personnes avec lesquelles on vit. Mais pour les repas avec des membres de la famille élargie, ce n’est pas une bonne idée. Ou alors, il faut envisager un test pour toute la famille », conseille le chef du service de réanimation.

« Il faut préparer les gens, à se faire vacciner »

Et la multiplication des tests, c’est l’autre point de la stratégie gouvernementale. Avec le déploiement des tests antigéniques, qui permettent de donner une réponse en quinze minutes, et la poursuite des tests PCR, le gouvernement espère isoler plus rapidement les cas positifs. « Début janvier, aucun test ne devra mettre plus de vingt-quatre heures entre la demande et son résultat », a déclaré Emmanuel Macron. Mais pour Catherine Hill, cette stratégie risque bien de ne pas porter ses fruits : « Aujourd’hui, on teste les gens quand ils sont symptomatiques, ça veut dire qu’ils contaminent les gens autour d’eux depuis plusieurs jours. Il faudrait tester tout le monde, symptômes ou pas, pour être sûr d’isoler toutes les personnes positives ».

Et avec les tests, le gouvernement mise aussi sur la vaccination à partir de fin décembre. « Nous allons organiser une campagne de vaccination rapide et massive au plus près des personnes », a annoncé le chef de l’Etat, précisant que le vaccin ne serait pas obligatoire. Mais les spécialistes préviennent, le vaccin ne sera efficace que si un certain nombre de Français se font vacciner.

« On n’a pas besoin de 100 % de la population vaccinés pour mettre fin à l’épidémie, mais il faut quand même entre 30 et 40 % pour que ça marche », estime Djillali Annane. « Il faut vacciner le plus rapidement possible la population pour endiguer l’épidémie, abonde Marie-Aline Bloch. Mais avant, il faut rassurer, préparer les gens. S’ils ne veulent pas se faire vacciner, c’est qu’ils ont peur. Il faut que le gouvernement et les industriels communiquent davantage dessus, en toute transparence. Se faire vacciner, c’est un acte citoyen, mais il faut le faire en toute connaissance de cause. »

Tests, vaccination, restrictions… Ces mesures n’empêcheront pas forcément la France de faire face à une troisième vague, estime le professeur Djillali Annane. Pour le chef de réanimation, il est « évident » qu’elle aura lieu. « La question, c’est : est-ce que cette troisième vague sera telle qu’il faudra reconfiner ? Il faut remettre à niveau les réanimations, pour qu’on puisse y faire face, qu’on n’ait pas besoin de reconfiner au motif de la saturation des services de réanimations ».

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