Coronavirus : la France a-t-elle déjà été confinée ? – Le Figaro

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Au fur et à mesure que l’épidémie de Covid-19 progresse en France, les mesures prises par le gouvernement s’intensifient. Emmanuel Macron réunissait ce lundi 16 mars un déjeuner de travail «en format conseil de Défense» pour décider de nouvelles mesures à prendre pour lutter contre l’épidémie, après la fermeture des crèches, établissements scolaires et universités, et celle de tous les lieux publics «non indispensables» à la vie de la nation.

Face à une situation qui «se dégrade» sur le front de l’épidémie, qui a fait près de 130 morts depuis fin janvier et contaminé plus de 5400 personnes à travers le territoire, Emmanuel Macron doit de nouveau faire une allocution ce lundi soir. Pour annoncer un confinement partiel ou total des Français ? L’Élysée a démenti ce lundi matin qu’il soit imminent, et la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye a qualifié de «fake news» la rumeur qui courait dimanche soir d’un confinement immédiat à l’issue du premier tour des élections municipales.

Elle a toutefois souligné que le gouvernement prendrait «toutes les mesures» permettant de «modifier en profondeur les comportements» des Français face au coronavirus. Car leur «prise de conscience» n’est pour l’heure «pas au rendez-vous», a-t-elle jugé, alors que les images de promeneurs dimanche sous un soleil radieux ont suscité de nombreuses critiques.

Le précédent de la peste marseillaise

Scène de la peste de 1720 à la Tourette (Marseille), tableau de Michel Serre Michel Serre/Wikicommons

Si un confinement total du pays était annoncé, serait-ce une première en France ? Pour l’historien Jean-Yves Le Naour, le pays n’a jamais pris une mesure d’une telle ampleur dans l’histoire récente. «La méthode ressemblerait à ce qui a été fait pour lutter contre l’épidémie de peste, notamment la dernière à Marseille en 1720», note le chercheur auprès du Figaro. Propagée à partir d’un navire en provenance de la Syrie, la maladie s’étend rapidement dans la cité où elle entraîne entre 30.000 et 40.000 décès sur 80.000 à 90.000 habitants. Elle s’est ensuite propagée à toute la Provence.

Concrètement, «les foyers de peste étaient isolés du reste de la population. On laissait ainsi mourir les malades pour protéger les autres. C’était le seul moyen, à l’époque, pour lutter contre sa propagation à l’échelle nationale. Mais, comme pour chaque confinement, il y en a toujours qui parviennent à braver l’interdiction de déplacement, et propagent la maladie dans toute la région», poursuit-il.

À la différence d’aujourd’hui, il s’agit d’une mesure très localisée à une époque où les déplacements étaient, là aussi, très restreints. Des «murs de la peste» sont ainsi mis en place autour des foyers de malades, gardés par des soldats qui avaient ordre de tirer sur tous ceux qui tentaient d’en sortir. «Il s’agissait d’une question de vie ou de mort pour le royaume», explique l’historien. Mise en quarantaine, la ville de Marseille voit la peste disparaître petit à petit à partir de 1722.

Vers un nouveau confinement ?

Depuis cet épisode célèbre, la France n’a pas mis en place de confinement généralisé. Même lors de l’épidémie de grippe espagnole, qui a fait entre 20 et 50 millions de morts entre 1918 et 1919, le pays ne s’est pas mis en quarantaine. «Premièrement, cette maladie a davantage touché l’Asie que l’Europe, contrairement à ce que laisserait à penser sa dénomination. Ensuite, la France avait un autre fléau à gérer : la guerre», note Jean-Yves Le Naour.

Près de 300 ans après l’épidémie de peste à Marseille, le Covid-19 pourrait, à son tour, entraîner le confinement d’une partie, voire de la totalité, des Français pour une période donnée.

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