Advertisements

Coronavirus, Hong Kong : les déraillements prévisibles de Monsieur Xi – Les Échos

Spread the love

Publié le 6 févr. 2020 à 16h00Mis à jour le 6 févr. 2020 à 16h35

Le coronavirus a bloqué l’économie chinoise, il a fait des centaines de morts et des milliers de malades , mais il a fait une autre victime : la crédibilité de la technostructure chinoise. Le Parti communiste chinois est opaque, mais les Chinois obéissent avec confiance pour la raison qu’il est efficace. En matière économique d’abord, puisqu’il a enrichi les Chinois en une génération, mais aussi en toutes choses publiques comme la santé. Cette efficacité constitue le socle du pouvoir, sans elle tout le système serait ébranlé.

Perversion du régime

Dans les discussions en ligne, pourtant très contrôlées, on a pu lire que des médecins de Wuhan avaient prévenu des risques dès l’apparition des premiers symptômes fin décembre, mais que la police leur a intimé l’ordre de se taire. Les responsables ont voulu garder le secret. Sept semaines ont été perdues, les 11 millions d’habitants de Wuhan auraient pu se protéger, mais l’épidémie s’est répandue dans toute la Chine et hors de Chine. Sur les réseaux sociaux, un flot de critiques, en nombre bien entendu limité à l’aune des pays démocratiques mais inédit en Chine, s’est libéré contre les autorités , celle de la ville de Wuhan d’abord, mais plus largement. Et se défaussant les uns sur les autres, les dirigeants ont ajouté au trouble et disséminé la confusion.

La dénégation de l’épidémie par les autorités conduisant à l’inaction s’explique en grande partie par la perversion du régime installée par Xi Jinping. Le président depuis 2012 a accéléré la transformation de la politique économique du pays en l’axant sur la consommation et la high-tech. C’est, malgré les turbulences de Donald Trump, un succès indéniable et impressionnant. Mais politiquement, il reprit le parti dans sa seule main en utilisant la lutte contre la corruption et il a réinstallé un pouvoir personnel qu’on n’avait plus vu depuis Mao. Il est allé jusqu’à mettre dans la Constitution « les visions de Xi Jinping » pour la Chine. En se faisant nommer « à vie » et rétablissant un ordre maoïste, Xi Jinping a changé la nature de l’extraordinaire école de sélection par le mérite qu’était le PCC depuis la prise du parti par Deng Xiaoping en 1978. Pour être promu, il est d’autres critères, notamment la naissance (les fils de), mais le mérite a permis de nommer à chaque étage de l’administration, jusqu’au sommet, des gens très compétents. La corruption était courante mais considérée comme vénielle, le principal étant que « le chat attrape la souris ».

L’obéissance a pris le dessus

Aujourd’hui, le critère de docilité est primordial et la gestion de la crise sanitaire à Wuhan a montré que les cadres obéissants ont pris le dessus, au moins dans cette ville, sur la compétence efficace. « A cause de la pression considérable mise par la lutte anticorruption, les responsables de la bureaucratie, y compris les hauts dirigeants, n’ont plus comme ligne de conduite que la préservation de leur poste. […] Ils n’agissent pas avant de savoir ce que décident les supérieurs », note l’écrivain Xu Kaizhen, (« New York Times », 4 février).

Le parti, c’est-à-dire Xi Jinping, a reconnu, lundi 3 février, que le coronavirus représentait « un test majeur » de la capacité de gouverner le pays. En effet. Mais le déraillement était prévisible, le coronavirus est le premier mais pas le dernier gros accident.

L’espoir déçu des Hong-Kongais

L’autre « accident » est Hong Kong.  Le soulèvement des jeunes chinois de l’ancienne colonie britannique n’aurait jamais pris cette ampleur sans le virage autoritaire de Xi. La reprise de la colonie par Pékin était jusque-là tolérée dans l’espoir d’une libéralisation progressive du régime « à la Deng ». Peu à peu, une prudente démocratie locale était en train de s’installer dans laquelle les Hong-Kongais pouvaient se glisser sans trop de renoncement à leurs libertés essentielles. Mais le nouveau Mao, en modifiant le système juridique de l’île à sa manière, a montré que ce n’est pas Pékin qui va se rapprocher de Hong Kong mais l’inverse. Les jeunes le refusent avec détermination et courage depuis sept mois.

Ma Guoqiang, le secrétaire du Parti communiste de Wuhan, a reconnu que les habitants de sa ville sont « un peu anxieux et un peu nerveux ». Il a dit qu’il mobilisait toutes les cellules du parti pour les réconforter. Et il s’empresse d’ajouter : « Mais le plus important réconfort vient du secrétaire général Xi Jinping. » La Chine va vers d’autres accidents.

Advertisements

Leave a Reply