Cop27. État policier frappé par la crise climatique : l’Égypte, un hôte loin de faire l’unanimité – Ouest-France

Il ne fait pas bon être militant écologiste en Égypte. En septembre, une publication de l’ONG Human Rights Watch relevait « une atmosphère générale de peur » et l’impossibilité de mener des actions indépendantes de plaidoyer et de travail de terrain.

Dans une longue enquête publiée notamment dans The Guardian, la journaliste canadienne Naomi Klein dénonce la mascarade égyptienne avec « son grand show de panneaux solaires et de pailles biodégradables » alors que le « régime emprisonne les militants et interdit la recherche ».

Un gant vert pour dissimuler une main de fer. Pendant la Cop27, il est interdit de manifester en Égypte. Le média égyptien indépendant Mada Masr, cité par Courrier International , explique ainsi que « des centaines de personnes ont été arrêtées » dans tout le pays et que les autorités ont renforcé la présence sécuritaire au Caire après un appel à manifester le 11 novembre, notamment contre le coût de la vie.

Un militant écologiste indien en a fait les frais. Ajit Rajagopal comptait marcher du Caire à Charm El-Cheikh pour sensibiliser au changement climatique. Il a été interpellé par des policiers au Caire et emprisonné pendant 24 heures.

Le cas Alaa Abdel Fattah

Des opposants, les prisons égyptiennes en sont pleines. Selon des ONG de défense des droits humains, ils sont quelque 60 000 prisonniers politiques à être toujours détenus. Parmi eux, Alaa Abdel Fattah, auteur et philosophe britannico-égyptien, surnommé l’icône de la révolution de 2011.

À l’occasion de la Cop27, quinze prix Nobels ont publié une lettre ouverte pour demander sa libération ainsi que celle de milliers de détenus politiques : « Si le monde se réunit en Égypte puis repart sans un mot pour les plus fragiles, quel espoir peuvent avoir ces prisonniers ? Si la COP27 se termine sans que personne n’ait osé parler de peur d’énerver la présidence égyptienne, alors quel est le futur qui y est négocié ? »

Le 2 avril, Alaa Abdel Fattah a entamé une grève partielle de la faim. Sa famille a annoncé qu’il cesserait de boire de l’eau le 6 novembre, jour de l’ouverture de la conférence sur le climat. Le Premier ministre britannique Rishi Sunak a promis de « soulever son cas auprès des autorités égyptiennes ».

« Du blanchiment écologique »

Pour Rami Shaath, militant palestino-égyptien incarcéré par le régime en 2019, ce sommet sur le climat est « du greenwhashing, du blanchiment écologique. L’Occident doit gérer tant de problèmes comme la guerre en Ukraine, la crise énergétique, que l’environnement passe au second plan malgré l’urgence ».

Dans le Soir, il explique qu’« il n’y avait quasiment pas d’autres villes candidates pour cette Cop27, c’est ainsi que le régime égyptien a pu l’obtenir, et il veut capitaliser sur ce sommet pour compenser son manque de légitimité ».

Lire aussi : Égypte. COP27 : face à la montée de la mer, la ville d’Alexandrie résiste pour ne pas disparaître

L’Égypte, confrontée à des risques de sécheresses accrues, à une poursuite de la montée des eaux et à l’érosion côtière, est pourtant aux premières loges du changement climatique. Elle se veut, à l’occasion de cette Cop, le porte-voix de l’Afrique, le continent le moins responsable du réchauffement climatique et le plus affecté.

Des efforts mais…

Alors, le pays donne des gages : 42 % d’électricité à partir de sources renouvelables d’ici à 2025, une campagne de nettoyage du Nil, Charm El-Cheikh promue « ville verte » où les sacs plastiques sont interdits, développement des énergies renouvelables, avec le grand parc solaire de Benban, situé dans le Sud, projets d’installations éoliennes, construction d’usines de dessalement de l’eau de mer…

Mais, dans le même temps, Abdel Fattah Al-Sissi lance plusieurs projets pharaoniques, dont celui d’une nouvelle capitale de 730 km2, sept fois Paris, en plein désert, à quelques kilomètres du Caire. « Il est indéniable que des efforts sont menés. Mais cela est à contrebalancer avec d’autres projets néfastes pour l’environnement, liés à la sururbanisation », note auprès du Monde l’architecte Ahmed Zaazaa.

Faut-il pourtant être irréprochable pour accueillir une conférence sur le climat ? Le débat n’est pas près de prendre fin. L’année prochaine, la Cop28 sera organisée… à Dubaï.

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