Convention citoyenne : Les « 150 » (un peu) déçus mais pas choqués par les trois « jokers » d’Emmanuel Macron – 20 Minutes

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Les « 150 » de la convention citoyenne réagissent au discours de Macron — 20 Minutes
  • La réponse d’Emmanuel Macron n’a pas tardé. Une semaine après la réception du rapport des 150 membres de la Convention citoyenne pour le climat, le chef de l’Etat les a reçus ce lundi à l’Elysée.
  • L’occasion de réitérer sa promesse de soumettre sans filtre les propositions qu’ils ont identifiées pour baisser nos gaz à effet de serre, soit au gouvernement, soit au parlement, soit au peuple français.
  • Toutes ? Pas tout à fait. Emmanuel Macron fait valoir trois jokers, notamment sur la proposition de réduire de 110 km/h la vitesse sur les autoroutes. Colère des 150 ? Pas vraiment.

Ils semblaient un peu impressionnés de se retrouver, ce lundi matin, à l’Elysée. En témoignent les nombreux selfies pris sur le perron du palais, puis de l’autre côté de la bâtisse, dans les Jardins de l’Elysée où les 150 citoyens de la Convention citoyenne pour le climat ont longtemps attendu Emmanuel Macron, leur hôte d’un jour.

Amusés donc, mais pas au point d’oublier l’enjeu de cet échange avec le président de la République, onze mois après avoir reçu cet étrange coup de fil leur proposant d’intégrer cette convention et neuf après avoir démarré r leur première session de travail, début octobre. Leur mission ? Identifier et débattre de solutions pour réduire de 40 %, d’ici 2030, les émissions de gaz à effet de serre de la France dans une logique de justice sociale.

« A vous de prendre le relais »

Cette mission, ils l’ont bouclée le 21 juin dernier, au terme d’un ultime week-end de travail, en remettant à  Elisabeth Borne, ministre de la Transition écologique, leur rapport final. Plus de 400 pages détaillant 149 propositions.

« C’est à vous maintenant de prendre le relais », lance Lambert Allaerd en s’adressant à Emmanuel Macron. Des six porte-paroles choisis pour présenter les neuf mois de travail de la convention, le Lillois était le dernier à prendre le micro, avec la responsabilité d’exprimer les attentes, désormais, des 150, sur ce que feront les élus politiques, de leur rapport. « Nous ne proposons pas un menu à la carte, mais un ensemble de mesures interdépendantes pour garder une planète vivable pour l’humanité » avait déjà prévenu, juste avant, Mélanie Cosnier, autre citoyenne de la convention à prendre le micro. « Nous espérons que vous serez fidèle à votre engagement de passer nos mesures sans filtres, soit directement dans la réglementation, soit au parlement », reprend Lambert Allaerd.

La convention avait aussi souhaité que des mesures soient soumises à référendum, précisément celles visant à modifier la constitution française. Sur ce volet, les 150 souhaitent qu’on y précise que la République garantit la préservation de la biodiversité, de l’environnement et lutte contre le dérèglement climatique et que soit reconnu le crime d’écocide. »

Conjuguer « ambition » et « recherche de consensus »

La réponse d’Emmanuel Macron ? Elle fut longue. Plus de quarante-cinq minutes d’un discours qui a commencé par rendre hommage au travail de ces 150 Français. « Tout dans cette aventure démocratique et humaine constitue une première mondiale, autant par son ambition que par son ampleur, rappelle Emmanuel Macron. Et votre engagement, si constant et si fort, a aussi été une première. » Le président de la République a salué aussi le souci constant de la convention de conjuguer « ambition [climatique] » et « recherche de consensus ». « Vous avez compris l’état dans lequel nos démocraties se trouvent aujourd’hui, estime-t-il. Certains disent avoir pris une claque lors de cette convention, avoir découvert l’urgence, mais vous avez tous compris le fait qu’on ne peut pas répondre à cette urgence en divisant, en opposant, en culpabilisant. » « C’est parfois l’erreur [oublier la recherche du consensus, NDLR] que nous avons faite, moi le premier, poursuit en tout cas Emmanuel Macron. On ne peut y arriver qu’en embarquant l’ensemble de nos concitoyens. »

Au final, Emmanuel Macron se dit d’accord avec de nombreuses propositions du rapport et n’est pas revenu sur sa promesse. Du moins, pas totalement. « Je vous confirme que j’irai au bout de ce contrat moral qui nous lie, en transmettant effectivement la totalité de vos propositions », assure-t-il devant les 150.

Emmanuel Macron fait valoir trois « jokers »

Toutes ? Pas tout à fait. Emmanuel Macron fait valoir trois jokers. Le premier véto porte sur la proposition de taxer de 4 % les dividendes dans les entreprises qui en distribuent plus de 10 millions annuels pour financer la transition écologique. « Ce serait réduire notre chance d’attirer des investissements supplémentaires », a justifié le président. Joker aussi sur la  proposition de réduire à 110 km /h la vitesse sur l’autoroute, qui a d’ores et déjà fait beaucoup couler d’encre. « Il faut reporter ce débat, juge Emmanuel Macron qui craint que cette mesure enclave un peu plus des régions et communes et fasse occulter complètement le reste du rapport. Enfin, Emmanuel Macron s’oppose aussi à la modification du préambule de la consititution souhaitée par la convention. « Elle menace de placer la protection de l’environnement au-dessus des libertés publiques, estime-t-il. Ce serait contraire à notre texte constitutionnel, à l’esprit de nos valeurs. »

Pour le reste, Emmanuel Macron a promis que les mesures qui relèvent du champ réglementaire, seront abordées lors d’un prochain conseil de défense écologique d’ici fin juillet. D’autres seront intégrées au plan de relance économique et social que doit détailler Emmanuel Macron début juillet. Enfin, « un projet de loi spécifique sera présenté d’ici la fin de l’été et intégrera l’ensemble de vos mesures qui relève du champ législatif et qu’il faudra finaliser dans les prochaines semaines, poursuit le président de la République. Le chef de l’État s’est aussi engagé à ouvrir au moins un référendum. « D’ici à 2021 », précise-t-il. Et il portera sur l’introduction des notions de « biodiversité, d’environnement, de lutte contre le réchauffement climatique » dans l’article 1er de la Constitution.

L’éventualité d’un référendum si ça ne va pas assez vite

Quoi qu’il en soit, les 150 membres de la Convention citoyenne seront étroitement associés aux élus dans le travail de reprise de leurs 146 propositions [si on enlève les trois fameux jokers]. C’est l’autre promesse martelée par Emmanuel Macron ce lundi matin : celle d’impliquer à toutes les étapes de la discussion les membres de la convention dans le suivi de leur rapport. Le président leur donne même « un droit d’alerte », « si un blocage vous semble incompréhensible ou si quelque chose vous semble ne pas être suffisamment ambitieux ».

Et si ça ne va pas assez vite, le chef de l’État a ouvert la voie à un deuxième possible référendum, « dès 2021 », sur la base de l’article 11 de la Constitution, et qui viseraient à soumettre aux Français d’autres mesures de la convention, même s’il n’a pas précisé ce lundi lesquelles.

Dommage sur les 110 km/h sur l’autoroute ?

De quoi rassurer et contenter les 150 ? A l’heure du cocktail d’après discours, les avis étaient partagés. Lambert Allaerd gardait en travers de la gorge le rejet de la proposition de limiter la vitesse à 110 km/h sur l’autoroute. « Pour réussir la transition écologique, il va falloir lever le pied, au sens propre comme au figuré et cette mesure en était un symbole », glisse-t-il, tout en estimant qu’il valait mieux reporter en effet ce débat, tant cette proposition cristallisait les débats. « Je peux comprendre aussi l’argument avancé pour rejeter la taxe de 4 % sur les dividendes, mais ça reste frustrant, il ne faut pas que ce soit toujours aux mêmes de payer. » Là encore, Lambert Allaerd espère que la question est juste remise à plus tard et pas totalement abandonnée.

Un peu plus loin, le Rennais Grégory Olivier Dos Santos, fulminait aussi. « Ma déception remonte déjà à dimanche dernier dans la mesure où l’on nous a fait comprendre que très peu de nos propositions seraient soumises à référendum, dit-il. C’est dommage, car beaucoup le méritaient et pas seulement celles concernant la réforme de la constitution. Il fallait même aller au référendum sur la question des 110 km/h sur l’autoroute. On aurait eu un vrai débat. »

Rendez-vous en septembre

Mélanie, des Hauts-de-Seine, préfère voir le verre à moitié plein. « Certes, il a retoqué trois propositions mais celles-ci étaient en effet clivantes au sein de la convention, indique la première. Si les 146 autres passent ou vont pouvoir continuer à être travaillées, c’est très gratifiant pour nous. » C’est aussi ce que retient Jean-Luc Verdière. « Je comprends les trois « jokers », y compris concernant la taxe sur les dividendes que je soutenais, raconte-t-il. C’est tout le travail que nous avons appris pendant la convention : comprendre les autres et leurs différences de points de vue. Sans doute nous n’avons pas vu tous les impacts de cette proposition. »

Sur les 146 autres mesures, ce Picard se dit « plein d’espoir » sur la façon dont elles seront reprises par l’exécutif et le parlement. En tout cas, il entend rester attentif, comme les 120 autres membres de la convention qui ont d’ores et déjà adhéré à l’association « Les 150 » créée pour suivre dans le temps la suite donnée à leur rapport. Mélanie a déjà coché une date : « En septembre est prévue la réponse des 150 citoyens au président », rappelle-t-elle. A cette date, on saura déjà un peu plus si les promesses du discours d’Emmanuel Macron, ce lundi matin, ont été tenues.

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