Contrat JEDI : Microsoft, Amazon et Washington se rejettent la faute

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Contrat JEDI : Microsoft, Amazon et Washington se rejettent la faute

Le couperet est finalement tombé pour le contrat JEDI. Après des années de marathon judiciaire mettant aux prises les autorités américaines, Amazon et Microsoft, Washington a tranché en enterrant purement et simplement ce mégacontrat d’une valeur de 10 milliards de dollars, dont l’objectif était de moderniser les opérations informatiques du Pentagone au cours des 10 prochaines années. Un enterrement de première classe qui n’a pas manqué de faire réagir l’ensemble des belligérants.

Du point de vue du ministère américain de la Défense, la résiliation du contrat JEDI doit surtout à « l’évolution des exigences, à l’augmentation de la conversion au cloud et aux progrès de l’industrie ». Traduction : à force de traîner devant les tribunaux, le projet JEDI initial était en train de devenir de plus en plus obsolète.

« Le contrat JEDI a été développé à une époque où les besoins du ministère étaient différents, et où la technologie des fournisseurs de services de communication et notre conversation au cloud étaient moins matures », fait ainsi savoir John Sherman, chef de l’information par intérim du ministère américain de la Défense. Et de rappeler que les autorités viennent de lancer le chantier d’un nouveau mégacontrat – d’une valeur plus modeste – pour renforcer ses capacités dans le cloud au cours des deux à cinq années prochaines.

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Microsoft nie toute responsabilité

« A la lumière de nouvelles initiatives comme JADC2 et AI and Data Acceleration (ADA), l’évolution de l’écosystème du cloud au sein du ministère, et les changements dans les exigences des utilisateurs pour exploiter plusieurs environnements cloud afin d’exécuter nos missions, notre paysage a progressé et une nouvelle voie se justifie pour atteindre la domination dans les domaines de combat traditionnels et non traditionnels. », explique-t-on du côté de Washington.

Microsoft a réagi dans un billet de blog, affirmant comprendre la décision du ministère. Pour le géant américain, « la sécurité des Etats-Unis est plus importante que n’importe quel contrat ». Passée la pommade, la firme de Redmond nie toutefois toute responsabilité dans le naufrage du contrat JEDI, en rejetant la faute sur le cadre mis en place pour les contestations de contrats, qui a permis à Amazon de retarder le contrat pendant près de deux ans.

« Les 20 mois qui se sont écoulés depuis que le ministère de la Défense a sélectionné Microsoft comme partenaire pour le contrat JEDI mettent en lumière des problèmes qui méritent l’attention des décideurs politiques : lorsqu’une entreprise peut retarder, pendant des années, des mises à niveau technologiques essentielles pour ceux qui défendent notre nation, le processus de protestation doit être réformé », estime ainsi la direction de Microsoft.

Et de rappeler qu’« Amazon a déposé sa contestation en novembre 2019, et que cette affaire aurait dû prendre au moins un an de plus pour être plaidée et aboutir à une décision, avec des appels potentiels par la suite ».

Amazon prend acte

De son côté, Amazon a également réagi à cette décision, affichant sans surprise son accord, et se réjouissant de faire partie des efforts de modernisation du ministère américain de la Défense. Faisant écho aux prémisses de son procès de contestation, le géant du e-commerce et du cloud ajoute que le contrat avait été attribué à Microsoft « non pas sur la base du mérite de ses propositions, mais à la suite d’une influence extérieure qui n’a pas sa place dans les marchés publics ».

Rappelons en effet que l’attribution en octobre 2019 du contrat JEDI à Microsoft, à la surprise générale, avait fait plus que simplement grincer les dents du côté de l’état-major d’Amazon. La direction de la branche cloud du géant de la vente en ligne avait rapidement riposté en déposant une plainte devant la justice américaine pour dénoncer cette décision, y voyant le résultat d’un parti pris de la part de l’administration Trump.

Peu après, Amazon Web Services (AWS) a déposé une plainte, affirmant que l’ingérence du président de l’époque, Donald Trump, avait joué un rôle important dans cette victoire. En septembre 2020, les autorités américaines avaient toutefois maintenu leur choix, rallongeant encore la procédure pour entériner le lancement du contrat JEDI.

Le retour du JEDI

La bataille n’est toutefois pas finie. Comme l’ont indiqué les autorités américaines, feu le contrat JEDI sera finalement remplacé un nouveau contrat, connu sous le nom de Joint Warfighter Cloud Capability, qui devrait mettre en scène les mêmes protagonistes. Le Pentagone a indiqué vouloir solliciter en priorité des propositions auprès d’Amazon et de Microsoft pour ce contrat, tout en laissant la porte ouverte à d’autres acteurs.

Washington explique que son futur fournisseur de cloud devra répondre à plusieurs critères, comme travailler sur les trois niveaux de classification, être disponible dans le monde entier et avoir des contrôles de cybersécurité de premier ordre. La valeur du futur contrat devrait avoisiner plusieurs milliards de dollars. Ce contrat devrait également avoir une durée maximale de cinq ans, dont une période de base de trois ans et deux périodes d’option d’un an, loin des ambitions portées par le contrat JEDI original.

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