Contact tracing : le bluetooth pourrait mal fonctionner dans un environnement urbain

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Contact tracing : le bluetooth pourrait mal fonctionner dans un environnement urbain

La saga concernant l’application de contact tracing du NHS est encore loin de son dénouement. Fiona Twycross, adjointe au maire à Londres, a remis en question la capacité de cette technologie à fonctionner de manière fiable dans des environnements urbains très fréquentés, précisant qu’elle ne s’attendait pas à ce que l’application soit prête avant l’automne.

Initialement prévue pour être lancée à l’échelle nationale à la fin du mois de mai – à la même période que StopCovid en France – l’application a subi une série de retards et n’a pas pu être lancée comme prévu le 1er juin. Le gouvernement britannique n’a pas encore proposé de nouvelle date de lancement.

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L’application actuellement en test

Un ministre a récemment annoncé que la technologie serait prête ce mois-ci, tandis que le porte-parole du ministère de la santé et des services sociaux (DHSC) interrogé par ZDNet s’est contenté de répondre que l’outil serait « bientôt » déployé à l’échelle nationale.

Cette technologie de recherche des contacts est actuellement testée sur l’île de Wight, où elle a été téléchargée par 54 000 habitants. Mais lors d’une assemblée à Londres, Fiona Twycross a expliqué que même si l’application fonctionnait sur l’île, cela ne signifierait pas forcément le même résultat dans différents contextes.

« Il faut que ce soit bien fait », exhorte l’adjointe au maire. « Nous pouvons tous imaginer ce qui se passerait dans le cadre d’une grande tour, lorsque vous vous fiez à la technologie bluetooth : il est possible que les relevés obtenus soient inexacts, ou bien que des personnes n’ayant pas été en contact avec d’autres entendent qu’elles ont été en contact avec elles. »

Le bluetooth plutôt que la géolocalisation

Le bluetooth est utilisé comme épine dorsale des applications de contact tracing, afin de permettre aux smartphones de capter les signaux de proximité et d’enregistrer anonymement qu’ils se sont approchés d’autres appareils. Si une personne est infectée, les utilisateurs concernés inscrits à l’application sont alertés et se voient conseillés de rentrer chez eux et de s’isoler.

Contrairement au GPS ou au Wi-Fi, les signaux bluetooth ne font que suivre les appareils qui ont été proches les uns des autres, plutôt que la localisation réelle des utilisateurs. Cette technologie a donc été présentée comme une solution plus respectueuse de la vie privée.

Les experts ont toutefois averti que la technologie ne parviendra pas à identifier les contacts significatifs entre les utilisateurs. Lorsqu’il s’agit d’estimer la distance, la puissance du signal bluetooth manque de précision, ce qui signifie que les applications de recherche de contacts basées sur le bluetooth pourraient signaler des interactions qui ne comportent pas de risque.

L’imprécision du bluetooth

Une étude récente, publiée par le Trinity College de Dublin, a montré que la puissance du signal varie en fonction de nombreux facteurs, notamment la façon dont l’appareil est tenu, s’il est placé dans un sac à main ou une poche, ou s’il est à l’intérieur ou à l’extérieur. En outre, le bluetooth ne capte pas les murs et les fenêtres – alors même que ces derniers empêchent le virus de se propager.

Dans le cas d’une tour d’habitations dans une grande ville, l’application peut capter le signal provenant d’un appareil situé dans un appartement voisin ou à un autre étage. Cela pourrait alors déclencher une avalanche de faux positifs, avertissant les utilisateurs de s’isoler, même s’il n’y a pas de risque d’infection.

Aidan Fitzpatrick, PDG de la société de données Reincubate, qui a étudié le fonctionnement de l’application, explique à ZDNet que le « bluetooth ne peut pas estimer efficacement les barrières ou les boucliers. Si on prend des chambres adjacentes séparées par un mur en Placoplâtre, elles partagent une excellente connexion bluetooth. Il y aura alors obtenir des faux positifs dans ces cas ».

Aucun résultat officiel suivant les essais menés

Pour l’instant, aucun résultat officiel concernant les essais du contact tracing sur l’île de Wight n’a été publié. Interrogé sur les raisons du report constant de la date de lancement national de cette technologie, le ministre de la santé Matt Hancock affirme que l’application fonctionne et que les retards ne sont pas dus à des « soucis techniques ».

En même temps, la presse indique que la principale raison pour laquelle l’initiative n’a pas encore été déployée au niveau national se résume aux problèmes causés par les signaux bluetooth.

Ross Anderson, professeur d’ingénierie de la sécurité à l’université de Cambridge, qui fait partie d’un groupe de personnes consultées par le NHS sur la confidentialité et la sécurité des applications de recherche de contacts, confirme à ZDNet que le risque de ces applications est de créer beaucoup trop de faux positifs : « le problème est intrinsèque au bluetooth. Il y a une tonne de variables. Donc, oui, si vous vivez avec 80 autres personnes dans une tour, le bluetooth ne verra pas la différence ».

Le contact tracing se développe en Europe et dans le monde

Plusieurs pays européens ont déjà lancé leur propre version de l’outil. Certaines de ces applications ont été développées par le pays, comme c’est le cas de StopCovid et de la future application britannique, tandis que d’autres sont basées sur l’API proposée conjointement par Google et Apple, qui exploite également les signaux bluetooth.

« Quel que soit le cadre utilisé, celui de Google et Apple ou celui du NHSX, le problème est le même puisqu’il vient du bluetooth. La question n’est pas de savoir quel framework utiliser, mais si le contact tracing est vraiment une solution pertinente », interroge Aidan Fitzpatrick.

Les niveaux d’utilisation restant assez faibles pour l’instant, difficile d’évaluer le succès de ces outils basés sur le bluetooth. A Singapour par exemple, seul un cinquième de la population a adopté l’application nationale TraceTogether, disponible depuis plusieurs mois. En France, seuls 2 % de la population ont téléchargé StopCovid depuis le 3 juin, date du lancement de l’application.

Source : ZDNet.com

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