Congé après la mort d’un enfant: l’Assemblée donne de la voix, Pénicaud et LaREM haussent le ton – BFMTV.COM

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Ce devait être un texte de consensus, un élan naturel portant les députés à adoucir, ensemble, l’existence des parents endeuillés. Au lieu de quoi, quelques jours après que la majorité composée par La République en marche et le MoDem a retoqué l’allongement de cinq à douze jours du congé disponible en pareil cas, que Muriel Pénicaud a craint que la disposition soit “payée à 100% par l’entreprise”, qu’une parlementaire a raillé la “générosité à bon prix” de la proposition initiale, c’est dans un Hémicycle chauffé à blanc que gouvernement et représentants ont pris place ce mardi après-midi. 

Pénicaud répond sous les huées

Si la ministre du Travail avait reconnu une “erreur” samedi, peu après qu’Emmanuel Macron avait demandé à son exécutif comme aux députés de faire preuve d'”humanité”, elle a été interpellée sur ses positions passées lors de cette séance de questions au gouvernement. Après que le député Pierre Cordier, apparenté aux Républicains, a abordé le sujet, Muriel Pénicaud a ainsi répondu, sous les huées:

“La proposition de loi soulevait une vraie question, celle de la situation dramatique et sans équivalent de la perte d’un enfant. Je pense que l’intégralité des parlementaires et des membres du gouvernement seront d’accord pour dire qu’il n’y a pas pire perte, ni pire drame dans la vie que de perdre son enfant”, a-t-elle commencé. “La réponse apportée à l’Assemblée nationale en séance et en commission a permis une amélioration par rapport à l’existant”, a-t-elle soutenu, citant la possibilité pour les salariés de céder leurs RTT à leurs collègues frappés par une telle tragédie. “Mais face à cette tragédie, nous souhaitons tous aller plus loin”, a-t-elle ajouté.

Plus tard, elle a indiqué quelques pistes:

“Est-ce que le congé de deuil devrait concerner les salariés du privé mais aussi les fonctionnaires et indépendants? Comment fait-on en sorte qu’il n’y ait pas interruption brutale des allocations familiales? Il faut en discuter avec les acteurs. Nous allons en discuter avec les associations, les parlementaires. Pour que nous puissions avancer, aujourd’hui, nous ne devons pas penser à crier, mais penser surtout aux parents. Et là, nous devrions nous retrouver”. 

La colère de Bruno Bonnell

Dans l’intervalle, et tandis que l’opposition, ulcérée qu’elle soit de gauche ou de droite par l’attitude du gouvernement la semaine dernière sur cette question, continuait à donner de la voix, Bruno Bonnell, député LaREM élu dans le Rhône, loin de faire profil bas, s’était mis à tonner contre les “censeurs du clavier et du micro”.

“Qui peut s’arroger le privilège de l’humanité? (…) Cessez de faire croire qu’il y a 37 cœurs à abattre et qu’ils sont tous d’une majorité cynique et bornée (le nombre de députés de la majorité ayant rejeté la prolongation du congé parental, NDLR). Réveillez-vous, réveillons-nous. Nous parlons de la douleur absolue. Perdre son enfant, c’est perdre son avenir, sa projection dans l’avenir. On ne met pas cinq, ou douze jours pour se reconstruire, on met toute une vie”, a-t-il lancé, précisant être “un de ceux qui l’ont vécu”. “Légiférer sur quelques jours n’est pas le sujet, c’est même incongru”, a-t-il encore prolongé. 

Pour Guy Bricout, il s’agit de “prouver la générosité nationale” 

C’était cependant le sujet de Guy Bricout, député UDI élu dans le Nord, qui avait proposé de hausser à douze jours le congé parental en cas de mort d’un enfant. Et c’est quant à lui au milieu d’une ovation qu’il s’est levé, ce mardi après-midi, pour prendre la parole au sein du Palais-Bourbon. “C’est aux yeux des parents une bonne proposition pour prouver la générosité nationale. La proposition de notre groupe a trouvé depuis un écho favorable, retentissant. Nous ne souhaitons pas que cette proposition continue à nourrir les polémiques politiciennes, comme on en a entendu y compris de ceux qui n’étaient pas là pour voter”, a-t-il posé en préambule. “Nous voulons en revanche générer une prise de conscience et un élan de générosité pour les parents confrontés à la pire des détresses, c’est là l’essentiel. C’est à eux que nous pensons”, a poursuivi Guy Bricout.

“Le sort d’abord réservé à cette mesure de bon sens nous a surpris. Le président de la République et le gouvernement ont dit que c’était une erreur et ont proposé de la corriger, merci. En démocratie, reconnaître ses erreurs est sain. Nous souhaitons enfin avancer dans la bonne direction et répondre à l’émotion par l’action”, a-t-il affirmé avant d’achever, salué par ses collègues debout pour l’applaudir: “Ce combat est devenu mon combat personnel. Il est devenu depuis, j’en suis sûr, celui de tous les groupes ici réunis.”

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