Confinement en Martinique : une “course contre la montre” s’est engagée pour soigner des patients de plus en p – franceinfo

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C’est le retour du confinement sur l’île aux fleurs, pour trois semaines à compter du samedi 31 juillet. La Martinique, qui est en état d’urgence depuis le 13 juillet, redoute désormais une quatrième vague de Covid-19 meurtrière. “En dix jours, nous sommes passés de deux patients Covid à 20 nouveaux patients par jour”, s’inquiète le professeur François Roques, chirurgien cardiaque au sein du CHU de Martinique et président de la Commission médicale de l’établissement, contacté par franceinfo. “Nous sommes le département le plus touché avec un taux d’incidence à pratiquement 1 000 cas pour 100 000 habitants”, déclare-t-il.

Face à ce fort rebond épidémique, le CHU, qui regroupe sept hôpitaux sur l’île dont l’hôpital Pierre Zobda-Quitman, avec l’appui de l’Agence régionale de santé de Martinique, a lancé un appel à renforts auprès de tous les professionnels de santé, qu’ils soient retraités, en libéral ou militaires.

Jusqu’à présent, les Martiniquais ont été plutôt épargnés par les trois premières vagues, grâce notamment à un confinement déclaré plus précocement que dans l’Hexagone. Depuis le début de l’épidémie, 94 Martiniquais sont morts, rapporte l’ARS. Mais cette quatrième vague s’annonce “extrêmement inquiétante” pour l’île si rien n’est fait rapidement, selon le professeur François Roques. “Nous ne partons pas bien dans cette vague, constate-t-il. Avec le variant Delta, la faible immunisation au cours des trois précédentes vagues et le faible taux de vaccination, c’est une course contre la montre qui s’engage et qui va durer quelques mois.”

Il y a encore quelques semaines, “le nombre de cas positifs tournait autour de quelques centaines”, précise le directeur général adjoint de l’Agence régionale de santé, Olivier Coudin, à franceinfo. Mais la donne a changé il y a quinze jours. “Nous sommes passés à 1 000 cas positifs puis à 3 757 cas la semaine dernière”, s’inquiète-t-il. En cause ? Notamment le retour de Martiniquais qui étaient partis passer des vacances dans leurs familles dans l’Hexagone, combiné à une floraison de moments festifs en cette période estivale.

Malgré des mesures restrictives récemment mises en place par la préfecture, dont le retour du couvre-feu, qui sera avancé à 19 heures dès samedi, les effets peinent à se faire sentir. “D’habitude, nous commençons à les percevoir au bout d’une dizaine de jours mais là, le taux d’incidence ne cesse d’augmenter”, remarque François Roques.

“Le public admis en réanimation est jeune et cela nous inquiète. La conséquence est que dans une quinzaine de jours nous allons voir arriver une forte contamination familiale, avec des personnes plus âgées qui ne sont pas vaccinées.”

professeur François Roques, du CHU de Martinique

à franceinfo

Selon les derniers chiffres donnés par le directeur général adjoint de l’ARS, 128 patients Covid sont hospitalisés, dont 27 en réanimation, à la date du 28 juillet. Parmi eux, sept ont moins de 30 ans, trois moins de 40 ans et “aucun d’entre eux n’est vacciné”, précise le professeur François Roques. 

Et le nombre d’hospitalisés pour Covid-19 ne cesse d’augmenter. “Début juillet, il y avait 11 lits de médecine Covid ouverts, décrit le directeur général adjoint de l’ARS. Aujourd’hui, il y en 142 d’ouverts au prix d’intenses efforts.” La bascule dans une contamination galopante du virus s’est faite le 23 juillet, selon Olivier Coudin. “Le lendemain, un deuxième service d’urgence uniquement dédié aux patients Covid s’est ouvert au CHU. Nous n’avions jamais eu à le faire lors des trois précédentes vagues”, témoigne-t-il. 

A bout de souffle après 16 mois de lutte contre le virus, le personnel hospitalier “déjà en sous-effectif en temps normal” peine à faire face devant le nombre croissant de malades. Pourtant, le CHU bénéficie de la solidarité nationale grâce à la réserve sanitaire, qui a été rapidement déployée face à “ce besoin imprévu”, souligne le directeur adjoint de l’ARS.

Cette réserve sanitaire doit être renouvelée à la fin de la première semaine d’août avec l’arrivée d’une trentaine de soignants mais “les trois médecins réservistes ne seront apparemment pas remplacés”, regrette le professeur François Roques, qui déplore une aide sous-calibrée. Mais il comprend également que la situation s’aggrave sur l’Hexagone. “Nous allons avoir le recours de l’armée qui va prendre en charge une unité de réanimation, début août. Mais une cinquantaine de soignants et une dizaine de médecins, ça nous permettrait de faire face à la pandémie de Covid et d’assurer la permanence des soins”, estime-t-il. 

Submergé, le CHU est contraint de déprogrammer certains soins en chirurgie cardiaque et en oncologie, entre autres. Les blocs opératoires n’assurent plus que les urgences qui ne peuvent être différées et “170 malades ont été placés dans d’autres structures sanitaires de l’île et deux patients Covid ont déjà été transférés à Paris”, précise le directeur adjoint de l’ARS.

Au centre hospitalier, on redoute des conséquences en cascade et une éventuelle priorisation des malades. “Les patients de maladies chroniques vont être moins bien soignés, avec des prises en charge plus tardives, anticipe le professeur François Roques. Ajoutez à cela une traumatologie routière plus importante en période estivale et des ‘patients Covid’ plus nombreux, les trois ensemble cela fait beaucoup pour nos services.”  

Au-delà de la forte contagiosité du variant Delta, c’est le faible nombre de personnes vaccinées qui inquiète les médecins et professeurs au CHU. “Cette pandémie est devenue une pandémie de non-vaccinés”, affirme le professeur François Roques. Seulement 16,14% de la population, soit 52 234 personnes, ont reçu un schéma vaccinal complet à la date du 25 juillet, indique l’ARS. 

Dans l’Hexagone, la barre des 50% de personnes ayant un schéma vaccinal complet a été passée le 27 juillet, sachant qu’il faudrait que 90% de la population adulte soit vaccinée pour atteindre l’immunité collective et enrayer l’épidémie. Un taux difficilement atteignable rapidement sur l’île. 

“De manière générale, nous sommes sur un territoire de vaccino-sceptiques. Pour tout ce qui concerne les vaccins non obligatoires, nous avons l’un des taux de vaccination les plus faibles de France.”

Olivier Coudin, ARS de Martinique

à franceinfo

Afin de comprendre cette réticence locale à la vaccination contre le Covid-19, l’ARS a lancé une enquête, en parallèle de celle du ministère de la Santé débutée le 19 juillet et dont les résultats seront connus fin août.

Pour le directeur général adjoint de l’ARS, ce n’est pas dû à un problème d’approvisionnement de doses ni à un problème d’accessibilité à l’un des sept centres de vaccination ouverts sur l’île mais à une mauvaise perception du virus. Une analyse partagée par le professeur François Roques. “Les Martiniquais ont été peu touchés par l’effroi de perdre quelqu’un du Covid et ils ont le sentiment qu’ils peuvent s’accommoder du virus, analyse Olivier Coudin. Combinez à cela le fait que les gens ont plus confiance en la pharmacopée locale et dans la médecine douce et que, d’une façon générale, ils ont une défiance vis-à-vis de la parole publique, et vous avez des gens qui ne se vaccinent pas.”  

A cet ensemble d’explications s’ajoute le manque d’harmonisation dans la communication du personnel soignant. “Il y a eu énormément de désinformation sur les réseaux sociaux de la part de collègues médecins qui sont anti-vaccin”, regrette le professeur François Roques. 

Ce dernier, entouré d’un collectif de 13 autres médecins et professeurs du CHU, a décidé d’agir en publiant une lettre ouverte (PDF) destinée à la population afin qu’elle arrête de donner du crédit “à un déferlement d’informations contradictoires”. “Nous avons tous pris notre bâton de pèlerin pour faire ce travail de pédagogie auprès de la population, détaille le professeur. Nous avons également approché des influenceurs locaux sur les réseaux sociaux et les autorités morales qui sont écoutées en Martinique.”

De son côté, l’ARS réfléchit à mettre en place une émission avec les médecins du CHU et les médias locaux pour sensibiliser rapidement un maximum de personnes. 

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