Commission d’enquête Covid-19: pour Jean-Christophe Lagarde, “on se fout de notre gueule” – Le HuffPost

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AFP
“On ne tirera pas de vérité”, ce député désabusé dresse un premier bilan de la commission Covid
POLITIQUE – “Je suis frustré, et je crains que ce soit le Sénat qui fasse le boulot.” Jean-Christophe Lagarde apprécie peu la tournure des événements à l’Assemblée nationale. Le président de l’UDI estime, après les auditions d’Agnès Buzyn et de Jérôme Salomon notamment, que la commission d’enquête de la chambre basse sur la gestion de l’épidémie de coronavirus ne mènera nulle part. 

Le but originel des députés? Faire la lumière sur d’éventuels dysfonctionnements dans l’administration et les ministères pour que la France soit mieux préparée à affronter d’éventuelles nouvelles pandémies. Mais force est de constater que les élus ont bien du mal à obtenir satisfaction depuis le 16 juin et le début des auditions.

Entre un directeur général de la Santé qui élude les questions trop gênantes et une ancienne ministre qui se défausse de toute responsabilité dans la gestion des stocks de masques… les éclaircissements réclamés se font attendre et le flou demeure sur les responsabilités de chacun. “On se fout de notre gueule”, tonne à ce propos Jean-Christophe Lagarde.

“Je pense qu’on travaille mal. Une commission d’enquête ne procède pas comme cela, ça ne doit pas partir dans tous les sens”, explique d’emblée le député centriste au HuffPost, pour qui la première difficulté des élus se trouve dans l’organisation des débats. 

“On leur permet de ne pas répondre”

“Nous aurions dû travailler ensemble, en amont pour préparer les différents thèmes. Là, on leur permet de ne pas répondre”, regrette celui qui présidait la commission d’enquête sur la gestion du virus H1N1 en 2010. Et Jean-Christophe Lagarde de prendre un exemple: “j’ai demandé à Agnès Buzyn pourquoi elle avait nommé un médecin généraliste de campagne au poste de conseiller technique dans la prévention des risques sanitaires. Pas de réponse.”

Depuis le début des auditions, les députés prennent la parole tour à tour, interrogeant les protagonistes de la gestion de cette crise sanitaire sur plusieurs thèmes différents chacun. Leurs questions sont toujours multiples -et se répètent d’ailleurs parfois d’un député à l’autre- laissant le loisir aux responsables auditionnés de ne pas donner suite à certaines interrogations. D’autant que les élus ne jouissent pas d’un droit de réponse automatique.

“On ne tirera pas de vérité de cette commission d’enquête en bossant comme ça. On ne se donne pas les moyens”, tranche Jean-Christophe Lagarde, ajoutant: ”ça a permis à Salomon et Buzyn de ne répondre à aucune question. Ils sont sous serment… Ce n’est pas un show.”

“Il était sur le point de cracher le morceau”

Le député estime également que la durée des auditions ne devrait pas être limitée. “Si on interroge les gens pendant 4, 5 heures, et alors?”, nous dit-il, estimant notamment que “l’audition de Jérôme Salomon s’est terminée trop tôt.” “On essore quelqu’un jusqu’à ce qu’il dise ce qui s’est passé, et lui était à deux doigts de cracher le morceau.” 

Malgré tout, Jean-Christophe Lagarde, comme plusieurs de ses collègues de tous bords confondus, estime que certains points sont plus clairs après deux semaines de travail. Mais grâce avant tout, selon lui, aux anciens responsables plus prompts à apporter des réponses sur la “culture sanitaire” française que ceux qui étaient aux manettes pendant la pandémie.

“Jérôme Salomon est gonflé”

L’ancien maire de Drancy estime ainsi que les différentes auditions ont permis de saisir “la folie de l’hypercentralisation”, l’incapacité de l’administration à faire appliquer une nouvelle doctrine sur les équipements de protection, “le dysfonctionnement total de l’Etat sur les masques FFP2″… et le rôle joué par le DGS dans ces difficultés.

“Jérôme Salomon est gonflé. C’est lui qui dit à Macron quand il était candidat que nous n’étions pas prêts face à un tel risque. Il constate en entrant en fonction en 2018 que tout est périmé, il devait remettre les stocks à flot. C’est lui aussi, en tant que conseiller technique de Marisol Tourraine, qui devait faire appliquer la nouvelle doctrine des masques”, pointe Jean-Christophe Lagarde, dressant la liste de ce qu’il voit comme les errements du Professeur Salomon. 

Le directeur général de la Santé pourrait d’ailleurs être à nouveau auditionné à l’Assemblée nationale, avant de passer sur le gril du Sénat qui a prévu, lui aussi, sa propre commission d’enquête. Avec davantage de résultats? 

À voir également sur Le HuffPost: Agnès Buzyn reconnaît le manque de masques mais se défausse

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